Shadowz - la plateforme de VOD
Voir la fiche complète du film : Looper (Rian Johnson - 2012)

Looper

Un film de science-fiction qui ne manque pas d'aplomb, mais sombre dans un montage chaotique et souffre d'errances assez pénibles. Il ressort un scénario à l'écriture aléatoire et au concept mal maîtrisé en dépit d'une tête d'affiche aguicheuse et d'un potentiel prometteur. Inégal et tortueux.
Publié le 12 Mai 2013 par Dante_1984Voir la fiche de Looper
6
Voyage dans le Temps

Le voyage dans le temps est un thème cher à la science-fiction. Tout comme le fantastique aime à exploiter les vampires ou autres créatures de la nuit, la SF apprécie particulièrement ce sujet en le déclinant à toutes les sauces. Du drame romantique en passant par le thriller faussement avoué ou, bien entendu, en peignant les traits d'un univers futuriste. Si l'on a eu droit à des perles fondatrices, le genre n'est pas épargné par quelques échecs, à tout le moins par de jolis gâchis. En général, la faute incombe soit à un scénario simpliste et fainéant, soit à une mauvaise maîtrise du concept de base. Si Looper n'est pas mauvais, l'on verra qu'il dispose d'un potentiel certain miné par des erreurs maladroites.


Haut les flingues ! Bas les masques !

L'histoire de Looper ne manque pas d'intérêt. L'on se situe en 2044 où des tueurs à gages exécutent des contrats envoyés du futur (30 ans plus tard). La machine semble parfaitement huilée jusqu'à ce que l'un des loopers doit s'exécuter lui-même. S'ensuit alors une chasse à l'homme entre les bas-fonds de la ville et la fuite vers la campagne... Le pitch de départ est à la fois original, intrigant et bien amené. Pour cela, le futur se décrit sous une forme très nihiliste. Nous ne sommes pas au c½ur d'une dystopie, mais plutôt vers la finalité d'un mode de vie éphémère et agonisant. Comprenez que cette époque est similaire à la nôtre dans de nombreux détails. Exception faite de la technologie et d'une criminalité toute puissante, on a l'impression de contempler notre avenir peu flatteur.

En ce sens, Looper s'accapare les codes du film noir avec son univers sombre et son héros désabusé. Là encore, l'approche est surprenante, mais l'on commence à discerner les ficelles qui composeront l'intrigue. Cela permet de considérer le film sur un aspect tortueux et difficile : l'imaginaire côtoyant l'âpreté de l'existence. Difficile de conjuguer la réalité et son pragmatisme avec une extrapolation de ce qui pourrait nous attendre dans quelques décennies. Il faut reconnaître que Rian Johnson, scénariste et metteur en scène, ne manque pas d'ambitions. Malheureusement, la continuité de son ½uvre pâtie d'une structure alambiquée et mal maîtrisée dans sa finalité.


On a beau courir...

En effet, l'on se rend compte que le récit devient vite brouillon, mais pas forcément incompréhensible. La faute incombe à un montage chaotique où se succède les possibilités futures, la trame principale, ce qu'il est advenu de Joe et ce qui ne sera pas ou n'est plus. En d'autres termes, le présent dans sa linéarité, les possibilités qui en découlent, le futur et le présent modifiable et/ou modifié. L'on s'y perd un peu. Malgré une certaine prévisibilité, l'écriture est trop aléatoire pour convaincre. Looper essaye de mixer plusieurs ingrédients du voyage dans le temps (les conséquences de pareille entreprise, les univers parallèles créés…), mais ne parvient à aucun moment à trouver un pied d'ancrage.

L'on songe notamment à L'effet papillon avec quelques astuces en temps réels sympathiques (l'amputation des membres), mais on est loin d'atteindre sa profondeur. À travers cela, l'on distingue certaines invraisemblances, voire incohérences dans le déroulement de l'intrigue. On ne rentrera pas dans les détails pour éviter tout spoiler, mais certaines réactions des personnages sont alambiquées et prolongent inutilement la durée du métrage. Ce qui apparaît évident aux yeux du spectateur ne l'est pas forcément pour ceux-ci, mais cela engrange un manque de finition et, par la même, nuit à la crédibilité de l'ensemble. La complexité supposée dévoile donc des artifices de remplissages malvenus et pas vraiment cohérents.


