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Noé – Critique

Noé

Un film ennuyeux et simpliste qui propose un dénouement interminable. Une déception au vu de la carrière de son réalisateur.

Publié le 1 Janvier 2008 par AqME · Voir la fiche de Noé

Réalisateur complètement barré pour certains, petit génie pour d’autres, Darren Aronofsky ne fait jamais les choses à moitié et sa filmographie est là pour en témoigner. Après un obscur premier film, Pi, il va confirmer son gout pour un cinéma à la limite de l’expérimental avec Requiem for a Dream qui va faire un carton. Fort de ce succès, il s’entoure d’un casting de luxe (Hugh Jackman et Rachel Weisz) et fournit son film le plus bizarre avec The Fountain, sorte de trip hallucinatoire mêlant l’histoire d’un homme autour de trois époques. Réellement hypnotique, le film fait partie de ces métrages que l’on aime ou que l’on rejette complètement. C’est alors qu’il va fournir un petit film magistral avec The Wrestler, mettant en scène un sublime Mickey Rourke, absolument touchant et bouleversant. Il réussira le pari de réitérer cette histoire dans un autre contexte avec Black Swan, qui sera un énorme succès. Alors évidemment, quand on a une carrière comme cela avec un cinéma ponctué d’œuvres un peu en dehors des codes de Hollywood, on se fait rapidement un nom et les cinéphiles attendent impatiemment un nouveau film. C’est alors que l’homme propose Noé, adaptation d’un comic book dont il est le co-auteur. Alors que vaut ce nouveau film ?


Comment ça c'est le déluge ?

L’histoire du film se repose sur des textes de la Bible, tout en prenant de grande liberté. D’ailleurs, le film choquera un grand nombre de croyants lors d’une pré-projection. On va donc suivre Noé, homme de foi, qui élève ses deux fils bien loin de la civilisation qui pervertie l’homme. Seulement, dans son besoin d’expansion, les descendants de Caïn avalent le monde avec des cités, et Noé est forcé de se rapatrier loin de tout. C’est alors que Noé fait un rêve prémonitoire où il voit l’humanité détruite sous l’eau. Il va demander conseil à son grand-père Mathusalem et un autre rêve va lui révéler de faire une arche afin de sauver tous les animaux pour fonder une nouvelle terre sans humanité. Difficile de dire quand on est un athée convaincu si le film est proche ou non de la Bible et il ne faut pas prendre le film comme quelque chose en lien avec la religion. Elle reste prépondérante et le film part du postulat que Dieu existe, mais en dehors de ça, on aura surtout droit aux questionnements d’un homme et ce qu’implique la religion chez l’être humain.

Si moralement le film est totalement louable, n’excusant aucunement les actes meurtriers des hommes au nom de Dieu, mais présentant les hommes comme des êtres violents et vaniteux, c’est plutôt dans la construction du film que l’on restera perplexe. Le début ressemble à un film d’héroïc-fantasy, et le réalisateur n’hésite pas à citer la trilogie du Seigneur des Anneaux comme référence, avec la présence d’anges de pierre et des séquences de bataille franchement bien foutues. C’est relativement pêchu et bien mis en scène avec des idées osées et bien loin des films hollywoodiens actuels (lorsque la rivière se forme ou avec l’histoire de l’humanité). C’est plutôt la suite qui sera très décevante. Si la prestation de Russel Crowe est excellente, les réflexions sur la bonté de l’humanité et sur la nécessité de construire quelque chose de pur sans humains sont très longues et pas forcément actives. D’ailleurs, on a l’impression que le film est monté à l’envers. Alors que d’habitude les films se reposent sur une ambiance et propose une montée crescendo vers de l’action, le film d’Aronofsky fait l’inverse et propose une fin qui tire et qui s’étire un maximum jusqu’à l’écœurement. Ce sera d’ailleurs là le principal défaut du film.


Chaud pour son cul !

La fin reste assez lumineuse alors que tout le film est sombre, notamment envers l’homme et l’humanité et choisir une fin plus nihiliste aurait été peut-être plus bienvenue. Tout comme les effets spéciaux parfois hasardeux, le réalisateur ne voulant pas martyriser de vrais animaux, et certains passages sont franchement mauvais, comme lorsqu’un serpent mue ou encore lorsque une sorte de chiens-tatou se fait abattre. A contrario, le passage de la forêt est vraiment très beau et certains plans sont sublimes, comme lorsque Noé raconte l’histoire des origines à sa famille dans l’arche.

Au niveau des acteurs, c’est par contre très bon. Russel Crowe est totalement habité par son personnage et il demeure touchant, énigmatique, fascinant, énervant et parfois flippant. Il est vraiment excellent comme à son habitude. Jennifer Connelly est beaucoup plus discrète mais elle incarne parfaitement la femme de Noé. Ray Winstone est lui aussi parfait dans le rôle du méchant du film, représentant l’homme violent et imbu de lui-même. Anthony Hopkins fait le job et incarne un Mathusalem sage et apporte une touche d’humour au film. On sera plus réservé sur le casting plus jeune, comme Emma Watson, peu touchante, Douglas Booth très réservé et Logan Lerman parfaitement agaçant.

Au final, Noé est une petite déception quand on regarde la filmographie de Darren Aronofsky. Long et avec un montage à l’envers, le film n’est pas exempt de qualités, mais il reste trop ennuyeux sur la deuxième partie qui tire trop sur la corde de la foi. Il s’agit certainement du film le moins métaphysique du réalisateur, faisant une histoire assez simple qui peut faire écho en nous et en nos croyances. Encore faut-il croire en quelque chose, et Chtulhu ne semble pas faire partie des religions acceptées.

AqME
À propos de l’auteur : AqME

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