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L'Ombre du vampire

Un film dans le film maîtrisé qui revient sur un véritable mythe du septième art en se penchant sur la genèse de sa production. Au-delà de la simple légende vampirique et des relations conflictuelles entre acteurs et metteur en scène, L’Ombre du vampire s’attarde sur l’ambiguïté qui sépare fiction et réalité. L’ensemble est servi par un discours probant sur le rapport à l’image et sa portée à travers le prisme de l’objectif.
Publié le 2 Novembre 2020 par Dante_1984Voir la fiche de L'Ombre du Vampire
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Vampire

Bien qu’il n’ait pu obtenir l’aval des ayants droit de Bram Stoker, F.W. Murnau signe avec Nosferatu un chef-d’œuvre du cinéma fantastique. Sa version « non officielle » de Dracula donne lieu à l’une des iconographies vampiriques les plus fortes qui soient. Au fil des décennies, le film devient un véritable mythe, ayant même droit à un remake sous la caméra de Werner Herzog. Aussi, entreprendre une production sur la genèse du tournage est à la fois inattendu et prometteur. À la barre, on retrouve un quasi-inconnu, E. E. Merhige qui a réalisé quelques clips musicaux, dont certains pour Marilyn Manson, ainsi que le métrage underground Begotten.

 

Le cinéma est émaillé de légendes et de nombreux films aiment à alimenter le mystère. C’est donc sur ce postulat que L’Ombre du vampire étaye son propos. À savoir que Max Schreck serait bel et bien un véritable vampire, eu égard à sa formidable et déroutante prestation. Au fil de sa progression, la narration entretient sciemment le doute. Le travail d’interprétation est à double sens puisqu’il est aussi notable à l’écran que dans la présentation du tournage (de Nosferatu). On constate de manière fréquente ce parallèle entre ce que l’on perçoit en tant que spectateur et l’image telle qu’on la considère au sein de l’équipe.

Le procédé est particulièrement ingénieux puisqu’il permet de flouer les frontières de la fiction et de la réalité, servant ainsi parfaitement le propos initial. Pour paraphraser l’une des phrases emblématiques du métrage : « Ce qui est en dehors de l’image n’existe pas ». Non seulement la perte de repères est avérée, mais elle sous-tend différents niveaux d’interprétation dans ce que l’on assimile comme un mélange de reproduction historique et de purs fantasmes. La caméra a beau s’arrêter, la prestation se poursuit en dehors du champ. L’intrigue en filigrane s’avance alors comme la continuité à un scénario qui échappe à tout contrôle, à commencer par le réalisateur lui-même.

 

On remarquera un soin tout particulier pour retranscrire des symboles propres aux années folles. Certes, la majeure partie du récit se situe en Roumanie. Il n’en demeure pas moins que dans l’introduction ou certains costumes, on retrouve le faste d’antan. Cela tient également au maniérisme, parfois exacerbé, dont font preuve les acteurs, notamment dans leur jeu théâtral. La mise en scène soutient cet état de fait avec une distorsion des ombres savamment orchestrée, ainsi que des éléments de cadrage aussi subtils que bienvenus. Autre bonne idée : le resserrage de l’iris du cinématographe avec la teinte sépia de l’image. Classique, mais d’une redoutable efficacité pour immerger le spectateur.

On peut également s’attarder sur l’interprétation de John Malkovich dans la peau de Murnau qui réussit parfaitement à retranscrire la rigueur toute militaire, presque obsessionnelle, du réalisateur dans son travail. Une quête du perfectionnisme qu’il est parvenu à atteindre avec Nosferatu, mais aussi avec d’autres œuvres emblématiques, comme Faust et, par la suite, L’Aurore et City Girl. L’Ombre du vampire marque autant l’histoire de son film que sa relation avec Max Schreck. Ici, le rapport du cinéaste à l’acteur prend les atours d’un pacte faustien où il est bien difficile de distinguer le marionnettiste du pantin.

 

Si L’Ombre du vampire reste une œuvre de fiction, elle n’en demeure pas moins troublante et d’une indéniable réussite. Le métrage mélange habilement la genèse d’une production houleuse à quelques connotations fantastiques. Immerger l’équipe et le public dans un environnement authentique tel que la Roumanie et son folklore local permet de crédibiliser ce traitement un rien sibyllin. Auréolé par une plongée au cœur des années 1920 somme toute discrète et néanmoins présente, le concept du film dans le film met en exergue des conditions de tournage parfois difficiles, voire artisanales. Il en ressort un aspect irréel où les frontières de la fiction s’effacent pour mieux interpeller le spectateur ; pas forcément sur la véritable nature de Max Schreck, mais sur le pouvoir que l’on accorde aux images et à leur impact.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

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