Les momies au cinéma

Sarcophages, bandelettes et malédictions : à l'occasion de la sortie au cinéma du remake de La Momie avec Tom Cruise et Russell Crowe, petit retour en arrière sur les meilleures apparitions de la créature depuis le chef d'oeuvre de 1932.

La Momie (1932)

Après Dracula (1931) et la créature de Frankenstein la même année, Universal Pictures continue la mise en production de films de monstres. Débutée en 1923 avec Le Bossu de Notre-Dame, la série des Universal Monsters se poursuit en 1932 avec La Momie. L'occasion de retrouver l'immense Boris Karloff qui après avoir endossé le costume de la créature de Mary Shelley doit cette fois incarner le personnage d'Imhotep, un prêtre momifié et ramené à la vie plus de trois mille ans plus tard. En pleine Egyptomania -le tombeau de Toutankhamon avait été découvert dix ans auparavant -, le film de Karl Freund reste encore un chef d'oeuvre du genre. Film d'angoisse mâtiné d'histoire amour et porté par de splendides effets de lumières, La Momie est un excellent plaisir rétro.

 

Huit ans après la sortie de La Momie, Universal dévoile sa suite : The Mummy's Hand. Exit le réalisateur Karl Freund ainsi que Boris Karloff qui a du ranger ses bandelettes (les séances de maquillage pouvaient durer jusqu'à huit heures !). Pour remplacer Imhotep, le studio décide de créer une nouvelle momie appelée Kharis, interprétée par Tom Tyler. Connu à l'époque pour ses rôles de Captain Marvel et du Phantom dans les serials des mêmes noms, le comédien a le mérite d'apporter un vrai charisme à la créature malgré son peu de temps de présence à l'écran. Film d'aventures exotiques, La Main de la Momie est une série B honnête qui n'hésite pas à piocher des éléments d'anciennes productions d'Universal, notamment le flash-back en Egypte du premier volet, histoire d'apporter une valeur-ajoutée au film. Au final,  La Main de la Momie est un divertissement bien rythmé qui vaut largement le coup d'oeil, ne serait-ce que pour le maquillage de la momie.

 

 

 

Suite directe de La Main de la MomieLa Tombe de la Momie nous permet en effet de retrouver le même groupe de héros archéologues qui doivent une nouvelle fois affronter la momie Kharis. Mais à la place de Tom Tyler, c'est Lon Chaney Jr. qui enfile les bandelettes. Comédien multifacettes et star des années 1920, on le surnommait alors « L’homme aux mille visages » puisqu'il aura interprété pèle-mêle le Loup-Garou, Dracula, Le fantôme de l'Opéra ou le Bossu de Notre-Dame. Principal atout de ce film à petit budget qui n'hésite pas à recycler les thèmes des précédents volets, la momie de Lon Chaney Jr. (et son maquillage toujours aussi somptueux) intervient à intervalle régulier pour assassiner les membres de l'expédition qui avaient profané le tombeau de sa Princesse trente ans auparavant.

 

Après avoir péri dans les flammes à la fin de La Tombe de la Momie, Kharis renaît de ses cendres dans ce quatrième volet qui se déroule trente ans plus tard. Soit théoriquement dans les années 1970, même si budget oblige, rien ne semble l'indiquer à l'écran ! L'occasion de retrouver Lon Chaney Jr dans le rôle-titre qui, aidé par le nouveau grand prêtre d'Arkam (l'inquiétant John Carradine), doit ramener la dépouille de la princesse Ananka en Egypte. Direction donc une petite ville des Etats-Unis qui sera le théâtre des meurtres de la Momie. Jeune fille en danger, malédiction, réincarnation et mort finale de la créature: s'il suit le cahier des charges des précédents épisodes, Le Fantôme de la Momie se hisse facilement dans le haut du panier de la franchise, grâce à un divertissement rythmé et émouvant ainsi que sa photographie de toute beauté.

