Voir la fiche complète du film : Tous les garçons aiment Mandy Lane (Jonathan Levine - 2006)

Tous les garçons aiment Mandy Lane

Une slasher surprenant, graphiquement superbe et doté d'une dernière demi-heure d'anthologie. Dommage que l'action prenne tant de temps à se mettre en marche...
Publié le 3 Février 2011 par GeoffreyVoir la fiche de Tous les garçons aiment Mandy Lane
6

On peut dire qu'elle s'est faite attendre cette Mandy Lane! En effet, le film, qui date de 2006, a mis presque quatre ans pour arriver en France, si l'on excepte l'un ou l'autre passage dans des festivals.
Généralement, cet état de fait découle d'une qualité très moyenne, mais dans le cas de All the Boys Love Mandy Lane, les critiques étaient plutôt flatteuses. Il avait tout de même été remarqué (et applaudi) dans plusieurs festivals internationaux entre 2006 et 2007 (Toronto, Stiges, Gérardmer et Deauville, excusez du peu). Par la suite, "renouveau du slasher" et "excellent film" sont des qualificatifs que l'on a pu lire ou entendre sur la Toile, ce qui n'a fait qu'attiser l'impatience des amateurs.
On peut donc remercier les gens de chez Wild Side d'enfin nous présenter ce film.

Du coup, la grande question concernant All the Boys Love Mandy Lane est la suivante : le film est-il à la hauteur de sa réputation ?
La réponse est oui... et non.


Ce soir, j'ai piscine...

Mandy Lane est une jeune femme belle, pure et innocente. Une reine lycéenne en attente d'être couronnée. Depuis le début de l'année scolaire, tous les garçons ont cherché à la conquérir. L'un d'entre eux y a même laissé la vie. Mais cela ne décourage pas les autres prétendants, qui sont prêts à tout pour obtenir les faveurs de cet ange blond...


Run Mandy, Run...

Si le film de Jonathan Levine a eu tant de mal à être distribué, c'est qu'il est un peu atypique. Mais nous y reviendrons plus tard. Pour l'instant, commençons par du classique: le scénario.
De fait, ce n'est pas du côté de l'histoire qu'il faut chercher l'originalité puisque Mandy Lane débute comme un teen movie bien lourd, avec une bande de jeunes fêtards, accros au sexe et à l'alcool. La fête sera ponctuée par la mort du propriétaire des lieux.
Un an plus tard, un mystérieux tueur va décimer quelques jeunes partis en weekend pour s'amuser. En gros, c'est la même trame que bon nombre d'autres slashers. Rien d'atypique là-dedans me ferez-vous remarquer, à juste titre.

De plus, Jonathan Levine respecte fidèlement les conventions du genre avec des personnages stéréotypés bien comme il faut:
- Le Tombeur, qui se vante de lever une gonzesse par état.
- La Bimbo Blonde, qui nous fera sa crise existentielle à base de "je suis trop moche" alors qu'elle n'aurait qu'à claquer des doigts pour se taper la plupart des mecs.
- La Brunette, en concurrence avec la bimbo, et qui est complexée par ses minuscules bourrelets.
- Le Bon Copain, moche, toujours en train de boire ou fumer pour montrer sa cool attitude et qui tente par tous les moyens de se taper la bimbo blonde.
- Le Noir Afro-Amercain, qui ne veut pas "juste se taper Mandy Lane, parce qu'il est différent", mais qui aimerait bien se la faire quand même...
- Le Looser, meilleur ami de Mandy Lane et amoureux transi.
Et pour finir, si l'on excepte la pure et sublime Mandy Lane en elle-même, il y a le gardien de la maison. Beau, ténébreux et mystérieux, c'est le gars à qui on ne la fait pas...
Bref, au niveau des personnages, rien que du classique.

Après les présentations, la tension va progressivement monter lorsque Mandy découvrira une tache de sang, puis quand un serpent s'attaquera à la bande.
Vu comme cela, rien de distingue All the Boys Love Mandy Lane d'un slasher lambda et du coup, la déception guette.


Confrontation de blondes...

Fort heureusement, la réalisation de Jonathan Levine est léchée et d'un niveau bien supérieur à ce que l'on a l'habitude de voir dans ce type de production. On notera par exemple un gros travail sur les couleurs surexposées, de même que sur les cadrages, parfois originaux, voire étranges. Cette démonstration technique n'apporte pas grand-chose au fond du film, mais permet de faire passer la pilule.
Et puis, surtout, elle va démontrer tout son intérêt dans la dernière demi-heure pour nous proposer un spectacle d'anthologie. Ledit spectacle est certainement à l'origine de la bonne réputation du film, car comme me le disait très justement la personne à coté de moi : "avant que l'action ne se mette vraiment en route, on se faisait un peu chi**".
La première heure est clairement trop longue et l'exposition des personnages aurait pu être rabotée sans problème d'une vingtaine de minutes.

