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Contagion – Critique

Contagion
Steven Soderbergh se penche sur les conséquences d'une pandémie mondiale. Si l'idée n'a rien d'original, le ton prosaïque, presque contemplatif, permet de porter un point de vue différent sur la question. On retiendra un panel d'acteurs talentueux au service d'une histoire parfois brouillonne qui dépeint un contexte aux relents apocalyptiques. On regrettera un dénouement qui diabolise les anticonformistes au profit d'un gouvernement autoproclamé sauveur de l'humanité en empochant un joli bénéfice grâce à la découverte du vaccin.
Publié le 17 Mai 2012 par Dante_1984 · Voir la fiche de Contagion
Après un voyage à Hong Kong, Beth contracte un virus extrêmement contagieux qui la tue subitement. La pandémie mondiale débute et une course contre la montre s'engage pour trouver un vaccin au plus vite. Anticonformiste par excellence, Steven Soderbergh est un réalisateur qui se démarque de l'actuelle production hollywoodienne par une filmographie éclectique et une curieuse (et néanmoins appréciable) habitude à prendre à contre-pieds les attentes du public, a fortiori ceux des studios eux-mêmes. Géniteur de la saga Ocean's et responsable du non moins fameux biopic sur le Che, il s'attaque à un thème hautement dangereux avec le bien nommé Contagion.


C'est pas la grande forme, on dirait.

Les histoires sur ce sujet prolifèrent aussi vite que les virus impliqués dans des pandémies mondiales. Parfois, ils sont le point de départ d'une invasion de morts-vivants. Souvent, ils transforment notre civilisation en un univers post-apocalyptique inquiétant. Dans tous les cas, ils nous amènent à reconsidérer nos priorités. Les films catastrophes aiment également exploiter le fond du problème en jouant sur la fibre altruiste. Un ennemi commun qui abolit les frontières et rapproche les peuples, du moins en théorie et pour les récits les plus mielleux, voire naïfs. Pour ce qui est de l'actuel film, nous nous situons dans un mélange des genres qui se focalise principalement sur la réaction des différents intervenants infectés ou pas. Ainsi, Steven Soderbergh nous dépeint un tableau réaliste et intimiste d'une éventuelle pandémie mondiale.

Le cadre temporel n'est pas clairement défini. Pour seul indicateur, on égrène les images du nombre de jours après le début de la contamination. Certes, le procédé n’'est pas novateur, mais dans le cas présent il ancre le récit dans une chronologie implacable où les morts s'accumulent pendant que les jours s'écoulent. Le contexte est facilement identifiable puisque l'on reconnaît sans l'ombre d'un doute notre société dans un avenir plus proche qu'on peut le croire. Si les premières minutes présagent un rythme assez posé, la suite laisse poindre une tension permanente où l'on voit se multiplier les points de vue. À l'instar du ratio de mortalité, notre engouement décuple au fil de la progression.


Ça sent le scoop !

Sur ce point, Contagion fait la différence. Étant donné un scénario éculé au possible, autant prendre le parti de le décrire sous plusieurs aspects et de la manière la plus sobre possible. Le père de famille, témoin impuissant de la disparition de sa femme et son beau-fils ; la représentante de l'OMS kidnappée ; le responsable de la logistique ; son fidèle bras droit ou un journaliste qui surfe sur la vague du scoop. Contagion, c'est avant tout une palette de talents qui n'ont plus rien à démontrer (Matt Damon, Kate Winslet, Jude Law pour ne citer qu'eux) au service de personnages aussi profonds que dissemblables. Personne n'est lésé (mis à part Marion Cotillard dont la présence est, au mieux, anecdotique) et se voit attribuer une place de choix au milieu de l'histoire. Les stéréotypes sont restés au placard, grand bien leur fasse.

Toutefois, il est bon de remarquer que cette force constitue à certains égards une faiblesse. Le montage n'est pas toujours approprié et l'on sent parfois un aspect brouillon dans l'agencement des scènes. Une alternance saccadée des points de vue qui, bizarrement, accentue cet effet de chaos et d'affolement face à la pandémie. En cela, le réalisateur contourne habilement le problème pour servir son propos. Ce n'est pas tant le virus (centre névralgique du récit) qui nous intéresse que les comportements tantôt confus, tantôt désespérés de l'homme pour échapper à la contamination. À ce titre, Contagion fait preuve d'une vision assez nihiliste.


29 jours plus tard ?

Les émeutes, la quarantaine, la distribution des rations de survie, le kidnapping, autant d'exemples qui illustrent ô combien l'homme est un animal dangereux lorsqu'il est acculé dans ses derniers retranchements. On se retrouve plongé dans une psychose qui engendre des réactions purement instinctives. Dès lors, l'on songe aux campagnes de communications des instances (in)compétentes et responsables pendant les « pandémies » du SRAS et du H1N1. Allez savoir pourquoi des centaines de décès recensés sont considérés comme une tragédie tandis que des millions de morts africains ne font pas grand cas. Mais ceci est une autre histoire. Toujours est-il qu'il transparaît une certaine maladresse, pis une volonté d'occulter la vérité au public. Les autorités se gardent bien de créer un vent de panique (qui finira quand même par arriver) pour des raisons pas vraiment avouables.

Cela nous amène au problème du profit et des conséquences engendrés par une pandémie mondiale. Imaginez la liste des opportunités qui s'offrent aux dirigeants : relance économique, problème de surpopulation résolu, mais surtout un profit inestimable en misant sur un éventuel remède et son efficacité. L'idée est on ne peut plus tentante. Toujours est-il que le réalisateur ne va pas aussi loin dans ses propos. Exigence de la production ou d'autres instances, la dernière partie du film (après la découverte providentielle et inespérée du vaccin) tend à retourner sa veste ou se garde bien de creuser les éléments suscités plus en amont. Le gouvernement fait office de libérateur tandis que les anticonformistes se font passer pour des opportunistes de la pire espèce.


No pasarán.

Les nuances de gris se multiplient pour flouer le spectateur. Que croire ? Que penser ? Sans doute que les images méritent un décryptage en profondeur. Les implications, les enjeux et les méthodes proclamés traduisent un état de fait que l'on refuse encore à prendre en compte. Le déni est une forme de résilience. Un constat qui se vérifie sur d'autres thématiques tout aussi sujettes à polémique (l'actuel contexte économique). C'est comme si l'on se retrouvait tous dans un train sans conducteur. Une perspective peu réjouissante, n'est-il pas ? Mais cette introspection sortirait sans doute du simple cadre de cette chronique qui vise en toute modestie à évaluer les qualités et défauts du film.

En conclusion, Contagion se démarque de la masse en optant pour une approche pragmatique et réaliste d'une pandémie mondiale (une vraie cette fois-ci). La multiplication des points de vue est un choix audacieux et risqué qui comporte son lot de forces et de faiblesses. Le film de Steven Soderbergh se constitue un casting impeccable avec des personnages attachants. Il réside tout de même le problème du montage. Chaotique, il sert tantôt la sensation de confusion, mais tend à s'égarer dans des situations qui perdent en intensité. L'attente d'un remède devenant rapidement la préoccupation des survivants. À cela, il faut compter sur une documentation fournie au niveau de la virologie (certains termes techniques peuvent déstabiliser), des protocoles en vigueur pour contenir une pandémie et les différentes instances concernées (FEMA, CDC...). Un film qui sort de l'ordinaire, mais qui aurait gagné à être plus abouti sur la forme et surtout dans sa dernière partie.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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