Voir la fiche complète du film : Amityville 2: Le Possédé (Damiano Damiani - 1982)

Amityville 2 : Le possédé

Une suite qui s’écarte du modèle narratif de son prédécesseur par un traitement plus brutal et dynamique, ne laissant que peu de place au doute sur la présence d’un esprit maléfique au 112 Ocean Avenue. Malgré des premières manifestations propres aux films de hantise, le thème de la possession reste prépondérant et présente un point de vue différent de l’affaire Amityville.
Publié le 5 Avril 2019 par Dante_1984Voir la fiche de Amityville 2: Le Possédé
7
Cimetière

Le premier film de la saga Amityville se penchait sur la période d’habitation de la famille Lutz. Arnaque opportuniste ou cas avéré de maison hantée, l’intrigue se développait sur l’influence latente de l’assassinat de la famille DeFeo. Ce dernier point étant un argument de poids pour soutenir l’aura glauque des lieux. À peine évoqué en début de métrage, ce fait divers des plus sordide reste pourtant essentiel pour mieux appréhender la genèse des événements. Trois ans après le succès cinématographique du précédent opus, une suite est mise en chantier. Celle-ci fait office de préquelle pour découvrir une autre facette de l’histoire du 112 Ocean Avenue.

Le visage du démon ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, ce deuxième volet est un peu l’antithèse de son modèle. Certes, le cadre reste similaire et les aboutissants également, mais on ne peut parler d’une continuité, à tout le moins de cohérence entre les deux productions. La raison est très simple, le traitement du sujet est foncièrement différent. À commencer par la gestion des manifestations paranormales. Ici, elles surviennent avec plus de force et de brutalité. Les dessins sur les murs, les hallucinations (le bras emmuré), le désordre soudain dans la cuisine... Chaque élément est plus explicite, plus percutant dans sa présentation.

La première partie tend à nous faire penser à la présence d’un poltergeist. Par ailleurs, cette approche est similaire au Poltergeist de Tobe Hooper, également réalisé la même année. Les effets de mise en scène, comme la vue objective du point de vue de l’entité, s’essayent à une suggestion toute différente de son prédécesseur. Là où le film de Stuart Rosenberg suscitait le doute, au risque de se perdre dans ses multiples considérations, Amityville 2 prend un parti bien défini. En l’occurrence, on reste ancré dans les domaines de la religion et de la possession. On écarte toute approche rationnelle et pragmatique, tout comme les allusions de sorcellerie et de pratiques occultes évoquées par le passé.

La maison qui voit tout !

Par la suite, l’accent est mis sur la possession du fils aîné et des poursuites judiciaires qui découlent de ses crimes. De fait, on s’éloigne quelque peu du cadre domestique et de la sensation d’isolement éprouvée dans le premier volet. Ici, la vulnérabilité tient au salut de l’âme et non à l’impuissance d’une famille face à des phénomènes paranormaux. Pour cela, le récit s’appuie sur le fait que Ronald DeFeo entendait des voix lui commander de tuer les siens. Bien que la «folie» ne fut pas retenue à son procès, cette thèse fait l’objet d’un travail méticuleux qui se départit de tout réalisme au profit d’une vision très spectaculaire, voire grotesque, de la possession. Notamment en ce qui concerne la transformation physique du principal intéressé.

Autre point sur lequel se différencie le présent métrage: l’image de la famille. Les Lutz sont dépeints comme un foyer moderne et stable. Les Montelli, pendant fictif des DeFeo, sont l’archétype de la famille dysfonctionnelle. Père violent et incapable d’exprimer ses sentiments, mère bigote empreinte de superstitions, fils aîné assimilé au bouc émissaire du clan... L’aspect conservateur et suranné de cette image peu avenante reste néanmoins le moindre mal lorsqu’on évoque la relation incestueuse entre Johnny et Patricia. Par ailleurs, cet élément peut constituer indirectement un mobile légitime pour l’auteur des meurtres; qu’il s’agisse de préserver un secret de famille ou d’annihiler le cadre illusoire de son existence.

Portrait (incomplet) d'une famille dysfonctionnelle

Au final, Amityville 2 se révèle foncièrement différent de son aîné. Le rythme narratif se veut plus emporter et les manifestations tiennent davantage aux rejets des symboles religieux. Cela passe par la classique croix du Christ renversée ou voilée, mais surtout par l’acte sexuel incestueux avancé comme un blasphème ou une offense. De même, on peut s’attarder sur cette construction en deux parties qui présentent les faits et leurs conséquences à court terme. L’incursion demeure intéressante et a le mérite de proposer une expérience foncièrement différente, même si le thème reste similaire. On ne parlera donc pas d’une suite logique, mais plutôt d’une vision complémentaire assez pertinente, exception faite de quelques séquences par trop grandiloquentes et explicites pour traiter du sujet de la possession.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Shark 3D
Un groupe d'étudiants décide de se rendre chez l'une d'entre eux, en Louisiane, pour passer de bonnes petites vacances. Malheureusement pour eux, sur place des squales affamés ont investi le lac, mais ils ne semblent pas être le pire des dangers. Les films de requins sont légion dans le paysage cinématographique. Inutile de citer les références du genre qui ont engendré moult navets,...
The Park
Qu’il s’agisse de parcs d’attractions ou de fêtes foraines, le cadre distrayant de tels endroits donne parfois lieu à quelques détournements plus ou moins réussis dans le domaine horrifique. Le danger des manèges, le passé trouble des environs, un accident malencontreux, une farce qui tourne mal... Les idées ne manquent pas pour prétexter une petite visite. Alors que le début...
Le Fantôme de l'Opéra
**Attention, cette chronique contient des spoilers.** En 1877, à l'Opéra Garnier de Paris, Christine, jeune cantatrice, doublure de la célèbre Carlotta, attire l'attention d'un mystérieux personnage, tandis que d'étranges disparitions ont lieu dans l'établissement. Près de dix ans après Opera , Dario Argento renoue avec un univers musical et scénique cher aux italiens, en...
Animals
**Attention, cette critique contient quelques spoilers.** Ancien grand espoir de football américain à l'université, Syd Jarrett n'est plus que l'ombre de lui-même depuis une grave blessure qui l'a forcé à retourner dans sa ville de naissance, un patelin paumé. Désormais ouvrier, son seul plaisir est de retrouver chaque soir ses amis dans le bar de la ville. Un soir, il fait la connaissance de...
Iron Sky
Avant même d'être sorti, Iron Sky s'était déjà payé un beau petit buzz sur le net. Pour deux raisons : d'une part, son idée de base propice à toutes les audaces faisait délirer les amateurs, et d'autre part, à cause de sa production chaotique, ses auteurs ont dû faire appel aux dons des internautes pour finaliser le tout. Quand on sait que le projet Iron Sky est né en 2006, en...