 

Vingt-cinq ans après avoir disparu au fond d'un marais (on est donc dans les années 1990 si vous avez bien suivi !), la momie Kharis refait surface en Louisiane. Le Grand Prêtre d'Arkam lui donne pour objectif de retrouver la Princesse Anaka qui, revenue d'entre les morts, erre dans le Bayou...Dernier film mettant en scène Kharis chez Universal, La Malédiction de la Momie est mis en chantier à peine 20 jours après les projections publiques du précédent volet, les studios Universal sentant alors le filon s'épuiser. Sans être un film mémorable (Flash-backs tirés du premier volet, une momie qui traîne la jambe...), cette série B un peu fauchée mérite le coup d'oeil, notamment pour la scène de la résurrection de la Princesse qui annonce les futurs films de morts-vivants.

 

Après le succès de leurs aventures contre Dracula, la Loup-Garou et la créature de Frankenstein (Deux nigauds contre Frankenstein), les comiques Bud Abbott et Lou Costello doivent cette fois affronter la Momie dans cette joyeuse comédie fantastique. Alors qu'ils profitent de leur séjour en Egypte, les deux détectives se retrouvent poursuivis par deux dangereuses bandes rivales bien décidées à mettre la main sur un médaillon porteur d'une terrible malédiction... Malgré ses dehors parodiques, Deux nigauds et la Momie reste une très bonne variation de l'histoire de la créature. Après Imhotep et Kharis, place désormais à la momie Klaris interprété par Eddie Parker, doublure cascadeur de Lon Chaney Jr dans le précédent volet. Riche en gags, course poursuites délirantes et chansons, le film a curieusement droit à des décors plus riches que les autres épisodes de la franchise : marchés, cabaret, déserts... mais aussi créatures en tout genre : iguane géant, chauve-souris... Et pour une fois, la Momie, malgré son maquillage sommaire, s'offre un temps de présence à l'écran plus grand qu'auparavant !

1959. Après s'être réapproprié Dracula et la créature de Frankenstein, Terence Fisher et le studio britannique de la Hammer continuent à dépoussiérer les grandes figures fantastiques des années 1930. Il ne s'agit pourtant pas d'une relecture du film de 1932 mais plutôt de La main de la momie (1940). Dans La Malediction des Pharaons, on y retrouve Peter Cushing et le toujours imposant et charismatique Christopher Lee qui se glisse dans les bandelettes de la momie. Si le scénario reste léger (le garde sacré d'une princesse égyptienne est réveillé par des archéologues), ce film d'aventure fantastique est particulièrement convaincant, surtout avec le petit budget dont il disposait.

 

Grâce au succès de La Malediction des Pharaons, les studios de la Hammer sont bien décidés à exploiter eux-aussi le filon de la momie ambulante et tueuse d'archéologues trop curieux. Connu surtout pour être un des principaux producteurs du studio, Michael Carreras décide de passer derrière la caméra dans une production qui s'exile des plateaux habituels d'Elstree Studios et qui doit se passer des stars maisons que sont Peter Cushing et Christopher Lee. Dans cette nouvelle variation du thème de la momie, les membres d'une expédition ayant violé la sépulture de Ra-Autef sont victimes d'une terrible malédiction. Malgré son ambiance victorienne et sa superbe photographie, Les Maléfices de la Momie est une série B moyenne, clairement en-deçà du film de Terence Fisher.

 

Réalisateur des excellents La femme reptile et L’invasion des Morts-Vivants, John Gillin se voit confier en 1967 la réalisation de ce troisième épisode de la Momie version Hammer. L'occasion de se plonger une nouvelle fois dans l'ambiance exotique de l'Egypte des années 1920 où une expédition exhume la dépouille embaumée du pharaon Kah-To-Bey. Mais le gardien de la tombe ramène à la vie la momie de son serviteur qui va se venger du viol de la sépulture royale... Décors somptueux, scènes de crime à foison (brûlure à l'acide, crâne éclaté, tête broyée...) et superbe maquillage de la momie (interprétée par le cascadeur Eddie Powell) : malgré son scénario plus que routinier et son traitement très classique, Dans les Griffes de la Momie se laisse regarder avec plaisir.

