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Tron : L'Héritage – Critique

Tron : L'Héritage

Tron Legacy, une suite certes, mais non des moindres. Un univers respecté et magnifié par le progrès des effets spéciaux, une musique ensorcelante, mais surtout une approche qui a le mérite de poser une réflexion sur l’'état actuel de notre monde. On se retrouve alors avec un blockbuster intelligent (ce qui est assez rare pour le faire remarquer) qui assure le spectacle tout en s’'attelant à nous interpeller sur la direction que prend l'’humanité ou quand la suffisance s'’affranchit de toutes contraintes pour sombrer dans la démence et l’'égocentrisme.

Publié le 31 Mars 2011 par Dante_1984 · Voir la fiche de Tron : L'Héritage

Sam Flynn découvre l’ancienne cachette de son père, brillant informaticien disparu il y a de cela une vingtaine d’années. Il réussit à entrer dans le programme créé par Kevin, mais il va se rendre compte que ce monde virtuel est sous le joug d’un dénommé Clu qui n’a d’autre aspirations que de parvenir à rejoindre la réalité.

Il aura fallu presque trente ans pour qu’une suite du cultissime Tron voie le jour. L’attente a été longue, voire interminable pour certain d’entre nous (les plus acharnés). L’univers de Tron ayant marqué les années 1980 de son empreinte au fer rouge, la tâche s’annonçait ardue, pour ne pas dire titanesque, pour contenter à la fois les inconditionnels et les novices dans cette aventure qui, inutile de conserver le suspense plus longtemps, se révèle le digne successeur de son aîné. Notre impatience n’aura donc pas été vaine et nos espoirs récompensés à leur juste mesure. Pour ce projet pharaonique, on découvre derrière la caméra Joseph Kosinski dont il s’agit ici du premier long-métrage et quel début dans la carrière de réalisateur !


Pas une ride en 30 ans ! Sacré Jeff !

Il est toujours difficile d’aborder une suite sans exiger qu’elle surpasse son prédécesseur à tous les niveaux. Plus d’action, plus de spectacles, plus d’implications et de développement dans la mise en place du scénario. Le public réclame la surenchère et Walt Disney exauce leur souhait non sans conserver ce qui a fait la réussite et le charme du premier opus : un univers sublime où l’immersion se veut totale et indiscutable. Dans cette optique, Tron Legacy ne décevra que les plus réfractaires ou les fanatiques de la première heure. Un constat paradoxal qui n’empêche en rien de savourer comme il se doit ce film dans les meilleures conditions possible, et ce, avec un certain engouement qui nous assaille dès les premières minutes.


Le monde n’est plus que fil et réseau sans âme.

Si Tron premier du nom marquait l’avènement des nouvelles technologies et des possibilités qui en découlaient, Legacy porte plutôt bien son nom. En effet, il est parfaitement dans la lignée de son prédécesseur et est, par essence même, l’extension fantasmée de ce qui avait été amorcé en 1982. Le rêve est devenu réalité, mais il n’a pas pris la tournure que les concepteurs ont jugé bon de lui donner. L’évolution informatique s’est faite à une vitesse exponentielle, insoupçonnable. À tel point que les ordinateurs d’hier sont obsolètes aujourd’hui et les nôtres le seront demain. Une course effrénée qui ne semble jamais vouloir s’arrêter, comme si l’on se trouvait à bord d’un train fou dont on aurait perdu le contrôle.


Gloups, je suis un pirate informatique.

Car il s’agit bien de cela dans le cas présent : la création qui se retourne contre le créateur. Une révolte qui prend son essor dans les fondements mêmes de ce qu’on inculque à nos conceptions, comme si l’on portait en nous les germes de notre propre destruction. Effrayant de prime abord, mais tellement véridique tant de par le monde qui nous entoure que notre comportement vis-vis de celui-ci. En quelque sorte, l’univers de Tron Legacy reflète notre époque tel que l’on peut l’apercevoir sous un regard objectif et dénué de sentimentalisme. Tout y est contrôlé, vérifié, classé, annexé sans que rien n’échappe au système. Une quête de la perfection réalisée par l’asservissement et le formatage des masses.


Charmante compagnie.

Les programmes (semblables à nous autres pauvres humains que nous sommes) subissent un lavage de cerveau latent qui n’a pour seul objectif que de servir la folie d’un mégalomane. Symbolique appuyée de nos tendances autodestructrices, Clu est le reflet de Kevin. Un double maléfique, mais surtout la représentation d’une innocence pervertie et d’aspirations oubliées. En ce cas, l’on peut s’interroger sur notre propre identité. Sommes-nous voués à être esclaves de notre condition ou devenons-nous ce que nous choisissons d’être ? Dans un cas, comme dans l’autre, la réponse divergera selon le point de vue. Alors, pour divertir les masses, quoi de mieux que la meilleure recette employée par les plus puissants empires : du pain et des jeux ? Le contentement et la distraction contre une totale soumission. Un parallèle étonnant lorsque l’on s’appesantit sur ce que nous vivons actuellement.


Instant détente.

À travers cette analyse de fond, il se dégage deux éléments principaux. D’une part, Tron expose un regard froid et sans concession sur son époque. Émergence de la technologie pour le premier volet et l’opulence de ce progrès qui a envahi nos vies pour le second. Alors que nous avions eu droit à un discours sur les croyances religieuses et comment les intégrer à notre quotidien, Legacy se révèle la face sombre de ce propos. L’arrogance humaine prévaut sur le bon sens. Un matérialisme exacerbé qui s’insinue tel un cancer. Le mal latent n’en est que plus pernicieux à plus ou moins long terme. Voilà pourquoi Tron est le vecteur d’autant d’attention, même si cela reste du domaine de l’inconscient.


Que la fête continue !

Grâce aux avancées techniques en informatique, Tron est également un divertissement de premier ordre où son monde froid est magnifié par un rendu esthétique absolument somptueux. La patte graphique demeure toujours aussi léchée et hypnotisante à chaque détour de ruelles ou les arènes de jeux. Toutefois, cet aspect futuriste aseptisé (dans le bon sens du terme) se serait presque écroulé sans la musique de Daft Punk. Je ne suis pas très coutumier de leur style (que les fans veulent bien me pardonner), mais sans leur participation nul doute que le film posséderait moins d’impact. Que dire, si ce n’est que leur sonorité créée une osmose parfaite avec l’action et le déroulement de l’intrigue ? Un coup de maître assurément.


Le retour du concepteur… en colère.

Je conclurai sur l’importance d’avoir vu le premier volet pour profiter pleinement de toutes les subtilités qui jonchent une suite loin d’être opportuniste ou sans imagination. Il semblait inévitable d’y avoir droit, mais de cette qualité, on aurait pu en douter longuement. Il en découle un film porteur d’un constat acerbe sur notre époque et ce que l’avenir nous réserve en persévérant dans une voie qui causera notre fin. Les semences de l’autodestruction germent. Il nous advient, du moins si nous en avons la volonté, d’en prendre conscience et d’agir en conséquence. Une porte est ouverte, à nous d’en franchir le pas… ou non.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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