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La trilogie Karloffienne des Frankenstein

Dossier réalisé par Stéphane Erbisti

Le monstre de Frankenstein évoque à mes yeux mon premier souvenir en tant que fan de films d’horreur. Le Cinéma de Minuit, sur FR3 à l’époque, passait La Fiancée de Frankenstein. Dans la bande-annonce télévisuelle, un monstre, grand, le crâne carré, avec deux électrodes sur le cou et une cicatrice au front: Boris Karloff dans le rôle de la créaturedu docteur Frankenstein ! Un véritable choc ! Depuis, et je pense qu’il en est de même dans l’esprit de bons nombres de fans, la simple évocation du nom de Frankenstein fait apparaître dans notre cerveau l’image du visage de Boris Karloff maquillé en créature. Il reste et restera pour toujours la plus parfaite incarnation du monstre imaginé par Mary Shelley à qui il a prêté ses traits pour trois films, trois classiques du cinéma d’épouvante que je vous invite à découvrir où à redécouvrir.

Petite Biographie de Boris Karloff

Boris Karloff est né sous le nom de William Henry Pratt, le 23 novembre 1887 dans une banlieue de Londres. Ses parents décèdent alors qu’il n’est qu’un enfant et il est élevépar sa sœur et ses sept frères aînés. Dès son plus jeune âge, seul le théâtre l’intéresse et il quitte Londres pour faire la tournée des salles de spectacle, à la recherche d’un emploi. Après plusieurs échecs, il obtient ses premiers rôles et prend le nom de scène de Boris Karloff. Il se tourne ensuite vers le cinéma. Il joue dans de nombreux films mais toujours dans des petits rôles ou il meurt à la fin. Et puis, la Columbia Pictures le remarque et il joue des personnages de plus en plus importants. Entre 1931 et 1932, trente-trois de ses films sortirent sur les écrans. En 31, la Universal lui confie le personnage d’un gangster et reste impressionné par sa performance. La firme lui fait alors tourner un bout d’essai pour leur prochain film: Frankenstein. Le réalisateur James Whale est fasciné par le visage de Karloff. Le monstre, ça ne pouvait être que lui. Énorme succès auprès des spectateurs! Karloff va alors enchaîner films sur films, bien souvent dans le même genre: l’épouvante. Il jouera dans «La Momie», «Le Chat Noir», «La fiancée de Frankenstein», «Le Masque d’or», «Le Rayon Invisible», «Le Fils de Frankenstein», etc...

Fin 1940, il retourne au théâtre et joue la même pièce pendant 3 ans. A la fin de son contrat, Karloff retourne à la Universal où il continue de jouer dans des films d’horreur.

Après deux divorces, il se marie pour la troisième et dernière fois en 1946. Il commence également à changer de registres et tourne des films «normaux», même si c’est souvent des mécréants qu’il personnifia.Il se lance également dans la télévision et joue dans des feuilletons comme «Colonel March of Scotland-Yard». Entre 58 et 63, Karloff ne fit pratiquement que de la télévision. Et puis, début 63, il signe un contrat avec l’A.I.P. où il rejoint d’autres légendes de l’épouvante comme Vincent Price, Basil Rathbone et Peter Lorre. Il tourne «Le Corbeau», puis «The Terror». Refusant de partir à la retraite, l‘acteur continue de jouer pour l’A.I.P. Mais sa santé décline, il souffre d’arthrite, de troubles aux poumons. Il attrape une pneumonie assez grave qui le clou sur un fauteuil pendant le tournage de «La Maison Ensorcelée», en Angleterre. Etant dans un état de plus en plus critique, on l’admet à l’hôpital King Edward VII où il meurt quelques mois plus tard d’un accident respiratoire, le 2 février 1969. Il avait 81 ans.

 

Frankenstein

La Genèse

A 19 ans, en 1818, la jeune Mary Shelley écrit un roman qui servira de référence à plus d’une centaine de films: Frankenstein. Aidé par le succès de «Dracula» en 1931, la Universal charge Robert Florey de tirer un scénario du roman de Shelley. 21 minutes de film sont tournés avec Bela Lugosi dans le rôle de la créature. Le maquilleur Jack Pierce avait déjà préparé le fameux maquillage du monstre. Mais les séquences ne plaisent pas à la firme et elle décide de changer l’équipe: ce sera James Whale le directeur et le monstre sera joué par un certain Boris Karloff dont la stature et le visage correspondent mieux au rôle du monstre.

