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Evil Toons - Qui a peur du diable?

Film d'exploitation déjanté mêlant possession démoniaque et incrustation de dessins-animés dans des prises de vues réelles, Evil Toons peinent à convaincre par son manque de moyen et d'ambition.
Publié le 8 Décembre 2014 par OeilsansvisageVoir la fiche de Evil Toons - Qui a peur du diable?
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Livre

Si l’on en croit l’accroche publicitaire autour du film, Evil Toons se situerait entre Evil Dead et Qui veut la peau de Roger Rabbit ! Dans un sens ce n’est pas totalement faux mais cela s’arrête aux idées de base de ces deux films qui sont recyclées sans pour autant parvenir à reproduire la terreur du film de Sam Raimi, ni le fun et l’exploit technique de celui de Robert Zemeckis.

Quatre jeunes femmes sont embauchées par un vieux roublard afin de nettoyer une grande maison durant un weekend. Elles font ce boulot pour gagner « 100 billets », ce qui paraît d’autant plus invraisemblable qu’elles doivent rester dans la demeure tout le weekend pour n’être récupérées par leur employeur que le lundi matin suivant… Le soir même, un étrange individu sonne à la porte pour laisser un colis. Il s’agit d’un grand livre relié avec ce qui semble être la peau d’un visage humain. Là est une première référence évidente et peu subtile à Evil Dead et au Necronomicon. Durant la nuit, alors qu’une des quatre nanas se prépare à recevoir un homme malgré l’interdiction du patron, le dessin d’un monstre s’anime sur le livre et prend vie pour posséder la libertine.

Dès les premières minutes du film, on sent un scénario bâclé, construit sur les seules idées des films énoncées ci-dessus. La façon dont les ingrédients d’Evil Toons sont agencés indiquent qu’il s’agit d’un pur film d’exploitation. Outre les références à Evil Dead et Qui veut la peau de Roger Rabbit, cela découle aussi du fait que les quatre actrices principales sont issues du porno et des magazines de charmes. Des bimbos permanentées interprétant une équipe de femmes de ménage affrontant des esprits démoniaques, voilà qui permet d’afficher de la nudité à la moindre occasion sans que cela ne soit vraiment justifié. Même dans les scènes de meurtres, c’est l’érotisme qui prend le dessus à travers le jeu de séduction dont se sert la vilaine pour amadouer ses victimes. Seules quelques traces de sang servent à illustrer symboliquement les meurtres, pas d’effets gores au programme. Un autre aspect cheap du film, c’est le fait qu’un acteur célèbre, David Carradine, soit systématiquement mis en avant dans les génériques de début et de fin, alors qu’il n’apparait que cinq minutes dans le film. D’ailleurs sa prestation est à la hauteur de la mauvaise raison pour laquelle il tourne dans ce film : bénéficier d’une vedette pour compenser la qualité médiocre du film.

Si le titre du film laisse entendre que le mal est incarné à travers des toons, c’est là aussi une déception. D’ailleurs, il faut préciser que le pluriel de toons est mensonger puisqu’il n’y en a qu’un seul. Même si celui-ci intervient bel et bien, son animation est minimaliste et n’arrive pas à la cheville de ce que l’on peut voir dans Qui veut la peau de Roger Rabbit. Que ce soit pour son animation intrinsèque ou pour son incrustation dans les prises de vues, le fameux evil toon n’est pas très convaincant et n’est pas terrifiant pour un sou. Il faut néanmoins relativiser et prendre le film pour ce qu’il est : un bon gros nanar. En un sens, Evil Toons n’est pas complétement nul dans la dimension des films d’exploitation qui s’assument, il est même relativement plaisant à regarder par sa légèreté et son côté déjanté (faut aimer les nanars, hein).

Si David Carradine ne parvient pas à rehausser le niveau avec ses apparitions désincarnées, la jeune femme possédée par le toon maléfique est peut-être l’aspect le plus convaincant du film. Madison Stone, actrice de films X ici promeut au cinéma d’horreur de seconde zone, donne le meilleur de sa personne pour incarner la possédée, insufflant une part d’énergie non négligeable à ce spectacle. Sa performance est en quelque sorte l’opposé de celle de Carradine : ce dernier montrant péniblement sa tronche pour le pognon et l’autre se surpassant, peut être animée par l’espoir de décrocher d’autres rôles au cinéma dans la foulée.

Malgré sa volonté et ses efforts pour inscrire son film dans la veine des succès de son époque, Fred Olen Ray, réalisateur spécialisé dans le cinéma d’exploitation, ne parvient pas à faire suffisamment fort pour engendrer un film à la hauteur de son concept. On retient surtout les permanentes et les strings tailles-hautes, témoignages de l’esthétique kitch d’une époque révolue, dont Evil Toons annonçait la fin. Pour se replonger encore plus profondément dans les méandres cinématographiques de cette époque, ce qui n’en ont pas eu assez pourront tenter leur chance avec Hollywood Chainsaw Hookers, un autre sommet de kitcherie signé Fred Olen Ray.

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