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Mother of Tears – Critique

Mother of Tears
Ultime volet de la saga phare d'Argento, Mother of Tears était attendu au tournant. Ce film est il à la hauteur des espoirs des fans du maître du giallo, de retour aux affaires depuis Masters of Horror ?
Publié le 1 Janvier 2008 par GORE MANIAC · Voir la fiche de Mother of Tears

De nos jours à Rome, Sarah, une jeune femme, étudiante en archéologie, assiste au meurtre effroyable d'une de ses collègues, un soir au musée. En ouvrant une ancienne urne découverte dans une tombe, Sarah a ramené à la vie la sorcière la plus puissante au monde : Lachrymarum, alias la Mère des Larmes.

Initiée à la fin des années 70, avec l'époustouflant Suspiria et le mystérieux Inferno, la trilogie des Trois Mères n'avait pas été achevée par Dario Argento, qui avait préféré renoué avec son genre de prédilection : le giallo (avec Ténèbres). Manque de motivation, d'inspiration ou de moyens ? La question restait en suspens et tous les fans du maître italien espéraient de plus en plus fébrilement l'épilogue à cette série mythique. Car, à mesure que les années passèrent, la carrière d'Argento déclina. Brillant dans les années 70 et 80, le cinéaste italien s'épuisa dès le milieu des années 80, peinant à renouveller son style, alternant réussites intimistes (Le Syndrome de Stendhal, Le Sang des Innocents) et échecs critiques et commerciaux (Trauma, Opera).

Délaissé par les producteurs, Argento se réfugia dans l'univers télévisuel dès le milieu des années 90, signant quelques téléfilms honnêtes, néanmoins bien éloignés du génie de ses premières oeuvres. A l'instar d'un John Carpenter, Argento revint sur le devant de la scène par le biais de la série Masters of Horror. Ses deux épisodes, Jenifer et Pelts, permirent au réalisateur transalpin de moderniser son style visuel, ajoutant le gore à sa palette artistique. Le succès de la série offrit enfin à Argento la possibilité de conclure sa trilogie phare, près de trente années après Suspiria, pour le plus grand coup de poker de sa carrière. Car le public se posera obligatoirement la question suivante avant même de donner sa chance à Mother of Tears. S'agit il d'une suite artistique ou purement commerciale ? Il est en effet plus aisé pour Argento de relancer sa carrière cinématographique en évoquant un sujet déjà connu qu'en se lançant dans un film neuf, risquant toutefois d'égratigner la réputation impeccable des précédents volets. De toute manière, il est tout à fait logique que ce dernier épisode diffère des deux autres, ancré dans une époque et un style, narratif et visuel, à part. Argento devait faire évoluer sa saga, quitte à perdre le timbre si particulier de Suspiria et Inferno. Le plus sain est donc de regarder ce film avec une neutralité qui n'est pas évidente, mais nécessaire, pour éviter une trop grande déception. Mais si Argento n'avait jamais achevé sa saga, cela aurait il été moins regrettable ?

Le prologue du métrage présente le mérite de nous confirmer le nouvel oeil du maître italien. Le premier meurtre, gore et grand-guignolesque nous permet d'entrer sans fioriture dans le vif du sujet. L'ambiance nocturne du musée nous situe dans une ambiance propice aux frissons. C'est Asia Argento qui campe la tête d'affiche de ce casting dans lequel on retrouve deux figures mythiques du cinéma fantastique : Daria Nicolodi (Inferno, Phenomena) et Udo Kier (Barb Wire, Du Sang pour Dracula), dans des rôles secondaires qui feront surtout plaisir aux connaisseurs. Asia retrouve donc son père avec un rôle assez lisse qui ne lui correspond guère. On la préfère dans des rôles extrêmes où son regard noir et sombre apporte sa réelle émotion. Elle semble parfois plus spectatrice qu'actrice, surtout au gré de scènes de folie meutrière dans Rome souvent gratuites, n'apportant rien à l'intrigue, qui lorgne régulièrement du côté de La Neuvième Porte.

La musique de Claudio Simonetti, le leader des Goblin, ne restera pas gravée dans les mémoires, de même que les sorcières hystériques qui courent dans les rues de Rome, surjouant à l'envie. Les effets sanguinolents (cf celle du train, assez ridicule) masquent en fait une histoire basique. Là où les deux premiers films effaçaient cette faiblesse scénaristique par une ambiance sonore et visuelle marquante, Mother of Tears aligne les belles images (la maison de Lachrymarum, le musée) et les jolies femmes. En effet, Lachrymarum, interprétée par la sulfureuse Moran Atias, aurait mérité un meilleur traitement de la part d'Argento, qui ne lui offre qu'un rôle de sorcière nymphomane et cruelle, alors que ce corps de rêve ne demandait qu'à hypnotiser davantage le spectateur. L'épilogue, succinct, ne laissera qu'un souvenir vague et confus, un peu comme ce long-métrage, qui n'égale en rien les deux autres films.

Néanmoins, il serait injuste d'incriminer un cinéaste qui a évolué en trente ans, et qui ne pouvait retrouver l'état de grâce de deux films majeurs dans sa cinématographie et dans l'histoire du cinéma d'épouvante. Ainsi, pour apprécier raisonnablement un film assez agréable à suivre, avec son lot de mystères et de meurtres sanglants, mieux vaut laisser un peu de côté Suspiria et Inferno, et se contenter de savourer le retour d'Argento derrière la caméra, avant son très attendu Giallo.

GORE MANIAC
À propos de l’auteur : GORE MANIAC

J'essaie de partager ma passion pour un cinéma méconnu, mais qui mérite incontestablement qu'on s'y arrête !

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