Voir la fiche complète du film : La Dernière Maison sur la Plage (Franco Prosperi - 1978)

La dernière maison sur la plage – Critique

La Dernière Maison sur la Plage
Un Rape and Revenge poussif où la violence ne reste au stade que des mauvaises intentions et nous dessert quelques scènes vite expédiées pour sombrer dans l’ennui et la misogynie d’une intrigue famélique.
Publié le 10 Mars 2016 par Dante_1984 · Voir la fiche de La Dernière Maison sur la Plage

Particulièrement prisé du cinéma bis, le rape and revenge a connu un succès notable dans les années 1970-1980 où les pellicules scabreuses rivalisées de perversions, de violences et d’humiliation envers la gent féminine. Avec des titres comme La dernière maison sur la gauche ou I spit on your grave, les Anglo-saxons ont posé les bases d’un sous-genre qui, au même titre que le slasher ou le giallo, possède des codes très particuliers qu’il convient de respecter pour ne pas sombrer dans l’opportunisme. De fait, la marge pour fournir une production originale et ne pas décevoir un public de cinéphiles avertis est assez mince.

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le film de Franco Prosperi joue constamment sur l’appréhension des sévices et la séquestration. Du simple prétexte narratif que ne renieraient pas les scénaristes versés dans la pornographie pour enclencher la machine à une progression rudimentaire et surfaite, l’histoire manque clairement d’intérêt. Il est vrai qu’il faut rester conscients de certaines contraintes comme le cadre restreint. Or, l’isolement que ce dernier est censé susciter via un huis clos rondement mené ne prendra jamais. Le réalisateur tente d’insuffler l’atmosphère malsaine de ses prédécesseurs sans jamais trouver le ton adéquat.

Inhérente au genre, la misogynie ambiante objetise la femme comme un simple objet sexuel destiné à satisfaire les déviances de l’homme. On devine un rapport de force inégal qui ne sera renversé que dans les ultimes minutes via un retournement peu crédible. En ce sens, La dernière maison sur la plage se concentre davantage sur le côté Rape que Revenge, car les victimes demeurent prisonnières de poncifs et de clichés qui ne les feront réagir que trop tard au vu des exactions commises. On nous jette quelques arguments bâclés pour justifier leurs comportements et permettre aux malfrats de disposer de leurs corps selon leur bon vouloir.

 

Même cet élément ne respecte pas ses promesses. À trop se focaliser sur le suggestif sans oser franchir le pas, la mise en scène s’appuie invariablement sur le décalage d’une bande-son guillerette et la brutalité des images. Une violence toute relative qui joue constamment avec un cadre excentré, des mimiques exagérées et des gestes brusques. Pour le reste, on laisse vaquer l’imagination du spectateur sans prendre de risque en espérant que cela suffise à contenter le quidam et ses appétits scabreux. En somme, on veut choquer sans aller au bout des idées ou des codes d’un sous-genre qui nécessite de transgresser les barrières de la bienséance.

Niveau casting, on nous dessert des habitués de séries B fauchées qui ne sont guère reconnus pour leur talent d’interprétation. Ils ne provoquent guère d’empathie ou d’aversion, mais un agacement permanent qui s’impose devant toute autre considération. De plus, les personnages sont à peine esquissés et s’avèrent inintéressants au possible. On les affuble de quelques critères pour se concentrer sur les apparences et la sauvagerie bestiale. Malheureusement, ce n’est pas le rôle ambivalent de Ray Lovelock qui rattrapera la donne ; en dépit d’une approche de bad guy pas si méchant que ça, mais qu’on devine plus manipulateur et fourbe qu’il laisse paraître.

 

Sans pour autant copier honteusement sur ses homologues britanniques ou américains, La dernière maison sur la plage est une production italienne qui s’accapare le succès du Rape and Revenge sans jamais retranscrire un climat malsain, dérangeant et brutal à souhait. Progression pénible et ennuyeuse, acteurs amorphes qui ne convainquent guère, violence édulcorée, bande-son stridente et histoire poussive... Franco Prosperi signe un film opportuniste et mal ficelé qui joue sur une réputation sulfureuse et un pitch de départ racoleur afin de rameuter un public versé dans le domaine horrifique, mais se fourvoie dans la complaisance et un manque d’intérêt notoire.

 

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

Autres critiques

Temple

Temple

Le cinéma d’épouvante asiatique est réputé pour proposer des productions angoissantes et anxiogènes au possible. Le succès est tel que l’opportunisme hollywoodien a tôt fait de l’exploiter par le biais de remakes inégaux. On songe notamment à Dark Water , Pulse , The Ring ou encore Les Intrus . Certaines productions américaines prennent pour cadre l’archipel nippon, comme...
Evil Toons - Qui a peur du diable?

Evil Toons - Qui a peur du diable?

Si l’on en croit l’accroche publicitaire autour du film, Evil Toons se situerait entre Evil Dead et Qui veut la peau de Roger Rabbit ! Dans un sens ce n’est pas totalement faux mais cela s’arrête aux idées de base de ces deux films qui sont recyclées sans pour autant parvenir à reproduire la terreur du film de Sam Raimi, ni le fun et l’exploit technique de celui de Robert Zemeckis. Quatre jeunes...
Death Tube

Death Tube

Mettre en corrélation le rapport à l’image et les déviances de l’esprit humain est une préoccupation particulièrement présente depuis les années 1970. Le sujet malsain s’est notamment distingué en s’attardant sur les snuff movies, puis sur les faux documentaire ou found-footage. Avec l’essor d’internet au XXIe siècle, le voyeurisme prend une autre dimension,...
Nine Dead

Nine Dead

Une visuel illuminé par le blanc, une salle de bain, une toilette, une personne enchaînée et au milieu de la pièce, un revolver posé à coté d'un cadavre baignant dans son sang. Si la jaquette de Nine Dead vous rappelle quelque chose c'est normal, tellement la tentative de filiation avec le premier Saw semble évidente. Pourtant, le film de Chris Shadley ne joue pas du tout dans la même...
Salvation

Salvation

On ne compte plus les films qui mettent en scène un astéroïde qui menace la vie sur la planète. En parallèle des incursions les plus connues ( Deep Impact , Armageddon et consorts), le sujet a fait la joie de nombreux téléfilms et autres DTV bon marché. La teneur même de telles intrigues nécessite un traitement dynamique et tendu, prompt à jouer sur la fibre du spectaculaire qui vibre...