Les démons du maïs se planqueraient-ils dans le coin ?

Malgré leurs choix, les protagonistes sont d'un intérêt certain. Joe et son double futur (vieux Joe) disposent d'une évolution en dent de scie où la perdition et le désespoir se transforment peu à peu en une quête rédemptrice. Il s'agit du même individu, mais les caractères sont suffisamment dissemblables pour laisser planer le doute. Pour cela, le duo Joseph Gordon-Levitt / Bruce Willis est impeccable dans son affrontement. On regrettera toutefois que la présence de ce dernier soit un peu trop discrète à l'écran étant donné le travail nuancé qu'il a effectué sur son personnage. Loin des caricatures volontaires auxquelles il nous avait habitués, il compose son rôle en multipliant les ambiguïtés sur sa véritable nature. L'on se demande toujours s'il était bon ou mauvais, sans doute un peu des deux.

Pour ce qui est des autres acteurs, l'on oscille entre l'anecdotique (Jeff Daniels), l'acceptable (Emily Blunt) et le surprenant (Pierce Gagnon dans le rôle du jeune Cid). Ce dernier offre une prestation rare pour un enfant de son âge, mais là encore, le récit s'égare dans des chemins tortueux. À l'image des propos dualistes, l'on aurait aimé un traitement appuyé dans ce sens. Le problème étant que le réalisateur hésite constamment à délimiter clairement l'un ou l'autre parti. D'ailleurs, le doute subsiste, et ce, après un dénouement finalement attendu et sans panache.


... le temps finit toujours par nous rattraper.

Au final, Looper est une petite déception. Là où le début posait les bases d'un univers singulier au concept tout aussi avenant, l'on découvre une histoire brouillonne à l'écriture mal maîtrisée et aux accents faussement complexes. Alors que le récit souffre de quelques longueurs (à la limite de l'auteurisant avec des plans fixes de plusieurs minutes ponctuaient par des dialogues inégaux), il est à regretter de voir se multiplier pas mal d'influences pour aboutir à un film maladroit, voire inachevé sur certains aspects. Sans ces défauts, Looper aurait pu prétendre à une meilleure appréciation. Pas forcément louper, mais pas réussi pour autant.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Evidence
Malgré les nombreuses critiques négatives récoltées par Phénomènes paranormaux , Olatunde Osunsanmi ne se laisse pas décourager si facilement et poursuit l’exploration du found-footage avec Evidence , thriller à la lisière de l’horreur qui sort directement en DVD. Véritable phénomène depuis la fin des années 1990, les faux documentaires déboulent régulièrement avec un niveau de qualités variables...
Scarce
C'est écrit en gros sur la jaquette et sur le DVD: "Par le réalisateur de Saw 2, 3 et 4 ". Etrange... puisque les réalisateurs répondent aux noms de Jesse T. Cook et John Geddes . Quel est donc le lien avec Darren Lynn Bousman ? La réponse est plutôt étonnante et nous est donnée par la pochette Canadienne du film. Sur cette dernière figure la mention "avec commentaire de Darren Lynn Bousman" et...
Frankenstein
Au même titre que Dracula de Bram Stoker, Frankenstein est un véritable mythe fondateur du genre fantastique. Ses thèmes, entre autres le progrès scientifique ou l’appréhension de la mort, demeurent toujours d’actualité et s’adaptent aux époques si bien que l’œuvre de Mary Shelley traverse le temps sans prendre une ride. Le cinéma a tôt fait d’accaparer un tel potentiel pour le transposer encore...
Insidious
Depuis le premier Saw et le choc qu'il a constitué (aussi bien pour les spectateurs que pour le cinéma d'horreur en général), James Wan fait partie des réalisateurs talentueux à suivre. Le hard-boiled Death Sentence et le très sympathique Dead Silence sont également là pour le rappeler. Du coup, en apprenant que l'australien allait s'attaquer au thème de la maison hantée, on ne...
Train
Le Torture-Porn c'est un peu comme le slasher : en général les scénarios sont bidons et uniquement prétextes à nous présenter un enchaînement de scènes-chocs. Quand c'est bien fait ça nous donne Hostel ou Saw 3 (ce dernier étant également le summum du scénario-prétexte au service de la violence graphique) mais pour ces rares réussites, combien d'erzatzs mal foutus avons-nous vus...