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Le Métro de la Mort

Publié le 23 Octobre 2021 par GeoffreyVoir la fiche de Le Métro de la Mort
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Passé inaperçu à l’époque de sa sortie, LE MÉTRO DE LA MORT a depuis acquis un petit statut de film culte, à tel point que Guillermo Del Toro himself a déclaré à son propos « Il a changé à jamais ma façon de voir l'horreur et, à bien des égards, ma façon de voir le cinéma ». Excusez du peu. Le réalisateur mexicain saura d’ailleurs s’en souvenir au moment de tourner Mimic.

S'ouvrant sur une séquence titre colorée et criarde, la caméra de Gary Sherman dont c'est ici le premier film (et que l'on retrouvera plus tard derrière le moyen Poltergeist III) s’attarde ensuite sur un homme britannique manifestement chic qui se promène dans le quartier rouge de Londres au son d'une musique lascive appropriée. Plus tard dans la nuit, un jeune couple découvre le corps sans vie de l'homme dans les escaliers menant à la station de métro Russell Square. Ils vérifient son portefeuille et découvrent son identité : James Manfred. La femme, Pat (Sharon Gurney), veut l'aider, tandis que son petit ami américain Alex (David Ladd) veut simplement rentrer chez lui. Pat finit par convaincre Alex d'alerter les autorités, mais quand Alex et le policier retournent sur les lieux, l'homme a disparu.

Le statut social de l'homme disparu intrigue l'inspecteur Calhoun de Scotland Yard (un Donald Pleasence délicieusement impertinent), dont l'esprit vif se souvient que quelques autres personnes ont également disparu récemment dans Russell Square. Lui et le sergent Rogers (Norman Rossington) se mettent immédiatement au travail pour enquêter sur cette affaire.

Si, au premier abord, LE MÉTRO DE LA MORT semble être une enquête tout à fait classique, il s'agit en fait d'une belle synthèse du mystérieux et du macabre. Par exemple, l'inspecteur Richardson (Clive Swift) est ravi de régaler Calhoun et Rogers de sa connaissance intime de l'histoire du métro, des récits qui semblent tout à fait ennuyeux jusqu'à ce qu'il mentionne que, selon une légende, plusieurs effondrements datant des premiers jours de sa construction ont laissé de nombreux ouvriers bloqués et abandonnés à leur sort. LE MÉTRO DE LA MORT passe ensuite à l'une des meilleures séquences du film, avec un travelling de sept minutes qui embrasse la totalité d’une pièce faiblement éclairée, passant d'un gros plan sur un rat rongeant un membre humain à une variété de corps à différents stades de décomposition, à Manfred, manifestement handicapé, puis de nouveau au rat. Malgré l'absence de musique (nous n'entendons que le bruit de l'eau qui coule), cette scène est aussi fascinante et pleine de suspense qu'elle est dégoûtante.

On nous présente "l'Homme" (Hugh Armstrong), une figure misérable couverte de plaies et de furoncles, qui vit ici avec sa partenaire malade, une femme qui non seulement a l'air aussi horrible que lui, mais qui est sur le point de mourir. La caméra recule ensuite pour révéler un tas de décombres et de crânes dans l'ouverture d'un tunnel voisin, avec les faibles sons du chaos qui résonnent en arrière-plan. Il semble que les légendes dont Richardson a parlé soient terriblement vraies.

Par la suite, au lieu d'alterner des séquences effrayantes et rapides, LE MÉTRO DE LA MORT maintient un rythme méthodique, occasionnellement compensé par des frayeurs et des scènes sanglantes qui s'avèrent payantes d'un point de vue narratif. Les inquiétudes de Pat sur ce qui est réellement arrivé à Manfred et sa frustration lorsqu'Alex ne semble pas s'en soucier aident le public à s'investir dans leurs destins. Dans le même temps, malgré le visage hideux de l'Homme, son angoisse de perdre le dernier membre de sa famille est palpable, et le public est naturellement amené à ressentir de l’empathie pour ce pauvre hère. Grâce aux incroyables effets de maquillage de Harry et Peter Frampton et à la performance captivante d'Armstrong, il devient évident que, comme le monstre de Frankenstein, l'Homme n'est devenu un "méchant" que parce qu'on lui a imposé une existence terrible. Il est d’ailleurs à noter que ses actes ne sont jamais dictés par de la méchanceté gratuite, et il n’est pas interdit d’y voir un commentaire social sur notre société et sur l'exclusion des marginaux à travers ce qui ne fait que répéter « Je veux vivre ». Il y a un peu du Fantôme de l'Opéra dans ce personnage monstrueux, vivant parmi les rats et la pourriture.

Devant la caméra de Gary Sherman, Donald Pleasence promène sa bonhommie, son chapeau ridicule et sa malice en fournissant une interprétation très éloignée de celle de son personnage iconique du Dr. Loomis. Face à lui, Christopher Lee et sa moustache rivalisent de désinvolture dans un rôle certes anecdotique, mais amusant. Les décors souterrains sont très réussis et contrastent avec les intérieurs de studio que n'auraient pas renié Columbo du temps de ses débuts. Il convient aussi de préciser que, malgré toutes les qualités évoquées ci-dessus, il faut faire l’effort de voir ce film avec l’esprit de l’époque, car c’est sur un rythme très lent que se déroule l’intrigue du MÉTRO DE LA MORT.

Addendum Blu-Ray

Il est à noter que l’image du Blu-Ray édité en 2021 par Rimini Editions se montre particulièrement à la hauteur avec un lifting impeccable malgré l’âge vénérable du film. Côté suppléments, l’édition proposée comprend des bonus diversement intéressants (spots TV, bande-annonce), mais surtout des interviews séparées des acteurs et du réalisateur accompagné de ses producteurs qui reviennent chacun sur la genèse du projet, ainsi que sur son parcours au cinéma, avec des avis visiblement très contrastés.

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A propos de l'auteur : Geoffrey
Portrait de Geoffrey

Comme d'autres (notamment Max et Dante_1984), je venais régulièrement sur Horreur.net en tant que lecteur, et après avoir envoyé quelques critiques à Laurent, le webmaster, j'ai pu intégrer le staff début 2006. Depuis, mes fonctions ont peu à peu pris de l'ampleur.

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Le Métro de la Mort
Réalisateur:
Durée:
87 min
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