Voir la fiche complète du film : Le Vol Noir (Sheldon Wilson - 2006)
Critique

Le vol noir

Modeste de par ses moyens et son genre, Kaw s’approprie les codes du survival animalier avec une certaine énergie. Entre une histoire plaisante et une réalisation maîtrisée, le film de Sheldon Wilson se démarque par une approche crédible et nuancée de son sujet.
Publié le 19 Mars 2017 par Dante_1984Voir la fiche de Le Vol Noir
7
Oiseau

Hormis le chef d’œuvre d’Hitchcock et précurseur dans son domaine, peu de productions animalières ont choisi les oiseaux dans leur bestiaire. Moins impressionnant qu’un squale, moins vorace qu’un crocodile ou moins féroce qu’un fauve... Il est difficile de dénicher des films dans cette thématique, a fortiori de qualité. Après L’écorché, film d’horreur intéressant, mais non dénué de maladresses, Sheldon Wilson s’attelle à Kaw. S’il paraît évident d’évoquer Les oiseaux, le cinéaste n’a pas pour ambition de rivaliser avec cette référence indétrônable. Le présent métrage va préférer jouer la carte de la sobriété et de l’inventivité pour pallier à un budget ridiculement bas.

De mauvais augures...

On limite le cadre à un environnement rural avec la petite ville de Middletown. Le paysage ne paie pas de mine et pourtant, le faible nombre de décors qui défilent à l’écran bénéficient d’une exposition soignée pour tirer le meilleur parti de l’espace. Le café, la ferme des mennonites ou même les routes reviennent régulièrement, mais le cadrage et la réalisation s’adaptent aux changements climatiques et à la période de la journée visée. Cela peut paraître anodin, mais, quand on possède peu de moyens, cette approche permet d’exploiter davantage d’idées de mise en scène avec peu. De plus, le montage accentue l’illusion de la variété tout en entretenant une certaine dynamique dans la trame.

Pourtant, la base de l’histoire se révélait peu originale et engageante tant on sentait poindre la série B sans envergure. Après une entame qui ressasse quelques poncifs, on fait se succéder les différents points de vue sans se fourvoyer dans les temps morts ou les longueurs inhérentes à un remplissage de circonstances. Or, l’intrigue va prendre des risques en essayant de trouver une explication rationnelle aux comportements des corbeaux. Cette même justification n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe et s’avère pertinente puisqu’elle offre une nouvelle perspective à l’histoire, bien éloignée des misérables prétextes qu’on nous inflige habituellement dans le survival animalier.

Le plein, je vous prie

En ce sens, on écarte aussi une caractérisation brinquebalante qui véhicule caricatures et autres têtes à claques irritantes au possible. De par des personnalités disparates, parfois aux antipodes, les différents intervenants parviennent à se démarquer par une interprétation sobre et sans fioritures. Des figures connues telles que Stephen McHattie ou Sean Patrick Flanery aident à porter le film en préservant le cachet soigné de la mise en scène. Ici, on a droit à une communauté restreinte et néanmoins soudée dont les divergences et les affrontements se révèlent minimalistes pour se consacrer à l’essentiel. À savoir, les corbeaux.

Pour les plans rapprochés, une partie des oiseaux sont réels. Malgré la difficulté de tourner avec des animaux, ce choix améliore le rendu final en accentuant sa crédibilité. Toutefois, on distingue facilement les images de synthèse employées pour des séquences à l’échelle plus grande. Hormis un effet de masse évident, ce type de trucages vieillit assez mal. La faute à des animations sommaires et des vols groupés à la fois anarchiques et épars, ce qui amoindrit la sensation de menace imminente. Pour autant, les attaques demeurent coordonnées et violentes avec des transitions opportunes afin d’éviter de trop montrer l’aspect fauché de la production. Dénué d’une grandiloquence déplacée, l’ensemble joue sur le réalisme plutôt que sur une exposition grotesque.

Non, le tir aux pigeons n'est pas autorisé en ville

Au final, Kaw est un DTV qui crée la surprise par la manière dont Sheldon Wilson parvient à créer un divertissement recommandable à partir de (presque) rien. Sans être référentielle à outrance, l’intrigue suscite l’intérêt tant dans l’évolution des événements que dans la justification principale. La qualité de la mise en scène associée à d’excellentes idées pour s’affranchir des contraintes budgétaires se solde par un survival animalier attrayant à plus d’un titre. L’utilisation d’un bestiaire aviaire est ici loin d’être ridicule et parvient à retranscrire à minima le sentiment d’infériorité face au nombre des volatiles. À défaut de se montrer pleinement original, un film modeste qui ne faiblit pas devant l’effort pour fournir un résultat étonnamment bon.

A propos de l'auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Creeps, The
Au rayon grosse débilité profonde, je voudrais The Creeps de Charles Band de chez Full Moon. Les grandes figures monstrueuses de la littérature ont inspiré plus d'une fois les amateurs de bis et de films d'horreur. En témoigne les différentes adaptations du monstre de Frankenstein de Mary Shelley, de Dracula de Bram Stoker ou encore de la momie et du loup-garou. D'ailleurs, même les plus grands...
Modus Anomali : Le Réveil de la Proie
Si le nom de Joko Anwar ne vous dit rien, c'est tout à fait normal. Ce réalisateur indonésien n'a pas franchi nos frontières francophones pour ses précédents films (Kala et Forbidden door). Aussi, il est d'autant plus surprenant de voir surgir son dernier projet dans notre pays, a fortiori dans les salles. Un thriller horrifique où un certain John Evans se retrouve en pleine forêt, amnésique et...
Histeria
Attention cette critique peut contenir des spoilers Depuis 1998 et The Ring , les films de fantômes asiatiques ont déferlé comme un tsunami sur nos écrans. C'est ainsi que les filles aux longs cheveux, Gamins blancs (ou bleus c'est selon) et une foule d'esprits nés du folklore local ont fait frissonner des millions de spectateurs. Il faut croire que le public asiatique ne lasse pas de ces...
Reeker
En 2005, date de la sortie de Reeker , le réalisateur Dave Payne n'était connu comme réalisateur que grâce à des "oeuvres" telles que Alien Terminator ou La famille Addams: Les Retrouvailles (Ouch!). C'est dire si le voir aux commandes d'un slasher mâtiné de survival n'avait rien d'excitant. Et pourtant, Reeker créa la sensation dans les divers festivals où il fut présenté et c'est donc nanti d'...
World War Z
Devant le succès de l'excellent best-seller de Max Brooks et la fièvre des morts-vivants qui se propagent à toute la culture populaire, il semblait inévitable de voir débarquer World war Z sur nos écrans. En général, ce genre d'adaptation se concrétise sous forme de productions modestes aux moyens limités. Dans le cas présent, ce n'est autre que Brad Pitt et sa société Plan B qui s'occupe du bébé...

Sur Horreur.net