Voir la fiche complète du film : Poursuite Mortelle (Julian Gilbey - 2011)

Poursuite Mortelle – Critique

Poursuite Mortelle
Paysages enivrants qui imposent le respect, course-poursuite intense où évoluent des personnages crédibles. En dépit de ses nombreuses qualités, Poursuite mortelle est un film qui dispose d'une distribution assez modeste. Une tournée des festivals et une sortie DTV discrète, il n'en demeure pas moins que l'on se trouve en présence d'une surprise dont il serait dommage de se priver. Un thriller rondement mené.
Publié le 8 Février 2012 par Dante_1984 · Voir la fiche de Poursuite Mortelle
Cinq alpinistes en excursion découvrent en pleine montagne une jeune fille enterrée vivante. Dès lors, ils sont pris en chasse par les kidnappeurs. Ils n'ont d'autres choix que de s'enfuir pour survivre.
Au vu du pitch de départ, on peut songer que Poursuite mortelle sera une sorte de film hybride issu d'un croisement entre Cliffangher et Délivrance. La comparaison peut paraître évidente, voire facile. Cependant, on se rend rapidement compte qu'il n'en ait rien. Certes, nous sommes en territoire hostile cerné par des montagnes inhospitalières ; des hommes impitoyables sont prêts à tout pour parvenir à leur fin, mais le voyage est tout autre. Un film qui s'annonce surprenant.


Les panoramas du film laissent sans voix.

Si le réalisateur Julian Gilbey n'en est pas à son premier coup d'essai (trois films précèdent celui-ci), Poursuite mortelle est son premier long-métrage à sortir dans nos contrées. L'occasion de découvrir le cinéaste et son travail par la même. D'emblée, les panoramas flattent l'oeil. Les Highlands écossais sont absolument magnifiques et imposent le respect. À-pics rocheux, falaises escarpées, torrents, bois, vallées et landes sont autant d'exemples de l'éclectisme proposé au cours du périple. À cela, il faut compter également avec une faune et une flore locale vivace. Ces quelques détails (la chouette, les cerfs...…) qui parsèment le cadre sont autant d'atouts pour créer un sentiment d'isolement où l'homme n'a pas d'emprise sur la nature.

Si l'ambiance et l'aspect esthétique sont au rendez-vous, cela est dû en grande partie à la mise en scène. La caméra prend de la distance pour mieux apprécier la situation, mais plonge vers l'action au moment opportun lorsque c'est nécessaire. L'exemple le plus frappant réside dans les séquences d'escalade. Tantôt vue aérienne pour contempler le panorama, tantôt au plus près des protagonistes pour nous faire ressentir leurs émotions en milieu extrême. Le cadrage est savamment dosé pour ne pas rendre les séquences illisibles ou brouillonnes. Une alternance dans les perspectives pour le moins immersive et qui se joue de notre point de vue. En d'autres termes, on nous montre simplement ce qu'on a besoin de voir.


Plus dure sera la chute...

Un parti pris osé et risqué, car l'histoire s'amuse parfois à nous envoyer sur de fausses pistes grâce à ce procédé. Les préjugés ou des angles savamment choisis se justifient assez rapidement puisque le réalisateur ne veut pas perdre son spectateur. On se joue de lui, mais on ne le trompe pas. Pour ce qui est du déroulement de l'intrigue, on dénotera un petit temps mort en milieu de parcours, mais l'ensemble tient allègrement la route. D'une première partie posée et insouciante succède l'aspect survivaliste. Dès la découverte d'Anna (la fille enterrée), la course-poursuite s'engage. Certes, on ne voit pas les ravisseurs, mais la menace est imminente. Encore une fois, on se sert du cadre pour suggérer leur présence plutôt que de la montrer subitement.

Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, la caractérisation des personnages n'est pas rebutante. Au lieu de nous pomper une énième fois les caricatures du genre, comprenez les ados décérébrés de circonstances qui n'entendent rien à rien, nous sommes en présence de jeunes adultes assez posés aux réactions réfléchies et sensées (du moins la plupart du temps). S'agissant de grimpeurs avertis, le langage technique fuse et apporte une justification dans leur choix. L'utilisation d'un matériel léger, prendre une route plutôt qu'une autre, tout est agencé de manière fluide et crédible. De plus, les méchants ne sont pas des rednecks au QI d'une vache folle. Ils sont froids, réfléchis et passent relativement inaperçus. On ne les déshumanise pas et leurs actions se défendent également par une motivation très…... matérialiste.


Il n'y a plus qu'à appuyer sur la gâchette.

Mais la randonnée champêtre ne se déroule pas seulement en milieu sauvage. La troisième et dernière partie du film se concentre sur les raisons de l'enlèvement d'Anna et ses implications sur son entourage. De fait, l'on revient à un exercice plus classique se passant dans la petite ville la plus proche. L'introduction de nouveaux personnages apporte une tension supplémentaire vis-à-vis de leur rencontre avec les ravisseurs, mais également celle des alpinistes. Le suspense est peut-être prévisible pour les mordus de thriller, mais distrayant et surtout jouissif dans son final.

Si le scénario peut paraître facile à un simple prétexte pour cette chasse à l'homme, il n'en demeure pas moins que Poursuite mortelle se veut intéressant à plus d'un titre. Hormis une séquence de tirs aux pigeons un peu longue où l'héroïsme suicidaire n'était pas forcément de circonstance, les assassinats font montre d'une retenue froide et sans concession. On ne s'éternise pas dessus. Julian Gilbey préfère saisir l'instant fugitif de la violence plutôt que de s'attarder en barbarie inutile et, dans le cas présent, hors de propos (il s'agit d'un thriller et non d'un film d'horreur). Certaines disparitions sont tellement rapides qu'elles surprennent.


Vous serez sa prochaine victime.

En conclusion, Poursuite mortelle étonne dans le sens où l'on n'attendait pas cette qualité de réalisation. Julian Gilbey apporte un soin tout particulier à l'atmosphère de son histoire par le biais d'une mise en scène aux multiples facettes. Parfois distant de l'action pour prendre la mesure des Highlands ; parfois impliqué jusqu'à opter une caméra en vue subjective pour rendre les séquences concernées encore plus immersives. Ajoutons à cela des protagonistes qui sortent des chantiers battus (tant les poursuivants que les poursuivis) et l'on obtient un thriller à la tension palpable. Si certains procédés pour faire avancer l'intrigue sont assez classiques, il n'en demeure pas moins un récit plaisant à suivre de par son réalisme.
Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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