Voir la fiche complète du film : Week-end de terreur (Fred Walton - 1986)

Week-end de terreur – Critique

Week-end de terreur

Un film qui promet beaucoup, frustre souvent, mais qui, avec le recul, mérite sans doute mieux que le simple statut de curiosité ratée.

Publié le 20 Janvier 2026 par Geoffrey · Voir la fiche de Week-end de terreur

Le petit nouveau de la collection Angoisse de Rimini Editions (il est sorti le 16 janvier 2026) est l’occasion de se replonger, une fois encore, dans les années 80. Et cette fois, ce n'est pas pour n'importe quel film.

En effet, parler de Week-end de terreur c'est prendre le risque de déclencher aussitôt un débat passionné. Il faut dire que le film de Fred Walton (auteur du remarqué Terreur sur la ligne), sorti en 1986 sous le titre original April Fool’s Day, fait partie de ces œuvres qui divisent les amateurs de cinéma d’horreur et de slashers en particulier. Certains y voient un petit bijou malin, d’autres un traquenard narratif d’une rare frustration. Et, à vrai dire, les deux camps n’ont pas complètement tort. Question de point de vue, de sensibilité et d'attentes.

Sur le papier, tout est pourtant réuni pour accoucher d’un slasher efficace. Une île privée, un manoir inaccessible autrement que par bateau et un groupe de jeunes gens aisés coupés du monde. On pense à Agatha Christie et à ses 10 petits nègres, bien sûr, mais aussi à toute une tradition du cinéma d’horreur qui aime enfermer ses personnages pour mieux les voir disparaître, un par un, le tout à une date qui appelle naturellement la tromperie, à savoir le 1er avril. Difficile de faire plus programmatique : les personnages vont s'ingénier à se tromper les uns les autres, tout comme le réalisateur va jouer avec le spectateur.

L’ouverture, d’ailleurs, est superbe. Il y a dans cette première partie une légèreté trompeuse, un sentiment d’insouciance qui fonctionne parfaitement. Les blagues fusent, les caractères se dessinent à gros traits et le film prend le temps d’installer tout son petit monde. Walton sait filmer les lieux, capter l’ambiance, jouer avec l’espace. À ce stade, Week-end de terreur semble annoncer un slasher certes classique, mais solide, bien tenu, avec ce qu’il faut de charme eighties.

Le problème, c’est que l’histoire ne décolle jamais vraiment et ce n’est pas une question de budget ou un problème de mise en scène, il s'agit plus d'un problème de mécanique interne du récit. Les personnages mettent beaucoup trop de temps à s'inquieter de ce qu'il se passe autour d'eux, en raison du contexte blagueur du 1er avril. Ainsi, les disparitions s’enchaînent, mais elles restent abstraites. On ne découvre aucun cadavre, on ne fait que constater des absences.

Or le slasher, par essence, repose sur la matérialisation de la menace. Dans Halloween, Michael Myers est une silhouette, une présence constante. Dans la saga Vendredi 13, Jason est une figure brutale, identifiable, presque primitive. Même Les Griffes de la Nuit donnent un visage et une voix à son boogeyman. Ici, rien de tout cela. Pas de tueur reconnu comme tel, pas d’arme emblématique, pas de signature visuelle. La menace semble immatériel et à ce niveau, c’est comme essayer d’avoir peur du vent (et Shyamalan nous a montré avec Phénomènes que ce n’était pas simple à réaliser).

On sent pourtant que Walton maîtrise son sujet. Certaines séquences fonctionnent très bien, notamment en extérieur, la nuit. La scène du puits, par exemple, est réellement efficace. L’obscurité, l’attente, le hors-champ y créent une vraie tension. Mais ces moments restent trop isolés, noyés dans un ensemble où les dialogues tournent souvent à vide. Les personnages parlent beaucoup, mais rarement pour dire quelque chose qui fasse avancer l’histoire ou approfondisse leur psychologie. Ils sont sympathiques, parfois attachants, mais jamais vraiment menacés.

Et puis il y a cette question centrale : à quoi joue exactement Week-end de terreur ? Un slasher ? Un whodunit ? Une comédie macabre ? Le film semble hésiter en permanence, comme s’il refusait de choisir un camp. Cette indécision finit par peser sur le rythme, et la langueur s’installe là où devrait naître l’angoisse.

Arrive alors le fameux twist final, celui qui fait encore aujourd’hui couler autant d’encre. (Attention, spoiler !) Révéler que tout ce qu’on a vu n’était qu’une vaste farce, une murder party grandeur nature orchestrée par Muffy, sans aucune véritable mort, est un choix audacieux, mais d’une frustration profonde pour le spectateur. C’est là que le film perd une partie de son public.

