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Mary – Critique

Mary

Sur fond de huis clos maritime mal maîtrisé, Mary ressasse sans grand enthousiasme les poncifs propres aux vaisseaux fantômes. Affublé d’une gestion psychologique médiocre et d’un rythme tout aussi déséquilibré, le film de Michael Goi multiplie les phénomènes paranormaux éculés pour déboucher sur une tournure prévisible et inutilement dramatique.

Publié le 30 Mai 2021 par Dante_1984 · Voir la fiche de Mary

Baser une production fantastico-horrifique sur un mystère maritime n’est jamais pour déplaire. Le cadre est propice à développer un huis clos accompagné d’un sentiment de vulnérabilité inhérent à un tel environnement. Dans le domaine du thriller, une intrigue prenant place sur un voilier n’est pas sans rappeler Calme Blanc. Du côté des navires-fantômes, on peut se tourner vers le conventionnel et néanmoins distrayant Le Vaisseau de l’angoisse ou, plus récemment, le singulier The Boat de Winston Azzopardi. Avec Mary, on navigue dans des eaux paranormales avec une coque de noix maudite et un équipage à la dérive…

 

L’entame démarre avec un flashforward censé présenter l’épilogue avant que les évènements principaux ne surviennent. L’idée est éculée. Bien maîtrisée, elle se révèle toutefois efficace. Il convient aussi de l’intégrer dans une intrigue qui nécessite un éclaircissement des faits, notamment si la trame s’avère complexe ou dispose d’une double lecture. De même, un point de vue particulier, qu’il soit objectif ou subjectif, peut amener à orienter l’interprétation du spectateur. Or, tous ces éléments ne se justifient guère au sein de Mary. En effet, le métrage de Michael Goi, déjà responsable du méconnu et glauque Megan Is Missing, présente un scénario d’une grande simplicité.

Il n’est donc pas nécessaire d’entreprendre une telle démarche narrative pour un récit censé tout misé sur son ambiance inquiétante, voire oppressante à certains égards. Le principe même d’un huis clos maritime est de susciter un sentiment de perdition, un doute permanent qui peut se doubler d’une certaine fragilité psychologique. L’idée est de confronter les protagonistes et le public à une situation impensable. À savoir, une hantise à laquelle on ne peut échapper en prenant la fuite. En l’occurrence, la croisière est constamment entrecoupée du témoignage de l’une des survivantes, rompant le rythme et les efforts consentis au niveau de l’atmosphère.

 

Le procédé est d’autant plus agaçant qu’il n’apporte strictement rien. Le scepticisme clairement affiché des autorités se heurte à une déposition farfelue, du moins pour un esprit pragmatique. Par la suite, il faut relancer la dynamique, au risque de proposer une évolution redondante, ponctuée de séquences similaires, d’enjeux qui manquent de répondant. Le basculement psychologique est mal maîtrisé, tandis que les comportements soufflent le chaud et le froid en matière de crédibilité. L’influence de l’entité est perceptible, notamment par rapport aux enfants et à la gent masculine, mais elle ne possède guère de subtilités.

De cauchemars en réactions violentes et disproportionnées, les phénomènes paranormaux sont plus saisissants par l’intermédiaire des membres de l’équipage et de la famille. Lorsque le fantôme surgit de nulle part, généralement d’un recoin sombre et humide, les apparitions sont aussi furtives que ratées. Son design n’a rien d’original et ne se montre guère effrayant. Cela sans compter des trucages approximatifs qui s’appuient sur la rapidité des irruptions pour dissimuler un manque de moyens (et d’envies ?) pour dépeindre les attaques spectrales. On regrettera également que le cadre du triangle des Bermudes ne soit guère exploité, pas même dans la multitude des disparitions et de mystères.

 

Au final, Mary est un film fantastique décevant qui parvient rarement à tirer parti de son environnement ; qu’il s’agisse de la mer ou de la promiscuité du voilier. Les tenants présentent des prétextes narratifs assez grossiers et maladroits. De même, l’ambiance est nivelée par le bas à cause de fréquents intermèdes inutiles. On ne parlera pas d’un ratage total et éhonté. La présence de Gary Oldman et d’Emily Mortimer rattrape à minima le naufrage. Il n’en demeure pas moins une incursion poussive qui atermoie constamment entre film d’épouvante classique et thriller maritime sans jamais trouver la bonne approche. De trop nombreuses maladresses pour être conseillé.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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