Une autre chose que Jonathan Levine fait assez bien, c'est d'éviter les clichés de mise en scène. Ici, point de sonnerie de téléphone dans le noir, de chat qui saute ou d'apparition dans le miroir. Seule l'ombre du tueur sera utilisée comme élément de frayeur... du moins, jusqu'à ce que son identité soit révélée, très tôt dans le film.
En effet, le réalisateur a pris le parti de ne pas baser son suspense sur un whodunit (c'est-à-dire, en gros, qui est le tueur et pourquoi fait-il ça ?) et préfère se concentrer sur ses exactions. Un choix appréciable puisque le tueur se montrera en forme, en éliminant un à un les gêneurs jusqu'à l'inévitable confrontation avec Mandy Lane.
Concernant cette dernière, je m'en voudrais de vous révéler quoi que ce soit, tant elle constitue le climax du film.

En ce qui concerne les acteurs, il est évident que celle qui phagocyte l'image est la sublime Amber Heard. Belle, troublante et toute en retenue, la jolie blonde porte le poids du film sur ses épaules et s'en sort de magistrale façon.
Ses comparses ne sont pas en reste avec, en prime, une interprétation très intense de Michael Welch dans le rôle difficile de l'amoureux éconduit. Ca nous change de son personnage insipide dans la saga Twilight.


Mandy et Emmett, amis envers et contre tout...

A coté de toute cette partie slasheresque, il existe aussi un beau portrait du mal être adolescent, de cette période où un être se construit, malgré le titillement de ses hormones. Ainsi, une prétendue "petite bite" (dixit le film), un visage imparfait ou un léger surpoids peuvent suffire à faire s'écrouler un monde où tout n'est qu'apparence et méchanceté à l'égard de ses "amis", lesquels s'apparentent plus à des concurrents dans une compétition où tout est permis.
En abordant Mandy Lane sous cet angle-là, et en plaçant au coeur du débat le thème de l'apparence, laquelle a pour parfois conséquence le rejet et l'exclusion, le film de Jonathan Levine prend une ampleur toute différente. En poussant le bouchon un peu plus loin, on pourrait même dire que le décalage qui existe en la mise en scène léchée et le fond assez superficiel est une métaphore de ce monde adolescent où l'on est jugé sur l'apparence.


Superficial Powaaa....

All the boys love Mandy Lane est un film imparfait, parfois longuet, mais intelligent et très maitrisé graphiquement. Il mérite assurément le coup d'oeil, même s'il n'est pas la révolution annoncée. Bref, voici un slasher différent qui se démarque et se place au-dessus du lot.

A propos de l'auteur : Geoffrey
Portrait de Geoffrey

Comme d'autres (notamment Max et Dante_1984), je venais régulièrement sur Horreur.net en tant que lecteur, et après avoir envoyé quelques critiques à Laurent, le webmaster, j'ai pu intégrer le staff début 2006. Depuis, mes fonctions ont peu à peu pris de l'ampleur.

Autres critiques

Arac Attack
Que l’on envisage de faire un film « sérieux » sur la thématique des araignées, comme Arachnophobie , ou que l’on souhaite proposer un spectacle débridé, la frontière est bien mince pour éviter le navet. Des itérations telles qu’ Arachnid (Jack Sholder) ou Spiders (Gary Jones) sont là pour nous le rappeler. Déjà responsable du sympathique Éclosion , téléfilm où des...
Psycho Shark
Au même titre que le survival animalier, les films de requins ne sont pas forcément l’apanage du cinéma nippon. Privilégiant les récits horrifiques tournés vers les malédictions et autres spectres belliqueux, l’archipel fait alors preuve d’exotisme en s’immisçant dans le genre. Parfois présenté sous le titre racoleur de Jaws in Japan , Psycho Shark semble pourtant tout...
Shark week
Le film de requins-tueur et Asylum, c’est une éternelle histoire de désamour. Prônant le grand n’importe quoi et le mauvais goût à outrance, la société de production s’est fait un devoir de massacrer squales et autres prédateurs dans des navets tous plus ignobles les uns que les autres. Pour mettre en boîte pléthore d’immondices cinématographiques, elle a son lot de...
Le Territoire des Ombres : Le Monde Interdit
Alors que Luisa réussit à s'échapper, ses collègues et un détective sont bien décidés à retrouver sa trace quitte à se confronter à une mystérieuse secte aux motivations tout aussi nébuleuses. Se pourrait-il que la clef de l'énigme repose au sein du passé de la famille Valdemar ? Le premier volet de ce diptyque lovecraftien fut une incroyable surprise tant sur le fond que sur la forme...
Ghost in the shell - Stand alone complex : Les 11 individuels
Après l'affaire du rieur et sa dissolution, la section 9 est reformée pour faire face à une nouvelle menace. Un groupe terroriste qui se nomme les onze individuels fait vaciller l'équilibre de l'actuel gouvernement japonais. Est-ce le début d'un autre Stand alone complex ou le danger est-il bien plus grand ? Dans la foulée du « film-résumé » Le rieur, Kenji Kamiyama...