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Freddy: Les Griffes de la nuit

Un remake décevant. Non dénué de qualités, mais décevant. Tout simplement...
Publié le 24 Mai 2010 par GeoffreyVoir la fiche de Freddy: Les Griffes de la nuit
6
Rêve et Cauchemar

**** Attention: cette critique peut contenir quelques spoilers *****

Après les reliftings de Michael Myers et Jason Voorhees, c’est sans surprise que débarque une version new look du classique de Wes Craven et de son légendaire croque-mitaine Freddy Krueger. Une occasion pour les amateurs d'horreur de se réjouir ? Peut-être bien puisque les remakes d’Halloween et Vendredi 13 s’étaient avérés acceptables.
Pourtant, ce nouveau Freddy partait avec un handicap certain par rapport à ses « confrères » : si Michael et Jason portent un masque, ce n’est pas le cas de notre grand brûlé lequel était jusque là incarné avec brio par Robert Englund. Le remplacer n'allait donc pas être aisé et le choix des producteurs serait primordial. Ils jetèrent leur dévolu sur Jackie Earle Haley, excellent en Rorschach dans le Watchmen de Zack Snyder. Au premier abord, les fans furent satisfaits de cette décision. Puis vinrent les premières photos...
Mais nous reparlerons de ce point plus loin dans la critique.

Les responsables de cette nouvelle mouture sont Platinum Dunes, les rois du remake puisque ces derniers sont également à l'origine des versions modernes de Massacre à la tronçonneuse, Amityville, Hitcher et Vendredi 13. Autant dire qu'ils ont de l'expérience en la matière même si tous les essais n'ont pas été transformés de la même manière.

Sur ce, assez digressé, il est temps de passer à l'analyse de ces Griffes de la Nuit version 2010.


Notre homme avant transformation...

Nancy, Kris, Quentin, Jesse et Dean habitent Elm Street, au coeur d'une banlieue résidentielle semblable à des milliers d'autres - paisible, proprette et sans histoire. Mais depuis quelques temps, ces cinq jeunes sont hantés chaque nuit par le même cauchemar : un homme vêtu d'un pull rayé et dissimulant son visage atrocement brûlé sous un vieux chapeau les poursuit. Sa main droite est munie de quatre longues griffes d'acier plus tranchantes que des lames de rasoir. Le nom de cet homme : Freddy Krueger…


Un, deux, Freddy te coupera en deux...

Premier constat, le scénario de ce remake est loin d’être un copié-collé de l’histoire originelle. En effet, à part quelques séquences cultes reprises au film de Wes Craven, Freddy : Les Griffes la Nuit nous propose une relecture assez différente de l'affrontement entre le boogeyman et les adolescents. Différente mais pas inintéressante pour autant et c'est ce qui permet à ce remake de se démarquer de son aîné. Freddy n'est plus ici un « simple » tueur d’enfants mais un pédophile qui cherche à se venger de ses victimes qui l'ont dénoncé. L'idée est intéressante mais parfois mal exploitée car il est difficile d’accepter que tous les adolescents aient oublié les abus subis dans leur jeunesse, tout comme le fait qu’ils se connaissaient étant plus jeunes. Mais à coté de ça, l’histoire générale est plutôt sympa et quelques innovations comme les micro-sommeils rehaussent un peu l’intérêt du film.
Notons malgré tout un usage excessif des « réveils en sursaut », principalement au début du film, ce qui cause quelques redondances et fait que le film tourne en rond pendant les vingt premières minutes.
Enfin bref, en ce qui concerne le scénario, il y a de la qualité et des bonnes idées, malheureusement le tout est gâché par quelques scories.


Un hommage à Chambre 1408?

Passons à présent aux points qui fâchent vraiment et empêchent le film de prendre son envol. La réalisation tout d’abord. Freddy : Les Griffes de la Nuit est le premier long métrage du clippeur Samuel Bayer et ça se voit. Le travail qu’il a effectué n’est pas mauvais du tout et on sent une recherche permanente dans les cadrages ainsi qu'un joli travail sur la photographie mais certaines séquences ne fonctionnent pas à cause de sa réalisation trop stylisée. En outre, le tout manque de fluidité. Les scènes se suivent mais ne s'enchaînent pas, ce qui démolit complètement les tentatives d’instaurer une ambiance oppressante.
En plus de ça, la démarcation entre le monde réel et celui des rêves est bien trop marquée pour surprendre. Alors que Wes Craven jouait subtilement avec les limites de l'un et de l'autre, Samuel Bayer choisit de bien les identifier graphiquement. Inutile de préciser que l’effet de surprise est quasiment absent. Du coup l'ennui pointe à plusieurs reprises.