Pour certains, cette révélation est une brillante pirouette. Pour d’autres, elle est une trahison pure et simple du contrat passé avec le spectateur. D’autant plus qu’une fois le pot-aux-roses révélé, le film supporte difficilement une seconde vision.

Reste malgré tout un objet singulier, imparfait mais fascinant, un film qui promet beaucoup, frustre souvent, mais qui, avec le recul, mérite sans doute mieux que le simple statut de curiosité ratée. On peut lui reprocher sa mollesse, son absence de véritable menace, son twist discutable et discuté, mais on ne peut pas lui enlever sa volonté de sortir du rang, ni son charme étrange.

Week-end de terreur est un poisson d’avril cinématographique, certains vont en rire, d’autres grincer des dents. Et au fond, c’est peut-être exactement ce que Fred Walton cherchait à provoquer.

L’édition DVD/Blu-ray de Week-end de terreur proposée par Rimini est soignée. Les disques sont présentés dans un digipack trois volets glissé dans un fourreau cartonné, accompagné de l’inévitable livret de 24 pages signé Marc Toullec. Ce dernier revient en détail sur la genèse du film, la carrière de Fred Walton, l’évolution du scénario, le casting, le tournage, la sortie en salles et évoque même une fin alternative tournée mais abandonnée (on aurait aimé la voir en bonus pour se faire une idée).

Sur le plan technique, Rimini exploite le master HD 2K de Shout Factory (2020). Le format original 2.35 est respecté, le grain argentique conservé et la restauration offre une image stable, aux contours nets et aux couleurs convaincantes. L’ensemble permet de redécouvrir la mise en scène et la photographie du film dans de très bonnes conditions. Bref, c’est du bel ouvrage, indispensable pour les amateurs du film.

 

Geoffrey
À propos de l’auteur : Geoffrey

Comme d'autres (notamment Max et Dante_1984), je venais régulièrement sur Horreur.net en tant que lecteur, et après avoir envoyé quelques critiques à Laurent, le webmaster, j'ai pu intégrer le staff début 2006. Depuis, mes fonctions ont peu à peu pris de l'ampleur.

Autres critiques

Better Watch Out

Better Watch Out

Dans le domaine du cinéma de genre, la période de Noël est bien souvent détournée au profit d’un spectacle gore et distrayant, à défaut d’être de qualité. Cela vaut surtout pour le slasher, mais aussi pour quelques thrillers à tendance horrifique. S’adaptant à des moyens limités tout en distillant une atmosphère oppressante, le «Home Invasion» est ce qui se prête de...
Elysium

Elysium

Sous la houlette de Peter Jackson, le remarqué (et remarquable) District 9 révéla en 2009 un cinéaste talentueux : Neill Blomkamp. En se basant sur son propre court-métrage, il était parvenu à nous offrir une oeuvre de science-fiction à la fois originale et à la portée percutante. Comme si cela n'était pas suffisant, la réalisation disposait d'une force graphique peu commune évoquant les...
Devil Story : Il était une fois le Diable

Devil Story : Il était une fois le Diable

Depuis des mois, le DVD de Devil Story trônait sur ma pile de films à chroniquer sans que j'ose y toucher. La raison de cette réticence était simple : ce film me faisait peur. Etais-je de taille à m'attaquer à ce que nos confrères de Nanarland.com, par ailleurs édteurs du DVD, décrivent comme, je cite, le plus mauvais film du monde et de sa proche banlieue ? De plus, Devil Story me...
Ergo Proxy

Ergo Proxy

À Romdo, ville futuriste où les humains cohabitent avec les Autoreivs, une série de meurtres commise par l'un d’eux va ébranler les certitudes de cette société en apparence paisible. En compagnie d'Iggy, Re-l est chargé de l'enquête. Mais ses supérieurs ne sont pas décidés à lui dévoiler tous les secrets de leurs précieuses cités. Alors qu'un virus contamine les Autoreivs, Re-l va devoir quitter...
Urban cannibals - The Ghouls

Urban cannibals - The Ghouls

Pour tourner un film, il faut quatre choses très précises : l'envie (l'envie de faire quelque chose de bien, de fort et de narrer une histoire prenante et originale), le talent (Certains réalisateurs se font remarquer dès le premier court-métrage comme Neill Blomkamp), des acteurs (difficile d'être crédible si l'on fait jouer ses potes ou sans un rôle principal charismatique) et...