Voir la fiche complète du film : Hansel & Gretel : Witch Hunters 3D (Tommy Wirkola - 2013)

Hansel & Gretel : Witch Hunters 3D

Une version du conte au second degré parfaitement assumé, mais à l'histoire simpliste et trop évidente. On retiendra toutefois, une action quasi permanente, une patte esthétique accrocheuse et des effets spéciaux de qualité. Un blockbuster sommaire, mais divertissant.
Publié le 13 Mars 2013 par Dante_1984Voir la fiche de Hansel & Gretel : Witch Hunters 3D
6
Devenus chasseurs de sorcières émérites, Hansel et Gretel parcourent le pays pour nettoyer les villages de ses répugnantes adeptes de la magie noire.

La relecture des contes de fées est, semble-t-il, à l'ordre du jour. Entre les séries télé (Grimm, Once upon a time) et les films sortis ou à venir, c'est tout un pan culturel réexploité par les producteurs d'Hollywood. Certes, les frères Grimm et leurs homologues ont toujours inspiré la littérature et le cinéma, et ce, sans jamais faiblir au niveau du rendement. En ce qui concerne la qualité, chacun se fera son avis. Pourtant, ce regain d'intérêt pour des classiques intemporels tend vers la maturité en mettant en avant la violence et l'aspect délétère qui en émane. Les plus jeunes sont lésés au profit d'un public plus adulte.


On a les invitations pour...

Hansel et Gretel semble emprunter le même chemin que Blanche-Neige. On dénombre cinq versions pour les seules années 2012 et 2013 et l'on ne compte pas les précédentes plus ou moins fidèle à l'oeuvre originale. Celle qui nous occupe aujourd'hui nous vient tout droit de Norvège, enfin presque. Tommy Wirkola quitte son pays natal et traverse l'Atlantique pour nous proposer sa vision. Après Kill Buljo (parodie déjantée de Kill Bill) et Dead snow, l'on se doute que le présent métrage n'optera pas pour une approche académique du célèbre conte. D'ailleurs, sa réputation le précède et les critiques sont unanimes pour le mettre au bûcher. Une réaction objective ou purement gratuite ?

L'argument principal réside dans la non-conformité du film face au conte. Pour ceux qui souhaitent découvrir ce dernier, plongez-vous dans le livre. Car ici, les véritables Hansel et Gretel sont présents uniquement lors de l'introduction. La dizaine de minutes expose leur passé pour mieux le détourner par la suite. Après un générique esthétiquement réussi qui fait le lien avec la trame principale, on retrouve nos deux jeunes enfants qui ont bien grandi et choisissent une branche porteuse d'emploi : la chasse aux sorcières. Entre chasseur de primes et tueur à gages, en voilà un métier d'avenir qui ne connaît pas la crise !


...organiser un barbecue géant. Nous, on s'occupe d'amener la viande.

Certes, l'histoire originale est bien malmenée et le scénario use de poncifs faciles pour parvenir à ses fins. La trame narrative est assez classique et ne recèlera aucune surprise de taille tant les tenants et les aboutissants se révèlent convenus. La traque des sorcières prend des tournures plus inquiétantes lorsqu'un nouvel élément perturbateur surgit. La tension pour nos deux compères s'intensifie d'un faux suspense évident qui se laisse porter par des passages plus ou moins réussis. À ce niveau, on se contente également du minimum pour laisser place à une chasse décomplexée à travers l'Allemagne du XIXe siècle.

Avec un cinéaste comme Tommy Wirkola à la barre, l'on se doute que le second degré est de mise. Nous ne sommes pas en présence d'une comédie et encore moins d'une parodie, mais l'humour suinte sur pratiquement chaque séquence. On ressent un plaisir évident pour la dérision et un parti pris pour le second degré pleinement assumé. Toutefois, cet aspect tranche nettement avec le cadre et l'histoire. Parfois déroutant, parfois amusant, les répliques ne font pas toujours mouche. On sourit pour les remarques les plus appuyées. Pour le reste, les dialogues sont limites tant les lignes relèvent du b-a-ba de la discipline.


Je rapporte le dessert.

Néanmoins, le film recèle des qualités certaines, notamment sur la forme. Tourné en Allemagne, l'on découvre des décors inspirés à l'architecture travaillée. Le village tend vers une fantasy assez traditionnelle tout en s'accaparant l'ambiance vétuste d'un XIXe siècle pétrie de superstitions. Mention spéciale à la maison en sucre qu'on aurait voulu plus présente. Mais cela n'est rien comparer à la majesté des contrées boisées évoquant les forêts où se terrent d'innombrables croyances. Les lieux sont le théâtre d'affrontements bien sentis, même si trop rapides par moments. L'exploitation est bonne, mais l'on aurait souhaité s'attarder sur leur profondeur.

