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Vendredi 13

Abandonnant le côté légèrement trop « classieux » de son remake de Massacre à la tronçonneuse, Marcus Nispel se lance avec bonheur dans la franchise <b>Vendredi 13</b>. Une série B efficace, très bien réalisée, et respectueuse de son modèle. Une séquence introductive d’anthologie.
Publié le 1 Janvier 2008 par Ghislain BenhessaVoir la fiche de Vendredi 13
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Forêt

En 1980, le réalisateur et producteur américain Sean S. Cunningham lançait Vendredi 13, premier opus d’une saga horrifique qui, à ce jour, compte déjà douze épisodes. Le postulat est toujours le même : des adolescents se font tour à tour massacrer à Crystal Lake, en pleine campagne, par un tueur fou connu sous le nom de Jason, qui cache les traits de son visage derrière un masque de hockey. Il faut le reconnaître tout de go : la plupart des épisodes de cette franchise sont très mal réalisés et ont plus fait parler d’eux pour leur aspect « sympathique » que pour leurs qualités filmiques ou réellement horrifiques. Le quatrième opus, appelé Vendredi 13, le Chapitre final, réalisé en 1984 par Joseph Zito, était jusqu’ici considéré comme le meilleur opus de la saga (ce qui paraît d’autant plus difficile à croire que Zito, en 1986, a tout de même mis en scène le fameux Invasion USA, avec Chuck Norris, sacré moment de médiocrité hilarante). Bref, Vendredi 13, mélange de sexe, d’horreur et d’humour second degré, était une saga involontairement réussie, dont la réputation flatteuse devait plus à l’esprit de « franche rigolade » qu’elle avait su insuffler qu’à une réelle objectivité cinématographique.

Depuis son remake très réussi du cultissime Massacre à la tronçonneuse, initialement réalisé par l’un des grands pontes de l’horreur, Tobe Hooper, Marcus Nispel n’est plus un inconnu. Michael Bay, producteur du « reboot » de Massacre à la tronçonneuse, très satisfait du résultat obtenu par Nispel sur cette franchise, a décidé de se tourner à nouveau vers le jeune réalisateur pour lui confier le projet Vendredi 13. Or, dès le début, Marcus Nispel s'est montré extrêmement clair quant à l’orientation qu’il comptait donner aux nouvelles aventures de Jason : il s’agissait de retrouver l’esprit originel de la série, de se replonger dans ce qui était le « cœur » de la saga. Nispel n’était donc pas là pour faire évoluer le personnage de Jason ou pour moderniser le « processus » mis en branle par chacun des épisodes : il s’agissait de respecter l’esprit de la série tel qu’il avait été insufflé par le créateur du premier opus, Sean S. Cunningham.

C’est bien sur ce point que Nispel fait très fort. S’il respecte à la lettre le cahier des charges imposé par « l’esprit » Vendredi 13 - sexe et humour second degré – Nispel fait preuve d’un tel brio dans les scènes horrifiques qu’il parvient à nous faire oublier, dès la scène d’introduction, tous les épisodes déjà réalisés auparavant. La séquence introductive, si elle peut paraître un peu longue, met brillamment en scène le meurtre de cinq adolescents aux abords de Crystal Lake. La sauvagerie dont fait preuve Jason dès les premières minutes du film est absolument incroyable ; à l’heure des « slashers » simplistes et édulcorés (dont Scream, de Wes Craven, a été l’un des initiateurs principaux), revoir Jason massacrer des jeunes de cette manière est absolument jouissif. D’ailleurs, le démarrage du film est si radical et si réussi que le récit, par la suite, patine quelque peu, comme s’il avait du mal à se remettre lui-même de cette entame magistrale.

Le scénario est le suivant. A la suite du massacre auquel nous assistons en introduction, le frère de l’une des victimes, Clay, décide de partir à la recherche de sa sœur. Contrairement à la police, Clay est convaincu que la bande d'adolescents parti camper sur le site de Crystal Lake n’a pas fugué ; quelque chose a dû se passer. Lors de son enquête, Clay va faire la connaissance de six jeunes gens qui ont décidé de passer le week-end dans une maison de campagne de grand luxe située aux abords du lac. Naturellement, Jason va rapidement se rendre compte que des intrus se trouvent à proximité de sa demeure et va décider d’éradiquer ces étrangers…

Autour d’un postulat hyper classique, Marcus Nispel a parfaitement su réinjecter les différents éléments qui constituaient la marque de fabrique de la franchise Vendredi 13. Il réalise un retour aux sources très réussi, dont les faiblesses sont davantage dues à l’imbécillité de la série elle-même - Nispel semble reproduire quasi intentionnellement les défauts « sympathiques » de la série, afin de rester le plus fidèle possible au modèle - qu’à des erreurs de sa part. Beaucoup de critiques lui ont reproché ces nombreux défauts : humour graveleux, manque de hauteur de vue dans la forme, ratage de certains effets... Cependant, ces éléments faisant partie intégrante de la série, Nispel se les ait réappropriés et les utilise de façon respectueuse et méthodique. On peut dire que, si Vendredi 13 était un mauvais film en 1980, la nouvelle version de Nispel est un « bon » mauvais film : il n’est pas « sympathiquement » mauvais parce qu’il est raté mais parce qu’il respecte le côté raté des épisodes originels. Nispel fait tout pour respecter son modèle mais n’en reste pas là. La qualité du cadrage, ainsi que la beauté de la photographie, rappellent combien Marcus Nispel vaut mieux que tous les metteurs en scène qui se sont succédés sur la franchise. L’efficacité de sa mise en scène, son sens du rythme (très peu de temps morts) sont indéniables.

 En conséquence, Marcus Nispel confirme être, après son toilettage réussi de Massacre à la tronçonneuse, l’un des meilleurs cinéastes horrifiques actuels aux côtés de Rob Zombie. Son Vendredi 13 est un film d’horreur de série B extrêmement sympathique, dont la séquence d’ouverture est le principal coup d’éclat. Si on peut lui reprocher certaines incohérences – la scène au cours de laquelle Jason s’approprie le masque de hockey, lequel va faire partie intégrante de la mythologie propre au personnage, n’est pas franchement très pertinente – Marcus Nispel réalise un épisode extrêmement efficace qui reprend à la lettre le cahier des charges propre à la série tout en le dépassant.

A propos de l'auteur : Ghislain Benhessa
Portrait de Ghislain Benhessa

J'adore le cinéma depuis très longtemps. Ma motivation a toujours été de voir quelles sont les questions que les films me posent, en quoi toute image, de par son utilisation, peut se révéler source d'évocations à destination du spectateur. Le cinéma d'horreur parvient précisément à utiliser ses codes pour suggérer des émotions et des idées.

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