Voir la fiche complète du film : Amityville (Andrew Douglas - 2005)

Amityville

Un remake qui reste assez directif et peu subtil dans sa façon de présenter l’affaire Amityville, notamment à travers des phénomènes surnaturels éculés. Le film d’Andrew Douglas se sauve néanmoins par une trame claire et intelligible, une caractérisation soignée et un certain allant pour multiplier les confrontations avec le malin.
Publié le 23 Mai 2019 par Dante_1984Voir la fiche de Amityville
6

Si les remakes ont toujours fait partie du modèle hollywoodien, les années 2000 ont connu un recyclage effréné de productions emblématiques. Après le succès mérité du Massacre à la tronçonneuse de Marcus Nispel, le cinéma de genre a particulièrement été impacté. Bien que sa notoriété soit restée dans les mémoires pour les affaires DeFeo et Lutz, le cas Amityville a été progressivement dénaturé au fil de suites globalement pathétiques, au mieux dispensables. Le remake tente d’effectuer un retour aux sources et, par la même, d’offrir une fin (toute provisoire) à une succession de productions modestes, voire bas de gamme, à destination du petit écran et du DTV.

De vains espoirs ?

Au même titre que la première itération cinématographique, le film d’Andrew Douglas se penche sur les événements qui ont marqué la famille Lutz. Afin de développer la corrélation avec le massacre des DeFeo, l’entame évoque les faits à travers une reconstitution aussi brève que frénétique. Cela reste assez violent et, d’emblée, on distille quelques éléments propres au surnaturel. Cependant, il ne sera pas question d’instiller le doute chez le spectateur, notamment sur la possession présumée de Ronald DeFeo ou des phénomènes de hantise après l’emménagement des Lutz. On appuie l’aspect paranormal sans la moindre ambiguïté. On apprécie néanmoins le fait qu’aucun membre de la famille ne soit épargné et subisse les situations de manière différente.

En ce sens, il est vrai que l’on dénote quelques allusions suggestives pour instaurer une atmosphère angoissante. On songe à l’excursion nocturne du jeune Michael, la séance ciné de George en compagnie de souvenirs de famille ou à la partie inaccessible du sous-bassement. En dépit d’une relative efficacité, cet angle d’approche ne sera guère exploité. Assez propre et néanmoins impersonnelle, la réalisation privilégie les jump-scares et autres séquences explicites. Dans l’ensemble, cela reste très attendu, tant d’un point de vue visuel que sonore. On met en condition le spectateur sans pour autant le surprendre, ne serait-ce que par un simple détournement des perspectives spatiales.

Voilà ce qui arrive quand on attise la flamme de l'enfer...

Pourtant, on distingue de sympathiques idées, notamment le risque d’accidents domestiques, mais surtout la folie évolutive de George Lutz. Pour cela, Ryan Reynolds émaille l’image assez surfaite de l’interprétation du personnage faite par James Brolin. En l’occurrence, on ne présente plus une famille recomposée unie, modèle stéréotypé à l’américaine. On met en avant la difficulté d’adaptation des enfants, comme celle des parents (et beaux-parents), dans un nouvel environnement. Progressivement, le portrait idyllique se fissure pour laisser place à des confrontations tendues où le traitement psychologique des protagonistes reste assez soutenu.

Tout comme le premier film prenait des libertés avec la réalité, ce remake s’éloigne aussi bien de l’une ou de l’autre. Cela paraît anodin, mais le 112 Ocean Avenue déménage au numéro412. De même, le schéma temporel qui se base sur les 28 jours de vie au sein de la demeure manque de cohérence et d’intérêt. Sur ce point, la progression reste fluctuante et passablement inutile. Le parti assumé de mettre en retrait la présence du diable malgré l’arrivée tardive du prêtre se fait au bénéfice d’une théorie moins connue, mais non dénuée de qualités. Celle de John Ketcham et de ses pratiques occultes sur la propriété. Le fait de se restreindre à une seule explication évite d’éventuelles invraisemblances au fil du récit.

Ils flottent en bas, Chelsea ! Ils flottent tous en bas !

Au final, Amityville reste un remake assez moyen, ce qui est déjà un élément notable au regard de certains ratages éhontés. La trame se révèle assez dynamique et ne s’éloigne guère de son idée initiale. De même, un soin particulier a été apporté à l’évolution psychologique des personnages. Si la réalisation manque d’identité et ne retranscrit guère le contexte des années1970, elle demeure satisfaisante et présente les différents environnements dans un espace clos avec une certaine variété. En revanche, l’atmosphère oppressante propre à un film de hantise est absente. À la manière d’un poltergeist capricieux, le traitement frontal des apparitions paranormales se fait sans subtilité ni éclat. Une «mise à jour» correcte, mais dénuée de la moindre originalité.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

L'impasse aux violences
Le thème des serial-killers et les actes de meurtres en série du XIXe siècle sont difficilement dissociables de Jack l’Éventreur. Toutefois, l’on en oublierait d’autres faits divers bien moins connus et médiatisés. L’affaire des torses de la Tamise fait écho à celle évoquée précédemment, mais l’imaginaire collectif est également hanté par les exactions de William...
La Fille de Dracula
Au chevet de sa mère, Luisa Karlstein (Britt Nichols) apprend qu'une malédiction plane depuis plusieurs générations sur leur famille. La crypte des Karlstein renfermerait le cercueil d'un vampire, Dracula. Dans sa longue filmographie (plus de 200 longs-métrages à son actif), le cinéaste ibérique Jesus Franco s'est souvent intéressé au mythe vampirique. Il s'y attache donc encore...
Evil Toons - Qui a peur du diable?
Si l’on en croit l’accroche publicitaire autour du film, Evil Toons se situerait entre Evil Dead et Qui veut la peau de Roger Rabbit ! Dans un sens ce n’est pas totalement faux mais cela s’arrête aux idées de base de ces deux films qui sont recyclées sans pour autant parvenir à reproduire la terreur du film de Sam Raimi, ni le fun et l’exploit technique de celui de Robert Zemeckis. Quatre jeunes...
L'Armée des morts
Réaliser un remake est un exercice particulièrement audacieux (et périlleux) quand il s’agit de fournir la relecture d’un classique. De tels projets peuvent même donner un résultat vain et douteux lorsque les velléités mercantiles supplantent la narration ou la mise en scène elle-même. Au début des années 2000, le phénomène a connu un nouvel élan avec deux métrages d’excellente...
Les Yeux sans Visage
C’est à la fin des années 50, une époque où le cinéma d’horreur connaissait un nouveau souffle, notamment grâce aux films de la Hammer en Grande-Bretagne et à ceux de Roger Corman aux Etats-Unis, qu’est sorti Les yeux sans visage , deuxième long-métrage d’un certain Georges Franju. Après avoir réalisé plusieurs courts-métrages documentaires comme en témoigne par exemple Le sang des bêtes - un...