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Conjuring : les Dossiers Warren – Critique

Conjuring : les Dossiers Warren
Grâce à une atmosphère sombre, poisseuse et angoissante, James Wan signe ici un film d'épouvante effrayant dans la grande tradition du genre, mais comme on en voit si peu dans le paysage cinématographique actuel (a fortiori dans les salles obscures). Immersif au possible, et ce, malgré quelques baisses de rythme anecdotiques.
Publié le 6 Novembre 2013 par Dante_1984 · Voir la fiche de Conjuring : les Dossiers Warren

On ne présente plus James Wan, grand talent du cinéma de genre révélé dans les années 2000 par la plus célèbre saga du torture-porn, Saw. Fort heureusement pour lui, il s'en détourne assez rapidement pour se tourner vers des films plus intimistes, mais non dénués d'ambitions. Après Insidious en 2010 qui avait partagé la communauté (il en ressortait tout de même un métrage à l'atmosphère prégnante) et en attendant sa suite, le réalisateur nous offre The conjuring, film d'épouvante à l'ancienne qui reprend les ingrédients de la maison hantée. De prime abord, rien de bien original à poser sur pellicule, seulement c'était sans compter sur le fameux : "Inspiré d'une histoire vraie".


Tu veux jouer avec moi ?

Là encore, on n'a pas de quoi forcément pavoiser. Cette appellation résonne plus comme une démarche marketing plutôt qu'à une approche soignée et pragmatique d'un fait divers. Toutefois, les protagonistes ont de quoi faire saliver n'importe quel cinéphile amateur de vieilles bicoques bruyantes et mal lunées : Ed et Lorraine Warren. Ces noms n'évoquent sans doute rien pour un public peu regardant sur les classiques de l'épouvante des années 1970, mais si je dis Amityville ? Vous l'aurez compris, le couple s'est penché sur l'une des plus marquantes affaires de fantômes (et de démons) à la fin du XXe siècle. Dès lors, on ne peut que s'enthousiasmer de l'entreprise qui relate des événements antérieurs à ceux du 112 Ocean Avenue.

La mise en abîme surgit dans les premières minutes avec un « problème » de poupée maléfique. Et l'on songe immédiatement à Dead silence. Ce petit clin d'œil à l'un de ses précédents films pose l'ambiance et présente ses personnages principaux. On dénotera une aura malsaine qui immerge le spectateur sans lui permettre de respirer un seul instant. James Wan fait montre d'une maîtrise étonnante et aboutie dans l'art de la réalisation. Tant les angles de caméra, les perspectives, la lumière ou la photographie forment un ensemble oppressant et angoissant qui fascine et terrifie à la fois. En somme, James Wan retranscrit à l'écran nos peurs les plus profondes de fort belle manière.


Comment dératiser... pardon ! Comment chasser les mauvais esprits ?

D'aucuns diront que l'on a déjà vu cela ailleurs. Ils n'auront pas tort si l'on en reste au stade des artifices et autres astuces pour effrayer, voire sursauter. Les ombres dansantes, les portes qui claquent, les pieds tirés hors du lit, les apparitions répugnantes ou les lancers d'objets répondent tous à l'appel (et bien plus encore). Néanmoins, la manière d'aborder chaque situation, l'ambiance générale, ainsi que la mise en scène et la qualité du casting font que The conjuring est loin de ressembler à un produit recyclé vite fait pour engranger quelques billets verts. Malgré la prévisibilité de certaines séquences, on ne peut s'empêcher de ressentir l'appréhension et le stress que dégagent les images.

Performance remarquable qui est due également à l'emploi d'effets spéciaux réduits. La plupart du temps, l'approche joue sur la psychologie en en montrant un minimum avec quelques écarts (surtout dans son final). À cela, la reconstitution des années 1970 fignole l'enrobage. À la fois soigné et méticuleux, l'on a droit à une pléthore de détails. La décoration, le contexte, les coiffures ou les vêtements sont une parfaite retranscription de l'époque. Cette attention particulière accentue le réalisme du métrage, rendant par la même l'effroi plus « banal » (et donc plus plausible et efficace) aux yeux du spectateur et des protagonistes.


Radio ghost-story, bonsoir !

Au vu de la narration, il est vrai qu'on reste dans les poncifs de la maison hantée. Une famille qui emménage dans une nouvelle demeure pour une somme modique, des événements étranges qui bouleversent leur quotidien et l'intervention d'une aide extérieure. La qualité du scénario s'avère assez convenue. D'ailleurs, on ne peut s'empêcher de songer à Amityville. La progression est quasi identique à celle du film de Stuart Rosenberg. La tension monte crescendo avec quelques menues baisses de rythme au départ pour exposer avec rigueur et savoir-faire les personnages et les tenants du récit.

Pour compléter ce brillant état de fait, le casting est d'une qualité évidente. Qu'il s'agisse du couple Warren campé par Patrick Wilson et Vera Farmiga ou la famille Perron, les acteurs (jeunes ou moins jeunes) interprètent leurs rôles avec application et implication. Des individus qui se révèlent assez manichéens compte tenu du thème abordé et un peu trop enclavé dans les mœurs de l'époque (sans doute est-ce volontaire), mais s'avèrent finalement attachants. On s'inquiète de leur sort et, sans cela, nul doute que l'effroi ressenti en aurait été grandement diminué. Dans l'ensemble, la caractérisation dispose d'une écriture soignée.


Les véritables intervenants de l'histoire.

Au final, The conjuring est un film d'épouvante comme on en voit peu. Malgré la prévisibilité de son scénario, malgré l'emploi de ficelles parfois usées jusqu'à la corde, James Wan parvient à dégager de ces poncifs un véritable moment de terreur authentique. Sa réalisation et son expérience mettent en valeur une atmosphère immersive, oppressante et rare afin de manipuler nos peurs (la mort, les fantômes, l'enfer...) et se jouer d'elles. En somme, un film à l'ancienne avec un style et une vision très identitaire d'un genre où il est très facile de se vautrer. Comme quoi, il suffit de quelques bonnes idées, d'une envie de faire un travail propre et de disposer d'un minimum de talent pour donner vie à un excellent métrage.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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