Voir la fiche complète du film : Watch Out (Chris Peckover - 2016)

Better Watch Out – Critique

Watch Out
Ce qui s’annonçait comme un Maman j’ai raté l’avion croisé avec un Home Invasion classique débouche sur une tout autre considération. Le traitement, l’atmosphère et les propos tenus se veulent l’amalgame inattendu entre Funny Games et Eden Lake.
Publié le 17 Décembre 2017 par Dante_1984 · Voir la fiche de Watch Out

Dans le domaine du cinéma de genre, la période de Noël est bien souvent détournée au profit d’un spectacle gore et distrayant, à défaut d’être de qualité. Cela vaut surtout pour le slasher, mais aussi pour quelques thrillers à tendance horrifique. S’adaptant à des moyens limités tout en distillant une atmosphère oppressante, le «Home Invasion» est ce qui se prête de mieux pour pallier à un budget modeste. Alors quand ce sous-genre met en scène des enfants seuls à la maison et un contexte de fêtes de fin d’années, difficile de ne pas songer à Maman, j’ai raté l’avion ou 36 15 Code Père Noël. La comparaison est incongrue, mais le segment initial s’en inspire clairement, du moins dans les intentions.

Vaut mieux garder le secret sur ce qui l'attend...

Quartier tranquille, demeures cossues, chorale de Noël et bonhomme de neige posent l’ambiance. D’ailleurs, les premiers instants se rapportent à n’importe quel téléfilm de Noël où les vacances fleurent bon avec les rigueurs de l’hiver. En y incorporant une symbolique facile et néanmoins indissociable (sapin, guirlandes électriques...), force est de reconnaître que le ton est donné. Élément qui va presque aussitôt contraster avec la teneur du film. Au vu de la comparaison précédente, d’aucuns estiment que l’on aura droit à un ersatz comico-horrifique du métrage de Chris Columbus. Or, il n’en est rien. Quand bien même, on peut y distinguer une petite touche de cynisme.

D’ailleurs, le rapprochement s’arrête rapidement après une première partie qui débouche sur un retournement de situation assez attendu. Sauf si l’on se focalise entièrement sur le pitch de départ. Certains passages concourent à faire la lumière sur la nature de l’intrusion. Malgré la taille de la bâtisse et le comportement des enfants, on sent bien vite les limites du jeu du chat et de la souris qui s’annonce. Autrement dit, l’élément «perturbateur» qui s’impose en milieu de parcours parvient à renouveler l’intérêt de l’histoire en lui permettant d’emprunter un chemin très différent et nettement plus dérangeant.

Un intrus se cache sur cette photo

Par la même, il est nettement plus difficile qu’à l’accoutumée de parler de l’orientation narrative sans en dévoiler la teneur, car la moindre allusion qui survient peut éclairer le spectateur. Mais ce n’est pas tant le mystère que la progression des relations et des confrontations qui étonnent et nous entraînent dans une spirale infernale. L’on demeure dans le domaine du huis clos, mais, curieusement, ce n’est pas la gestion de l’espace et le sentiment d’isolement qui prévalent. Le scénario fait montre d’habilité pour tenir la longueur tout en égrenant certains éléments afin d’offrir une ambiance qui n’est pas sans rappeler Funny Games.

D’ailleurs, la constance des dialogues - bien que certains soient limités, binaires ou à sens unique - se rapproche d’un traitement similaire au film de Michael Haneke. Là encore, la surprise provient d’une certaine maturité dans les propos avancés, ainsi que dans la dégradation des relations. Quant aux aspects horrifiques, ils demeurent timorés et majoritairement suggestifs. En ce sens, la mise en scène joue de quelques plans décalés, de hors-champ ou de légers retards sur l’action pour susciter davantage de tension chez le spectateur. Des effets classiques et néanmoins bien menés pour obtenir le résultat escompté.

Le meilleur moment de la soirée : déballer ses cadeaux !

Au final, Better Watch Out est un thriller horrifique surprenant. Cela vaut autant pour sa progression que pour la qualité de son intrigue. Campé par un casting restreint et toutefois impliqué, le film de Chris Peckover s’appuie sur une évolution intelligente et singulière de son histoire. Malgré de menus écueils, la tension reste au beau fixe, instillant le doute dans l’esprit du spectateur quant au dénouement. Si les situations vont de mal en pis pour les protagonistes, l’humour noir dépeint par certains n’est pas au rendez-vous. L’ensemble est à prendre au premier degré, quitte à imposer une atmosphère malsaine dans ce que suggère la tournure des évènements. Cynique et amoral ? Sans doute. Amusant ? Certainement pas.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

Autres critiques

Enfants Loups : Ame et Yuki, Les

Enfants Loups : Ame et Yuki, Les

Mamoru Hosoda est incontestablement un réalisateur à suivre de près. Depuis 2006 et sa relecture du roman de Yasutaka Tsutsui, il a fait montre d'une patte identitaire forte concernant l'animation, mais surtout son talent de conteur hors pair où le quotidien banal prend les apparats des imaginaires les plus fous. Voyage dans le temps pour son premier long-métrage, voyage dans l'...
Mutant

Mutant

On ne remerciera jamais assez Rimini Editions de nous faire découvrir, année après année, des pépites oubliées du cinéma de genre à travers de sublimes coffrets qui leur rendent à chaque fois justice. Pour les amateurs de cinéma « autre » que nous sommes, c’est toujours du petit lait, et cela même si les films proposés ne sont pas forcément des chefs-d’œuvre intemporels...
Urban Legend 2 - Coup de grâce

Urban Legend 2 - Coup de grâce

À la fin des années 1990, le slasher a connu un nouvel essor avec Scream . S’ensuivirent des itérations plus ou moins notables, dont les plus célèbres demeurent Souviens-toi l’été dernier et Urban Legend . Contrairement à ses homologues, cette franchise se veut vieillissante et, globalement, peu rigoureuse dans sa progression. Il en ressort une modeste production qui se contente d...
Club Dread

Club Dread

Pour tous les fans de films d'horreur, le slasher est un genre bien particulier. Il s'agit de mettre en avant un tueur psychopathe, de préférence masqué, et qui tue avec une violence inouïe et avec une arme plus ou moins originale. Ainsi, on connait la saga Halloween ou Vendredi 13 , ou bien plus récemment la saga Scream . Parfois, l'horreur est tellement poussée loin que cela vire au grand...
1984

1984

1984 , l’adaptation du roman visionnaire de George Orwell par Michael Radford, fait partie de ces œuvres qui s’infiltrent insidieusement dans votre esprit, laissant dans leur sillage un goût métallique, celui du renoncement et de l’oppression absolue. En filmant un monde où la révolte est un crime et où la pensée elle-même est sous surveillance, Radford ne cherche pas à séduire...