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American Horror Story

Une histoire de maison hantée qui oscille entre le classique et l'audacieux. Pas vraiment angoissant, mais suffisamment singulier et décalé pour s'accorder une place de choix dans un genre difficile à renouveler.
Publié le 3 Octobre 2012 par Dante_1984Voir la fiche de American Horror Story
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Un couple qui bat de l'aile déménage à Los Angeles avec leur fille dans une immense demeure. Toutefois, leur joie est de courte durée lorsqu'ils comprennent que le passé du lieu est loin d'être un mauvais souvenir...

Après s'être attelé aux travers de la chirurgie esthétique avec Nip/Tuck ou à la comédie musicale au sein d'un lycée (Glee), le duo Murphy/Falchuk se penche sur un sujet beaucoup plus lourd et inquiétant : les fantômes. Certes, le thème fut maintes fois ressassé tant à la télévision (Medium, Poltergeist ou Ghost Whisperer pour ne citer qu'eux) qu'au cinéma avec des références dont il est inutile de les citer. Toutefois, American horror story présente des particularités qui démontreront que nous sommes en présence d'une série respectueuse du genre et indéniablement prenante.


Bienvenue dans la maison de l'horreur avec ses innombrables fantômes affables.

Le premier épisode distille une atmosphère assez classique et néanmoins envoûtante. La superbe maison achetée pour un prix dérisoire et doté d'une réputation lourde n'offre pas vraiment une approche originale (c'est le moins que l'on puisse dire), mais la mise en scène conjuguée à un sens du mystère permanent contribue à vouloir en savoir plus sur les lieux et ses nombreux locataires. D'ailleurs, les introductions avant le générique (du plus bel effet) sont l'occasion de plonger littéralement dans le passé et d'en apprendre un peu plus sur les différents intervenants. Qui plus est, le quartier s'apparente bizarrement à celui d'Amityville. Propre et paisible dans les apparences (le voisinage étrange et envahissant en plus), on pourrait l'assimiler au rêve américain (si tant est qu'il y en ait encore un).

En revanche, la maison et tout ce qui l'habite semblent la symbolique de peurs profondément ancrées au sein de la société : meurtres de masse, massacres, infanticides, suicides, les relations de couples... L'on met en exergue ce que l'on refuse d'admettre. En cela, la série a le mérite de multiplier ce genre d'interrogations sans perdre de vue le fil rouge de son intrigue. Au fil des épisodes, on évolue sur plusieurs plans de narrations. Le présent bien entendu avec l'histoire de la famille Harmon, mais surtout le passé qui hante littéralement les murs de la demeure. C'est comme si les protagonistes ne parvenaient pas à se détacher de leurs erreurs et souvenirs pour avancer. Ils sont autant prisonniers de la bâtisse et, par extension, de leur ancienne vie que de leur désir.


Dorénavant, elle vous tiendra à l'oeil... et le bon.

Des individus hauts en couleur qui marque clairement un côté décalé similaire à l'humour noir de Kingdom hospital. Non seulement les acteurs campent leur rôle avec un talent certain (mention spéciale à Jessica Lange dans la peau de la glaciale Constance), mais chacun possède le charisme propre à leur personnage. Les amoureux de la colocation s'en donneront à coeur joie. Les caractères sont tellement dissemblables que le seul point commun qui a pu les réunir en ces funestes lieux est l'achat de la maison. Tous appartiennent à des époques différentes et optent pour des modes de vie aux antipodes des autres.

Des revenants aux traits particuliers. En effet, ils sont si présents dans la sphère matérielle qu'il s'avère très difficile au départ de les distinguer des vivants. Ils peuvent être visibles ou invisibles et surtout interagir avec ces derniers et leurs environnements comme peu de fantômes savent le faire. Effrayer n'est pas vraiment leur priorité (qui plus est le ton loufoque de certaines scènes ne s'y prête guère). Ils préfèrent continuer leur vie comme si elle ne s'était jamais arrêtée, tuer les plus téméraires ou les plus curieux des locataires et, quand l'envie s'en fait sentir, copuler entre eux ou avec un vivant !


« Je mange ou j'me venge ! »

Bien que l'horreur et le fantastique sont prépondérants, limiter American horror story à une simple histoire de fantômes serait réducteur et mettrait de côté l'aspect dramatique qui prend parfois le pas sur l'épouvante. À certains égards, les problèmes de couple des Harmon tendent de temps à autre à ralentir le rythme (fausse couche, l'infidélité de Ben...), tout comme le passé torturé de Constance qui multiplie les tragédies grecques à une allure effarante. Un choix qui tranche net avec le côté plus ou moins comique de certaines séquences. Néanmoins, l'ensemble se veut cohérent dans son déroulement.