 

 

Adaptation de la nouvelle de Bram Stoker Le joyau des sept étoilesLa Momie Sanglante prend place dans la saga des studios de la Hammer. Pourtant, pas la moindre momie à l'horizon dans le film de Seth Holt (Confession à un cadavre) ! A la place, on retrouve Tera, une puissante reine de l'Egypte Antique, réincarnée en une jeune londonienne dont elle est le sosie parfait. L'occasion de faire la connaissance de la sublime Valerie Leon dont le décolleté affolant ne devrait pas vous laisser de marbre. A noter que la production du film aura connu de nombreux incidents : Peter Cushing qui devait interpréter le rôle du docteur Fuchs doit se rendre au chevet de sa femme mourante et doit abandonner dès la première journée du tournage. Quant au réalisateur, il décède une semaine avant la fin des prises des vues et c'est finalement Michael Carreras qui se chargera de mettre en boîte le reste du film. Si l'on est loin des grands films de la Hammer, La Momie Sanglante demeure une curieuse production, riche en scènes sanglantes et au parfum un brin érotique.

 

Monster Club (1987)

Echec commercial lors de sa sortie en 1987, The Monster Squad (Monster Club en VF) est un véritable hommage aux classiques des Universal Monsters. Pour son deuxième film, le réalisateur Fred Dekker décide en effet de convoquer toutes les grandes figures du studio de Dracula au Loup-Garou en passant par la créature du marais et la Momie. Face à eux, une bande de gamins espiègles prêts à tout pour arrêter les créatures... Dans l'esprit des Goonies et de E.T., The Monster Squad est aujourd'hui encore une formidable madeleine de Proust pour ceux qui ont découvert le film à sa sortie. Ne vous méprenez pas, malgré ses allures de film pour enfants, The Monster Squad recèle de purs moment de terreur !

 

La Momie (1999)

Si à l'époque on ne parlait pas encore de reboot, l'histoire de la production de La Momie de 1999 est particulièrement croustillante. Lorsque Universal décode de relancer la franchise, le studio se tourne d'abord vers Clive Barker (Hellraiser) qui leur livre un scénario aussi sombre que romantique. Après ce premier refus, Universal décide de confier les rènes à George Romero (La nuit des morts-vivants) dont la version est cette fois considérée comme beaucoup trop effrayante ! Le projet échoue ensuite à Joe Dante (Gremlins) avec au casting Daniel Day-Lewis. Suivent à la réalisation Mick Garris puis Wes Craven (Scream). Bref, tout Hollywood est mobilisé ! Finalement, c'est Stephen Sommers qui est retenu pour mettre en scène une version très "Indiana Jones" de La Momie, ponctuée de nombreuses scènes d'aventures, d'une touche d'humour bienvenue et d'un casting savoureux. Fort de son succès au box-office, le film se verra offrir deux suites (Le Retour de la momie en 2001 et La Momie : La Tombe de l'empereur Dragon en 2008), plusieurs spin-offs (Le Roi Scorpion) ainsi qu'une série animée.

 

Bubba Ho-Tep (2002)

Réalisateur du cultissime Phantasm mais aussi de Dar l’invincible et John Dies at the End, Don Coscarelli décide en 2002 de mettre en chantier un vrai délire horrifique et nostalgique. Dans une petite ville de l'Amérique profonde, la terrible momie Bubba Ho-tep veut absorber l'énergie vitale des habitants. Pour le combattre, deux pensionnaires d'une maison de retraite - l'authentique Elvis Presley et un homme qui se croit être JF Kennedy ! Incarnés par le toujours cabotin Bruce Campbell (Ash dans Evil Dead) et Ossie Davis, ces deux personnages hauts en couleur portent un film unique et excentrique riche en situations cocasses, dialogues absurdes et gags visuels (la momie absorbe l'âme des pensionnaires... par leurs fesses !). Grâce au succès du film, une suite avait été rapidement envisagée dans laquelle le duo devait cette fois affronter Nosferatu et une bande de vampirettes. Mais avec la décès d'Ossie Davis en 2005, le projet a été mis de côté.

 

Portrait de Laurent
Publié par Laurent le