Voir la fiche complète du film : L' Enfer des Zombies (Lucio Fulci - 1979)

L'enfer des zombies

S’il n’est pas une œuvre fondatrice en matière de morts-vivants, L’enfer des zombies est le parfait exemple qu’une réappropriation des codes du genre peut offrir une singulière représentation. Un métrage gore et rythmé qui, malgré quelques scories, n’en demeure pas moins essentiel pour le sujet et la filmographie de Lucio Fulci.
Publié le 27 Juin 2018 par Dante_1984Voir la fiche de L' Enfer des Zombies
7
Zombie Bateau

À plus d’un égard, L’enfer des zombies occupe une importance particulière dans le genre horrifique et le cinéma transalpin. Surfant sur la vague initiée par les films de Romero, le présent métrage est également considéré comme le premier film d’horreur de Lucio Fulci. Déjà versé dans le giallo et le thriller sulfureux, comme l’attestent Le venin de la peur et L’emmurée vivante, le réalisateur se voit confier les rênes d’une commande opportuniste et, de prime abord, sans grande originalité. Le titre fallacieux de Zombi 2 ou encore les scènes d’ouverture et de conclusion à New York en sont les exemples les plus flagrants. Pourtant, la surprise est de rigueur sur bien des aspects.

La rencontre sous-marine de deux monstres du cinéma horrifique

Si la comparaison avec Zombie est aisée, elle n’en est pas forcément pertinente, n’en déplaise à la présence d’une autre figure incontournable transalpine, Dario Argento. Il est vrai que certaines occurrences tendent à jouer la carte de l’opportunisme. L’aspect bis de la bobine ne s’affranchit guère de quelques plans dénudés sans autre prétexte que la mise en valeur des silhouettes féminines. La progression tient également à quelques conventionalités relatives aux comportements des protagonistes pour justifier l’évolution de l’intrigue, notamment quand il est nécessaire d’explorer les lieux, puis de se séparer. Ces écueils sont assez grossiers, mais il n’altère en rien l’approche singulière du réalisateur.

Bien que les zombies au cinéma se soient démocratisés au cours des années1960 avec La nuit des morts-vivants, ils étaient déjà l’égérie d’une frange du cinéma bis. On songe à White Zombie ou Vaudou. En l’occurrence, Lucio Fulci reprend la figure traditionnelle du zombie et du folklore caribéen, particulièrement ce qui a trait aux rites vaudou. Certes, on ne sera pas dans une exploration poussée du sujet comme le fera une dizaine d’années plus tard L’emprise des ténèbres. Cependant, l’on retrouve d’ores et déjà une créature déshumanisée qui est plus proche du golem (la dimension religieuse tient surtout aux superstitions locales) que de l’homme.

Après le verre dans le nez au réveil, les vers dans les orbites !

En ce sens, on écarte d’emblée d’éventuelles justifications quant à la prolifération des zombies. Bien que la contamination progressive se fasse sous l’œil impavide d’un médecin, on occulte également toute considération scientifique. On s’éloigne aussi d’un traitement nihiliste prompt à effectuer une critique sociale acerbe propre au modèle Romero. Lucio Fulci se concentre sur l’horreur brute du fléau et non sur ses conséquences apocalyptiques avec, en filigrane, la dénonciation du consumérisme et de la culture de masse. Le sujet a beau être commun, les visions dissemblables des deux metteurs en scène apportent une complémentarité bienvenue au genre. D’où le fait que le parallèle entre les deux œuvres n’est pas forcément approprié.

Il est vrai que Lucio Fulci s’est arrogé quelques idées de son prédécesseur. Le zombie mangeur de chair humaine ou la nécessité de l’envoyer ad patres avec une balle dans la tête en témoignent. Pour autant, le simple aspect des morts-vivants suffit à éloigner les deux métrages. Ici, on assiste à une déferlante plus viscérale. Les orbites vides, la peau terreuse en décomposition et une chair en lambeaux maculés de sang plus ou moins frais contribuent à susciter plus de dégoût que d’effroi. Malgré quelques idées saugrenues (le combat du requin et du zombie sous-marin), les séquences de confrontation sont assez généreuses en hémoglobine, en arrachage de chairs et en démembrement pour appuyer le côté gore.

Une démarche qui rappelle quelque chose ?

Au final, L’enfer des zombies s’avance de prime abord comme une production opportuniste, mais trouve rapidement ses marques pour se forger sa propre identité. Trop souvent (et injustement) comparé à l’œuvre de Romero en raison de sa thématique et de son aspect «fausse suite», le film de Lucio Fulci demeure une initiative notable dans le domaine. L’amalgame entre le mythe vaudou et quelques libertés empruntées outre-Atlantique permet de concilier tradition et modernité sans que l’une ou l’autre s’impose ou se contredise. On occultera quelques ficelles faciles et une interprétation en dent-de-scie pour se concentrer sur une ambiance et une bande-son envoûtante, voire anxiogène dans son développement.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Intracable
Rattachée à une section spéciale pistant les dérives du net, l'agent Jennifer Marsh (Diane Lane) met la main sur un site filmant la mort d'un chaton. Ce site internet, Kill With Me , propose ensuite la mise à mort d'un être humain. Plus les connexions sur le site sont nombreuses, et plus vite meurt la victime. Les thèmes du snuff et du cybercrime sont à la mode depuis quelques années...
Puppet Master
Créateur de poupées réputé, André Toulon est parvenu à insuffler la vie à ses petits protégés. Au courant de ce prodigieux don, les nazis cherchent à l'incarcérer. Toulon décide de se suicider et met à l'abri ses créatures avant que les soldats ne le retrouvent. De nos jours, un riche homme d'affaires invite quatre personnes, dotées de pouvoirs psychiques particuliers, dans un grand...
Le scaphandrier
Le slasher est un genre extrêmement codifié dont les seules limites narratives peuvent suffire à l’enclaver à un public de connaisseurs. Il y a bien les modèles et les précurseurs qui peuvent toucher le grand public, mais l’aspect bis, voire Z, a tôt fait de décourager des spectateurs non avertis. En général, le boogeyman ou psychopathe se pare d’un masque ou d’un...
Maléfique
La belle au bois dormant est sans aucun doute l’un des contes les plus populaires et connus. Entre le célèbre dessin animé de Disney, un ballet, un album de musique ou les apparitions des personnages en tant que guest-stars ( Shrek 3 ou Once upon a time ), l’histoire ne cesse de se perpétuer pour un public principalement jeune, mais pas seulement. Aussi, la volonté de produire une adaptation live...
La malédiction d'Arkham
Si Lovecraft est considéré comme l’un des plus grands écrivains du XXe siècle, son succès n’a pas toujours été constant, voire tardif. Une influence posthume qui, au début des années1960, n’en était encore qu’à ses balbutiements. Alors que Roger Corman multipliait les réussites commerciales avec les adaptations de l’univers de Poe ( La chute de la maison Usher , La chambre des tortures ...), il s...