Voir la fiche complète du film : Fragile (Jaume Balaguero - 2005)

Fragile – Critique

Fragile
Un film lourd, triste et à l'ambiance très particulière...
Publié le 16 Juin 2012 par AqME · Voir la fiche de Fragile

Jaume Balaguero n'est plus un réalisateur à présenter. Reconnu pour son travail avec le terrifiant mais si réaliste Rec, il est devenu le cinéaste de genre à suivre du coté du pays ibérique. Il faut dire que le monsieur a du talent et des idées plein la tête.
Toutefois, avant de s'attaquer aux infectés, il a fait, en 2005, un petit passage par la ghost story avec des acteurs américains et espagnols. Fragile est le nom de ce détour et il prend pour décor un vieil hôpital en cours de fermeture. Dans celiu-ci réside encore des enfants.

Outre le fait qu'il est difficile de faire jouer correctement des enfants, Balaguero va en plus tenter de faire peur aux téléspectateurs en proposant une classique histoire de fantôme. On est bien loin de l'action et du tumulte de Rec. Mais le film est-il aussi bon ? Finalement, Balaguero ne méritait-il pas une reconnaissance antérieure à son fameux film de zombies ? Voyons voir ce que ce Fragile a dans le ventre.


C'est quoi donc que cette fracture ?

L'histoire de Fragile se compose de deux dimensions. La première dimension concerne les personnages et reste purement terre à terre, ressemblant davantage à un drame qu'à un film d'horreur.
La seconde dimension est la présence fantomatique malveillante et son histoire. Le scénario s'articule autour de ces deux axes donnant de la profondeur aux personnages et surtout une ambiance oppressante et lourde. On va donc suivre une infirmière un poil dépressive qui se fait embaucher dans un vieil hôpital sur le point de fermer ses portes. Dans cet hôpital, il reste encore quelques enfants avec des maladies lourdes et souvent respiratoires. Sauf que depuis quelques temps, des enfants se brisent les os et une persistante rumeur sur une présence invisible et vengeresse hante les esprits. Bien entendu, l'infirmière va se nouer d'amitié avec une jeune fille un peu mal aimée et elle va mener une enquête pour découvrir l'histoire de l'hôpital et plus précisément d'une infirmière et de sa patiente atteinte de la maladie des "os de verre". On est effectivement à mille lieux de Rec.

Balaguero, plutôt que de se contenter de faire un film d'épouvante avec un poltergeist très bruyant et très méchant va, à la place, essayer d'insuffler une dimension tragique, et d'imposer à l'écran une ambiance pesante, grise et monotone. Quand je dis monotone, c'est dans le sens triste. Car tout est mis en place pour rendre le film le plus sombre possible. Les enfants atteints de maladie lourde, l'infirmière au passé professionnelle relativement chaotique, les relations au sein de l'île pas franchement facile, le temps lugubre et pluvieux, la présence fantomatique infligeant des blessures aux enfants. Bref, le tout donne l'impression d'une chape de plomb qui plane au-dessus de la tête des personnages, et le réalisateur arrive bien à nous faire ressentir cela.
Bien entendu, les décors ne sont pas non plus étrangers à cette sensation puisque l'hôpital décrépi fait plutôt peur, le personnel absent donne une sensation de solitude, et pour couronner le tout, le troisième étage à l'abandon donne une furieuse envie d'aller y jeter un coup d'oeil malgré son aspect effrayant. Bref, on peut dire que Balaguero arrive à son but, en créant un certain malaise chez le spectateur. Et la photographie est superbe.


Ok, petite, tu as une heure pour laver cette pièce. Sinon, je te brise les jambes...

Quand on parle de films espagnols, on pense bien entendu à des acteurs connus et de talent (on pense à Sergi Lopez et sa prestation ahurissante dans le Labyrinthe de Pan. Mais chose surprenante avec ce métrage, c'est qu’il y a deux acteurs américains et pas n'importe lesquels (en même temps, l'hôpital se trouve en Angleterre). L'infirmière légèrement dépressive est interprétée par Calista Flockhart, alias Ally McBeal et épouse de Harrison Ford (cette anecdote ne sert à rien, mais un peu de people pour faire vendre c'est toujours utile). Elle colle parfaitement au rôle. Son physique, agréable mais suffisamment maigre permet à Balaguero d'en faire un personnage traumatisé par une erreur du passé et qui se remet à chaque fois en question. L'actrice s'imprègne bien du rôle et livre une prestation sans faille, tout en émotion. Le deuxième acteur américain est Richard Roxburgh, qui incarne ici le médecin en charge des enfants restant dans l'hôpital. Il livre lui aussi une prestation exemplaire, cachant peut-être un lourd passé, mais qui reste un pilier sur lequel peuvent se reposer les infirmières. A la fois attentif et sage, sa belle gueule en fait le parfait interprète pour se rôle. Les autres acteurs ne sont pas en reste, puisque la seconde infirmière, plus dure, mais résolument plus fragile émotivement, s’en sort à merveille et la jeune fille un peu rebelle reste convaincante.

Les amateurs de gore pourront passer leur chemin devant ce film. En effet, le jeune réalisateur espagnol n'a surement pas voulu faire dans la surenchère de crasse et de sale. Il faut dire que l'ambiance lourde aurait été plombée et le film en aurait été gâché. Néanmoins, il place quelques séquences assez dures, notamment lors des fractures. C'est très appréciable que Balaguero n'ait pas mis trop de gore et de sang dans son film, renforçant ainsi la psychologie des personnages et la mélancolie ambiante.
Par contre, le fantôme a vraiment de la gueule et sa seule vision nous remplit d'effroi. Les effets spéciaux sont relativement bons et la décrépitude de l'hôpital est un des moments fort de la fin du film.


T'aurais pas des laxatifs ?

Au final, Fragile est un film de fantôme qui s'avère efficace et très intéressant dans le domaine psychologique. Les différents personnages brossés par le scénario, la décrépitude mentale de certains personnages et des décors, le gris ambiant, en font un film lourd, triste et à l'ambiance très particulière. Pour une fois qu’'une ghost story ne déverse pas dans l'ennui, on ne va pas s'en plaindre, sauf qu'on en ressort avec une légère mélancolie.

AqME
À propos de l’auteur : AqME

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