Voir la fiche complète du film : Père Noël Origines (Jalmari Helander - 2010)

Père Noël Origines

Malgré un concept de départ séduisant, Rare exports sombre dans l’ennui et la facilité avec un traitement confus qui fait s’alterner tous les types de public sans toucher qui que ce soit. Un long-métrage inabouti qui ne prévaut que par son cadre.
Publié le 10 Janvier 2016 par Dante_1984Voir la fiche de Père Noël Origines
4
Noël

En général, on idéalise l’image du père Noël sous la forme d’un vieux bonhomme bedonnant et affable à la barbe blanche bien fournie, du moins est-ce là le cliché qu’entretient l’imaginaire collectif. Toutefois, l’on se penche rarement sur les origines du mythe pour découvrir des intrigues peu reluisantes ou qui entacheraient cette icône dénaturée au fil du temps par le matérialisme. Juha Wuolijoki avait tenté cette approche singulière avec Christmas story, un film familial qui avait le mérite de s'appuyer sur unebase historique assez réaliste sans pour autant oublier la magie de cette période de l’année. Or, Rare exports nous dépeint un visage bien moins glorieux...

Non, ce n'est pas le vénérable du sommet.

Il est vrai que Noël a déjà été le théâtre d’horreurs et autres exactions commises par des psychopathes. On songe notamment à Douce nuit, sanglante nuit ou Black christmas. Seulement, ce détournement emprunte la panoplie du père Noël, mais ne le concerne pas directement. Il s’agit davantage d’une ambiance propre au contexte des fêtes de fin d’année. Cette approche, similaire à celle de Saint pour mettre à mal Saint-Nicolas, est nettement plus rare dans le cinéma. En ce sens, conjuguer deux aspects peu usités et somme toute singuliers peut donner lieu à un métrage intéressant.

À partir d’un potentiel prometteur, Jalmari Helander va s’essayer à peu près tout et n’importe quoi sans jamais assumer ses choix. Si les prémices de l’intrigue laissent croire à un film d’horreur dans un premier temps, il n’en sera rien par la suite. La faute à une succession d’influences et d’événements inconstants qui tente de faire passer le spectateur par des genres des plus disparates. Du fantastique (qui se démarque nettement du lot), de l’horreur (dans les intentions), mais aussi des élans de métrages familiaux de bas étage à mi-chemin, sans oublier le comique involontaire que dégage le dénouement. Absurde? Peut-être, mais surtout confus et peu entraînant.

Gardez le sourire, même dans les pires moments !

À cause d’une surexposition qui se perd dans des séquences inutiles ou dispensables, Rare exports plonge rapidement dans un ennui de circonstances. Les fouilles excavatrices sont le prétexte de l’intrigue en début et en fin de parcours pour justifier l’entreprise, mais le ventre mou du récit manque clairement de répondant. On a beau tenter de susciter la crainte et l’angoisse du 25 décembre, le réalisateur en demeure au stade préliminaire sans faire évoluer ses tenants. De fait, il faut attendre une heure (le film dure 79 minutes) et subir de nombreuses longueurs pour contempler un minimum de changement.

Pire que cela! Pour une production qui se targue de retracer les origines du père Noël, on constate une absence totale de mythologie sur laquelle se basent les fondements mêmes du métrage. Des lacunes dans les explications et le développement qui, par des raccourcis discutables, nous font admettre la nature diabolique du bonhomme en rouge. Des preuves, des faits concrets? Aucun à l’horizon qui puisse crédibiliser ce propos. D’ailleurs, les protagonistes le considèrent d’emblée comme un vieux type rachitique prompt à les rendre riches en dépit du danger latent qu’il représente. Enfin, si l’on suit leur logique...

La date fatidique approche...

Pour ne rien arranger, les acteurs manquent cruellement de charisme. Une remarque spécialement tangible pour les enfants. Outre une interprétation et une présence transparente, leurs rôles se cantonnent à quelques esquisses sans relief. Là encore, on ne s’entiche pas d’un véritable fond. Ils occupent le décor sans jamais se démarquer. Leur évolution se révélera également incohérente, surtout pour Onni Tomila qui passe d’un froussard invétéré au grand héros final. Pathétique et ridicule.

Dommage, car la mise en scène est loin d’être déplaisante et possède quelques idées sympathiques, mais exploitées sans réelle ambition. L’environnement recèle de somptueux panoramas que l’oncontemple en de trop brèves occasions. Pourtant, c’est certainement là le point fort du film. Si la violence est édulcorée au possible avec des coupures au montage ou un cadrage suggestif et néanmoins frustrant, les effets spéciaux et la photographie confèrent à la pellicule un cachet entre la froideur des contrées finlandaises et les ténèbres ambiantes.

Pourquoi cet air si sombre ?

Au final, Rare exports est un long-métrage brouillon et fourre-tout. Une sorte d’objet hybride qui mélange les genres sans vraiment savoir quoi en faire. De l’horreur au fantastique en passant par l’aventure, on songe à un film familial qui ne s’assume pas. La faute à un humour potache inopportun et un thème aux allures sombres qui n’en restera qu’au stade des apparences pour mieux se concentrer sur des considérations futiles (vendre le père Noël à un richissime mégalomaniaque). Progression laborieuse, évolution chaotique, l’intrigue se perd en chemin et tente de rattraper le coche sans jamais convaincre.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Death Tube
Mettre en corrélation le rapport à l’image et les déviances de l’esprit humain est une préoccupation particulièrement présente depuis les années 1970. Le sujet malsain s’est notamment distingué en s’attardant sur les snuff movies, puis sur les faux documentaire ou found-footage. Avec l’essor d’internet au XXIe siècle, le voyeurisme prend une autre dimension,...
Urban cannibals - The Ghouls
Pour tourner un film, il faut quatre choses très précises : l'envie (l'envie de faire quelque chose de bien, de fort et de narrer une histoire prenante et originale), le talent (Certains réalisateurs se font remarquer dès le premier court-métrage comme Neill Blomkamp), des acteurs (difficile d'être crédible si l'on fait jouer ses potes ou sans un rôle principal charismatique) et enfin, de l'...
Doom Annihilation
Il est malheureusement de notoriété publique que le cinéma et les jeux vidéo ne font guère bon ménage quand il s’agit d’adapter une œuvre vers l’autre format. De titres à licence bâclés en longs-métrages qui relèvent du navet ou du nanar, il est difficile de trouver des productions notables, hormis le Silent Hill de Christophe Gans. En 2005, Andrzej Bartkowiak réalisait Doom ,...
Lacérés
**Attention, cette critique contient quelques spoilers.** Une famille recomposée compte bien profiter d'un week-end en camping pour se donner une nouvelle chance. Pendant ce temps, un couple se fait attaquer dans des bois environnants par une femme atrocement défigurée. Si Leatherface avait eu une fille, aurait il osé profité de sa célébrité pour permettre à celle-ci d'obtenir un premier rôle...
Lavalantula
Au même titre que les requins, les crocodiles ou les serpents, les araignées sont une espèce particulièrement prisée par le survival animalier. Malgré de nombreuses déconvenues ( Creepies , Arachnid , Ice Spiders ...), le genre nous a tout de même servi quelques sursauts d’orgueil avec Arachnophobie ou le très fun Arac Attack . Il persiste néanmoins un ton bis plus ou moins assumé au fil des ans...