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Tony : London Serial Killer

Un film de serial-killer qui peut paraître long à certains moments, mais se démarque grâce à une atmosphère glauque et nihiliste. L'approche réaliste, ainsi que la mise en scène travaillée et l'interprétation des acteurs contribuent à créer la surprise.
Publié le 19 Janvier 2014 par Dante_1984Voir la fiche de Tony : London Serial Killer
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Tueur en série

En général, lorsque l'on parle de serial-killers, on a le choix entre des films divertissants, violents, mais pas vraiment réalistes pour un sou (comme avec les slashers) ou des thrillers assez sombres et glauques qui s'attachent à retranscrire les faits d'une manière moins tape-à-l'½il. Cette dernière approche est certainement la plus judicieuse pour mettre en scène des histoires vraies. Avec Tony, nous sommes pourtant dans ce cas de figure. Le tueur en série en question n'a pas existé, mais s'inspire clairement de Dennis Nilsen. Même si le cinéaste s'en cache le plus possible (allez savoir pourquoi), les similitudes sont assez troublantes. Inutile de faire un comparatif des points communs, une petite recherche sur Internet ou les bonus du DVD vous éclaireront. Regardons de plus près ce que vaut ce DTV en apparence modeste.


La drogue, ça vous coupe le souffle.

Il est vrai que Mug, le premier court-métrage de Gerard Johnson, laissait craindre le pire. On avait droit à une succession de saynètes vides et creuses sans le moindre intérêt. Avec Tony (le court-métrage qui a servi de matériau de base au présent film), l'on sentait une nette amélioration dans le cadrage et la progression. On peut donc espérer que Tony - London serial killer soit l'aboutissement naturel de cette évolution dans la maîtrise de la réalisation. L'on remarquera d'emblée cette propension à montrer des scènes du quotidien avec une certaine retenue. Contrairement à d'autres cinéastes qui usent d'un point de vue similaire, Gerard Johnson ne joue pas sur un voyeurisme mal placé. Il se contente d'exposer la vie de Tony avec détachement et pragmatisme.

De fait, cette approche intimiste conditionne énormément le spectateur et l'atmosphère que dégage le film. À la fois poisseuse, suffocante et nihiliste, c'est avant tout le constat de la déchéance sociale qui est à l'½uvre. On ne cherche pas de justifications aux actes criminels, mais à les montrer bruts de décoffrage. Toutefois, la violence n'est pas graphique. L'aspect psychologique des meurtres se loge dans la brutalité de l'instant. Un coup de marteau bien placé, un sac plastique sur la tête... Ce n'est pas un déluge d'assassinats que l'on aura droit, mais ces rares séquences en sont d'autant plus percutantes. De là à songer que ce genre d'individus est le produit de notre société, il n'y a qu'un pas.


C'est ce qui s'appelle mettre le pied dans le plat (ou l'évier).

Certes, le film n'est pas exempt de reproches et peut paraître long en dépit de sa faible durée. Certains passages sont d'une utilité toute discutable, par exemple la petite incursion chez la prostituée. Le réalisateur a cette fâcheuse propension à combler les carences de son récit par des vides parfois handicapants. Là où l'on trouvera un véritable intérêt à prendre son temps pour épaissir les personnages, montrer leur détresse ou entretenir l'ambiance, d'autres scènes sont trop contemplatives, voire lénifiantes, pour ne pas entamer l'attention du spectateur. On se rapproche du cinéma d'auteur. La jaquette DVD évoque Ken Loach, ce n'est pas forcément faux ni usurpé et permet de se faire une bonne idée du rythme de l'histoire.

À l'image du scénario, la progression narrative reste assez sommaire. On ne s'embarrasse pas d'une trame alambiquée où des retournements téléphonés et faciles surgissent au mauvais moment. Ici, la notion d'intrigue s'affiche dans son plus simple appareil : le quotidien d'un tueur en série au sein d'une grande ville. L'urbanisme, ainsi que son exploration, occupe une place prépondérante. Rues crasseuses, impasses sordides, blocs de béton hideux qui pourrissent dans les cités, Londres se montre sous son jour le plus morose. Le sentiment lourd qui se dégage des images demeure aussi important que Tony.


Les ordures sont toujours envahissantes.

Si l'on est loin d'acteurs connus, le casting est d'une étonnante qualité. Les interprètes jouent avec justesse et implication sans jamais tomber dans le piège de l'inexpressif ou du surjeu. Peter Ferdinando offre une prestation remarquable via une transformation physique assez bluffante. Les personnages sont très dissemblables les uns des autres et, malgré la présence de séquences difficiles, parviennent toujours à s'en sortir. Plutôt que d'avoir une brochette de protagonistes attachants, on trouve un panel de caractères assez détestables, et ce, pour diverses raisons. Les junkies, le dealer, le type de l'agence pour l'emploi, le patron, le gros mal embouché qui se cherche une tête de Turc...

Au final, Tony est une bonne surprise. On aurait pu craindre à un énième DTV inepte et sans saveur, mais il n'en est rien. En passant outre sa progression lancinante, on découvre une approche réaliste et corrosive au climat pesant porté par un acteur principal impeccable. Ce film tient autant du drame intimiste que du thriller ou de l'horreur, un peu comme le fit Henry - Portrait d'un serial-killer. Gerard Johnson se sert de tout le potentiel à sa disposition et l'amalgame pour en faire un objet abrupt et morose privilégiant le pragmatisme au spectaculaire. Pas toujours irréprochable, mais d'un intérêt évident. Dans la masse informe de la concurrence, nul doute que Tony sort son épingle du jeu.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

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