Il est vrai qu'au niveau du rythme, le film ne faiblit à aucun moment et propose un spectacle des plus divertissants. Sur ce point, l'on tombe parfaitement dans le concept de moderniser (pour le meilleur ou le pire) et d'assombrir le conte. Les combats exploitent comme il se doit l'environnement et les chorégraphies tirent parti du potentiel de chacun. Entre fusillades et affrontements au corps-à-corps, la variété est au rendez-vous pour contenter les foules. On aura même droit à des envolées sur les fameux balais de sorcières. Sympathique, mais trop fugace. Dans l'ensemble, et pour notre plus grand plaisir, les séquences d'action se suivent et ne se ressemblent pas.


Laisse tomber ce barbecue, les saucisses ont grillés et il n'y a pas de dessert.

Variété qui se retrouve dans les physiques aussi dissemblables que répugnants des sorcières. Le cheveu rare ou terne, les yeux exorbités, la peau craquelée gris poussière ou des déformations diverses permettent de donner vie à des personnages repoussants qui n'ont jamais aussi bien porté leur nom. Ce constat est d'autant plus flagrant lorsque le sabbat a lieu. Des dizaines et des dizaines de sorcières aux traits différents. De ce point de vue, l'inspiration est au rendez-vous. Les effets spéciaux se révèlent des plus convaincants. Les images de synthèse et les maquillages forment un mélange homogène et font illusion du début à la fin.

Pour finir sur une note en demi-teinte (à l'image du film), les protagonistes ne sont pas très développés. Non pas que le jeu des acteurs soit remis en question, mais les caractères auraient gagné à plus d'épaisseur, d'ambiguïté dans leurs comportements et relations. Le duo Jeremy Renner/Gemma Aterton offre une complémentarité bienvenue tant à la ville qu'au moment des affrontements. L'on remarquera la prestation modeste et néanmoins jouissive de Peter Stormare, ainsi que celle de Famke Jannsen, parfaite dans le rôle de la méchante sorcière, même le maquillage n'est pas parvenu à ternir sa présence.


Et ça, c'est pour m'avoir privé de dessert et de sucreries pendant si longtemps !

Bref, Hansel et Gretel vu par Tommy Wirkola est tiraillé entre des défauts pour le moins handicapants et des qualités esthétiques évidentes qui l'empêchent de sombrer dans la médiocrité. Le second degré assumé est à double tranchant. Tantôt amusant, tantôt lourd, on retiendra malheureusement un scénario basique et sans surprise, mais surtout des lignes de dialogue d'une platitude navrante à l'humour limite (même si cela fonctionne à certains moments). Il demeure néanmoins un moment des plus distrayants pour ceux qui souhaitent un film rythmé et visuellement réussi. A contrario, ceux qui s'attachent au conte ou veulent le découvrir, passez votre chemin...
A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Dracula 3D
L'adaptation entreprise par Dario Argento pour le grand écran du célèbre roman de Bram Stoker est un ratage quasi complet. C'est un constat qu'il faut faire d'emblé si l'on veut pouvoir en tirer un peu de satisfaction, refusant d'accepter totalement le bourbier progressif dans lequel, celui que l'on nomma autrefois "le maître de l'horreur", s'empêtre plus profondément avec chacun de ses derniers...
Shark : Le monstre de l'apocalypse
Les années 1970 et 1980 ont vu pléthore d’étrons aquatiques qui ont tenté de surfer sur le succès des Dents de la mer . Une surexploitation qui a contribué à ce que le survival animalier sombre très vite dans les affres de la médiocrité. Le cinéma italien ne déroge pas à la règle avec des films peu marquants, voire à éviter comme Le tueur de monstres , La nuit des requins ou La mort au large qui...
La Mutante des Mers
La Mutante des Mers se présente comme le remake d'un film de monstre de 1956 : The She-Creature d' Edward L. Cahn . N'ayant pas vu cet antique témoin d'un cinéma populaire à base de Craignos Monsters en latex, c'est donc vierge de tout apriori que j'ai entamé le visionnage du film de Sebastian Gutierrez . Et puisque j'en suis aux confidences, sachez que j'ai...
L'exorcisme de Hannah Grace
Que l’on parle d’exorcisme ou de possession, le sujet fait les beaux jours du cinéma de genre depuis les années1970. En marge de la saga de William Friedkin, les productions se sont essayées à de nombreuses itérations avec un résultat plus ou moins convaincant. Sous forme de found footage ( The Devil Inside , Le dernier exorcisme ...) ou de métrages classiques ( Possédée , L’...
Milo sur Mars
Adapté d'un livre pour enfants de Berkeley Breathed , ce nouveau film du réalisateur de la sous-estimée Machine à explorer le temps version 2002 se présentait sous les meilleurs auspices: une histoire intéressante, un budget de 150.000.000$ pour la porter à l'écran, un réalisateur habitué à l'animation, le talent du studio de Robert Zemeckis ImageMovers Digital , et des acteurs sympathiques...