L’Histoire

Le docteur Henry Frankenstein a une obsession morbide: créer la vie artificiellement. Avec l’aide de son serviteur Fritz, un nain bossu, il vole des corps dans les cimetières, ceux-ci lui fournissant les matières premières dont il a besoin pour mener à bien son expérience. Il ordonne à Fritz de voler un cerveau à la Faculté de Médecine. Celui-ci s‘exécute mais prend par erreur le cerveau d’un criminel.

Pendant ce temps, la fiancée du docteur, Elizabeth, ainsi que Victor, son meilleur ami, se préoccupe de la santé d’Henry qui reste enfermé dans son laboratoire.

Le docteur Frankenstein prépare son expérience, sentant qu’un orage va approcher et lui donnera l’énergie dont il a besoin pour faire vivre la Créature qu’il a construite à l’aide des morceaux de cadavres. Il effectue rapidement le branchement électrique et la foudre vient frapper les électrodes reliées à sa création. Devant ses yeux ahuris, le corps inerte prend vie! Le Monstre ainsi créé est alors enfermé dans un vieux donjon. Fritz prend un malin plaisir à torturer la pauvre créature. Découvrant la colère, le Monstre tue le bossu en l’étranglant. Henry parvient avec peine à maîtriser sa création. Il sombre dans la dépression, ne sachant quoi faire du Monstre qu’il a engendré. Il quitte son laboratoire et retourne dans sa maison pour se soigner. Il raconte son expérience au Dr. Waldman qui jure de tuer la créature. Henry est de nouveau serein et va se marier avec Elizabeth. Mais le jour de son mariage, il apprend que le Monstre a tué Waldman et s’est échappé. La créature découvre le monde et noie une petite fille, croyant qu’elle allait flotter comme les fleurs qu’elle avait jeté dans l’eau. Il retourne au village et entre dans la maison des Frankenstein et terrorise Elizabeth. Tous les habitants sont en émoi en découvrant le père de la fillette portait le petit corps inanimé. Henry se joint aux paysans qui organisent une battue afin de tuer le Monstre. Henry se retrouve seul face à lui dans un vieux moulin. Ils se battent sur le toit de celui-ci. Frankenstein est projeté à terre. Les villageois mettent alors le feu au moulin qui détruit apparemment la créature. Henry se soigne et épouse Elizabeth.

 

La Critique

Frankenstein est un réel classique du film d’épouvante. Cela est dû à la réalisation de James Whale mais surtout au jeu des acteurs. Colin Clive interprète un excellent Frankenstein et Karloff EST le monstre, rendu superstar grâce au merveilleux maquillage de Pierce.

Dans ce film, le réalisateur essaye de nous rendre le monstre sympathique, mettant en avant tout ce qui peut nous rallier à sa cause: un cerveau défaillant, une ignorance du bien et du mal...Le monstre n’est pas responsable de ses actes puisqu’il n’a pas eu d’éducation. La scène la plus émouvante est celle de la petite fille ou le monstre, après avoir regardé des fleurs flotter sur l’eau prend l’enfant dans ses bras et la jette à l’eau pour la faire flotter également. Son visage est marqué par une incompréhension absolue quand il ne la voie pas remonter à la surface. Il est totalement désemparé et Karloff joue admirablement bien la scène. On prend pitié pour la créature, sachant que les villageois ne lui pardonneront pas un tel acte.

Un grand film que tout fan de film d’épouvante se doit de posséder.

 

Notes

  • Le maquilleur Jack Pierce est mort en 68. Au cours des années 30, c’est lui qui créé les maquillages des productions d’horreurs.
  • Le film a constitué l’un des plus gros succès de l’année 1931.
  • La scène avec la petite fille n’est pas présente dans toutes les versions, Karloff lui-même voulant la supprimer. Sans cette séquence, le film perd en intensité dramatique.
  • Dans la vidéo française sortie dans la collection Universal Monsters, elle ne figure pas dans le film, de même que la phrase «je sais ce que ça fait d’être Dieu» prononcé par Frankenstein quand son expérience réussie et qui avait fortement choqué à l’époque.
  • Hésitant sur le dénouement, la Universal tourna deux fins, une optimiste et l’autre pessimiste. Craignant les réticences du public, on conserva la fin ou le docteur survit.
  • Karloff était intéressé par ce rôle car il était muet et qu’il fallait faire passer des émotions sans la parole mais grâce au jeu d’acteur. Mission largement accomplie!

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