Doté d’une ambiance par trop particulière empreinte d'angoisse, de mélancolie et de dérision, American horror story est une série atypique. Respectueuse du genre sans être véritablement effrayante, elle parvient à trouver son identité via un traitement singulier où la profusion de personnages propose des situations inattendues. Les époques et les divergences de caractères se confrontent dans un lieu commun pour mieux déstabiliser les propriétaires (vivants). Léger bémol en revanche pour le final qui s'échoue sur une conclusion pré-apocalyptique un peu hors sujet. Avec des lignes de dialogue bien senties et un sens de la narration maîtrisée, voilà une série qui sort des sentiers battus.


Pardonnez-moi mon père, parce que vous avez péché.

Saison 2 : Après un succès mérité, American horror story nous revient pour une seconde saison. La première était une histoire complète et ne prêtait pas vraiment à une suite (même si la fin laissait présager que l'on ne puisse en rester là), nous voici plongé dans une époque différente (principalement les années 1960) et un lieu tout aussi susceptible de générer la peur et l'horreur : un asile d'aliénés. On se souvient tous de quelques prologues de films (par exemple La maison de l'horreur) nous narrant les exactions de quelques médecins fous dans ce type d'établissements. Parfois, l'on avait droit à de subreptices images. Ici, l'on se trouve en plein cœur des sévices perpétrés avec le consentement de la sainte et très chère église.

Point de fantôme dans les couloirs, si ce n'est ceux du passé. L'intrigue multiplie les points de vue autour des meurtres effroyables d'un tueur en série que l'on nomme Bloody Face. Autour de ce fil rouge se tissent les destins torturés, brinquebalants des protagonistes. L'on notera au passage quelques figures connues de la précédente saison comme Jessica Lange ou Zachary Quinto pour ne citer que ceux-là. Asylum est avant tout l'occasion de voir se confronter des personnages marquants, à la fois crédibles et saisissants de réalisme. La force de la série étant de donner un véritable passé avec ses erreurs, ses joies et ses peines. Là où on n'entraperçoit que des monstres ou des mégères, l'on découvre des humains abîmés par la vie. De fait, cela décharge quelque peu le poids de leurs actions.

L'on est également interpellé par les mœurs de l'époque où l'on pouvait être enfermé et « soigné » parce que l'on se trouve être homosexuel ou nymphomane. Plus grave, il suffisait de la signature d'une personne de bonne foi pour valider votre internement, mélangé au milieu des fous (mais le sont-ils vraiment ?) et des criminels. À cela, il faut aussi compter sur une réalisation de premier ordre. La mise en scène, l'exploration de l'asile, la photographie (absolument irréprochable) où les nuances et les contrastes se disputent la crasse et les sombres recoins de l'établissement, tout est agencé pour faire ressortir la pourriture de l'endroit. Cette seconde saison est une réussite sur tous les plans. Ni moins bonne, ni meilleure que son aînée, elle se trouve simplement différente (le second degré n'est plus de circonstance), mais toujours aussi immersive. La série est donc parvenue à se renouveler en nous offrant une histoire forte et prenante.

Il va pleuvoir des corbeaux...

Saison 3: Pour sa troisième année consécutive, American horror story revient avec une nouvelle histoire qui, cette fois-ci, fait la part belle aux sorcières de Salem et au folklore de la Nouvelle-Orléans, en particulier le vaudou. Fidèle à ses aînés, Coven réunit une partie du casting des précédentes saisons en leur affublant des «nouveaux» rôles dans un contexte totalement différent. Enfin presque, étant donné que les acteurs trouvent toujours des personnages qui leur sont propres. On pense à Jessica Lange, alcoolique notoire et désabusé par la vieillesse (également aperçu dans Murder house), Evan Peters en amoureux transi et torturé (saison1 et 2) ou Taissa Farmiga en jeune sorcière douée, ouverte et néanmoins naïve (saison1).

Certes, l’histoire reste bien écrite et plaisante à suivre, mais l’ensemble s’avère en deçà de ce que l’on a pu voir précédemment. Le second degré en moins, on a l’impression que les poncifs de la série se répètent sans vraiment se renouveler dans le fond. La faute à une caractérisation basique, mais une atmosphère glauque et singulière qui peinent à décoller, malgré quelques fulgurances comme les flashbacks sordides du XIXe siècle, le jazz lors des massacres à la hache ou les morts-vivants dans le jardin des sorcières. Tout cela reste trop décousu et sporadique pour parvenir à une continuité fluide et sans heurt. En l’absence de concurrence sérieuse, l’initiative de rendre hommage au cinéma de genre sous forme de série TV est suffisamment rare pour bouder une saison décevante et néanmoins sympathique si l’on évite trop de comparaisons avec Murder house et Asylum. (4/10)

Saison 4 : 8/10

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

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