Voir la fiche complète du film : Tetsuo (Shinya Tsukamoto - 1988)

Tetsuo – Critique

Tetsuo
Il existe deux Iron Man au cinéma, celui made in Hollywood, sans surprises, bien que carton commercial de l'année, et celui de Tsukamoto, le cinéaste le plus dément de sa génération (un titre très flatteur dans un pays à l'univers cinématographique aussi hallucinant que le Japon).
Publié le 1 Janvier 2008 par GORE MANIAC · Voir la fiche de Tetsuo
A l'heure où le spectateur lambda se gaussera d'aller voir le dernier blockbuster hollywoodien, votre humble serviteur préfère se plonger dans les labyrinthes putrides du cerveau déjanté d'un autre Iron Man : Tetsuo !

Un homme s'auto-mutile la cuisse avant d'y insérer un morceau d'acier. Le début de Tetsuo présente immédiatement l'objectif ultime de ce film de Shinya Tsukamoto : déstabiliser le spectateur. Et ce but est atteint sans peine, car ce film culte ne laisse personne indifférent, qu'il soit encensé ou enfoncé par les critiques. Son cinéaste réussit en tout cas à mettre d'entrée le spectateur en situation d'alerte. Un an avant Tetsuo, en 1987, Tsukamoto faisait ses premières armes avec Les Aventures de Denchu Kozo, moyen métrage de 45 minutes dans lequel un homme, équipé d'un poteau électrique dans le dos, affrontait des vampires dans une sorte de long épisode d'un Bioman sous acide absolument fascinant, fracassant par son originalité et sa frénésie hystérique.
Son premier long métrage, Tetsuo, reprend certaines thématiques de Denchu Kozo, le cinéaste ayant toutes les peines du monde à boucler le tournage de ce film expérimental sidérant, qu'il est difficile de résumer.

Le personnage de la première scène se fait renverser par un chauffard. Après avoir caché le corps de l'accidenté dans les bois, il fait l'amour à sa femme avant de rentrer chez lui. Voici donc le héros du film, homme d'affaires comme il y en a tant au Japon, adepte du costard, de journées de travail harrassantes, en bref adepte du métro-boulot-dodo de rigueur dans le monde des affaires. Cet homme invisible et sans intérêt véritable va pourtant se transformer petit à petit, infecté par un virus cyberpunk que seul Tsukamoto pouvait imaginer ! La scène du miroir, avec l'apparition d'une puce électronique sur la joue du héros, sorte de pustule post-moderne de l'être moderne, où le gigaoctet fait office de pue, a tout du cauchemar de l'Homme moderne. Car, dépendant de nos technologies high-tech, l'Homme s'éloigne de la nature et finira par se faire happer par ses créations vertigineuses.

Les scènes cultes se succèdent alors à grande vitesse, Tsukamoto privilégiant un rythme saccadé et vif, les dialogues, minimalistes, étant remplacés par une bande son épileptique bourdonnant dans nos cerveaux tel un marteau piqueur sur du macadam. Les plans de la caméra 16 mm du cinéaste font office de coup de poing permanent, et les métros et autres rues glauques de Tokyo sont le théâtre des sorties de plus en plus macabres du héros, de plus en plus investi par le métal.
Cette obsession pour la mutation des chairs n'est pas sans rappeler les oeuvres de jeunesse de Cronenberg et la vision de la décrépitude de l'être humain sous acide lorgne incontestablement vers Lynch, sauf que cet Eraserhead futuriste est plus azimuté encore, Tsukamoto étant plus fou que ses illustres collègues nord-américains.

La dérive du personnage principal, dont la vie s'est perdue à cause des technologies dont il est dépendant, atteindra son summum avec une pénétration dantesque de son épouse. La mort de celle-ci, littéralement submergée par un sexe d'acier destructeur de toute vie future, symptomatique de la peur de la stérilité post-Hiroshima chère au Japon (cf. la saga des Godzilla), est peut être la scène la plus déviante de toute l'Histoire du Septième Art.
Cet Iron Man représentatif de la perdition de l'âme humaine dans le trip high-tech, davantage machine qu'être humain à présent, finira par combattre sa victime, finalement elle aussi transformée en créature humanoïde. C'est peut être là que Tsukamoto force un peu le trait, cet épilogue filmé image par image, heurté et psychotique, nous donnant l'impression de vivre un mauvais trip. Le combat ressemble quelque peu à ces séries qui ont marqué l'enfance de ceux nés dans les années 80 (X-Or, Bioman), et le Game Over remplaçant l'habituel The End prononçant davantage l'aspect jeu vidéo désiré par Tsukamoto.

Exercice sidérant et percutant, Tetsuo marqua bon nombre de cinéastes déjantés en Asie, pont branlant reliant, de manière désordonnée, aléatoire mais salvatrice, le cinéma de Honda (Godzilla) à celui de Miike (Audition), crachant sans vergogne sur un cinéma trop sage et basique, que Tsukamoto pénétrera pourtant durant la suite de sa carrière, en y ajoutant toujours son grain de folie et de génie (Gemini, Hiruko).

A signaler que Tetsuo a fait l'objet d'une suite-remake, orchestré par Tsukamoto lui même, en 1992, plus esthétique mais sans réelle saveur pour l'amoureux du délire visionnaire et fétiche cyberpunk qu'était le premier opus.

GORE MANIAC
À propos de l’auteur : GORE MANIAC

J'essaie de partager ma passion pour un cinéma méconnu, mais qui mérite incontestablement qu'on s'y arrête !

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