De plus, comme déjà précisé plus haut, certaines scènes ne fonctionnent pas à cause des partis pris de la réalisation et la plupart du temps il s'agit de celles reprises au film de Craven. Alors évidemment, elles ne sont « ratées » que si on les compare à leurs homologues de 1984 mais puisqu’il s’agit de scènes d'anthologie on ne peut pas faire l’impasse dessus.
Etrangement, elles donnent l’impression d’avoir été rajoutées de force au scénario puis expédiées par un Samuel Bayer qui voulait s’en débarrasser au plus vite. La scène de la baignoire est ainsi honteusement écourtée, tout comme le cadavre trainé dans le couloir de l’école. La cerise sur le gâteau reste toutefois la silhouette de freddy qui déforme le mur de la chambre. En plus d’être peu impressionnante à cause d’une vue en contreplongée foireuse, elle est agrémentée d’un effet spécial en CGI particulièrement atroce. Décidément les effets spéciaux, c’était mieux avant…


L'aurait mieux fait de rester dans l'eau celle-là...

Abordons ensuite le « souci » du casting. Je mets souci entre guillemets car ce qui pose problème ici n’est pas la faute des acteurs mais plutôt des gens qui les ont recrutés, ainsi que la caractérisation de leur personnage. Les interprètes ne sont pas mauvais (quoique fortement dénués d’émotions) mais ils donnent tous l’impression de sortir d’un magazine de top models. Ils sont trop propres sur eux, trop beaux, trop nets. Alors qu’à l’époque le spectateur pouvait assez facilement s’identifier à Heather Langenkamp et ses potes, il n'en est plus rien aujourd’hui. Malheureusement, cet état de fait semble la norme dans les remakes actuels, ainsi que dans tous les films destinés aux teenagers. Comme si leur montrer l'image d’un adolescent « moins cool » était tabou (ou alors uniquement en tant que sidekick comique). Il suffit de voir comment Rob Zombie a été critiqué pour avoir fait de Laurie Strode une junkie délurée (Halloween 2). Mais passons, le plus gros morceau en ce qui concerne l’acting et que vous attendez tous est bien sûr l’interprétation de Freddy Krueger par Jackie Earle Haley.

Autant le dire sans chichis, l'acteur incarne plutôt bien le tueur aux lames de rasoir. Il a su s’approprier le personnage et lui ajouter sa touche personnelle (regardez comment il agite ses lames la plupart du temps). Malheureusement pour lui, Freddy doit avant tout sa popularité au travail de Robert Englund, bien plus qu’à Wes Craven. Du coup, Freddy sans Robert Englund n’est pas totalement Freddy. C'est malheureux à dire pour Jackie Earle Haley, mais malgré tous ses efforts, il ne parviendra jamais à atteindre le niveau de son modèle et pour tous les cinéphiles qui ont grandi avec le boogeyman, il ne pourra pas effacer la précédente interprétation, comme Heath Ledger a su le faire pour le Joker.
Il faut dire aussi que le comédien n’a pas été aidé par un maquillage abominable. Donner à Freddy un visage plus réaliste afin de le rendre inquiétant était une bonne idée, mais le résultat final laisse dubitatif. Quelque part entre le mérou et le steak carbonisé, le nouveau visage du croque-mitaine est tout sauf effrayant. Quelqu’un sur le plateau de tournage a bien dû s’en rendre compte car le tueur apparaît dissimulé dans la pénombre durant la quasi-totalité de ses scènes.
C'est d'autant plus frustrant que la volonté de refaire de lui une figure horrorifique est bien réelle et que le réalisateur y parvient à plusieurs reprises. Nul doute qu'avec un faciès plus terrifiant (et paradoxalement moins réaliste), le nouveau Freddy aurait gagné en crédibilité.


Freddy sort de la nuit... et il n'aurait pas dû.

Au final nous nous retrouvons avec un remake globalement décevant car dénué de suspense et d’émotion. Jamais angoissant, jamais dramatique malgré le thème de la pédophilie et surtout ennuyeux par moments, ce Freddy cuvée 2010 n'est pas aussi catastrophique qu’on veut bien le dire mais il ne fera pas date dans l'Histoire du cinéma d'horreur.
Geoffrey Claustriaux

A propos de l'auteur : Geoffrey
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