Voir la fiche complète du film : Underwater (William Eubank - 2020)

Underwater – Critique

Underwater
En dépit d’une apparition finale saisissante et des idées de base enthousiasmantes, Underwater s’affuble d’une mise en scène maladroite et égocentrique qui gravite majoritairement autour de Kristen Stewart. Bien qu’énergique, la progression demeure assez laborieuse, car mal exposée dans son cadre et guère mieux soutenue par ses protagonistes interchangeables. On déplore également des approximations scénaristiques et des faux raccords flagrants. En de telles circonstances, un film qui manque malheureusement de profondeur…
Publié le 2 Juin 2020 par Dante_1984 · Voir la fiche de Underwater

Les fonds marins, et plus particulièrement les abysses, font l’objet d’une certaine fascination en raison de leur méconnaissance. D’hypothèses scientifiques plausibles en théories purement fictionnelles, plusieurs productions cinématographiques se sont distinguées par des huis clos immersifs, voire oppressants lorsque ceux-ci s’apparentaient à un récit survivaliste. On songe à Abyss ou à Sphère qui, tous deux, sont parvenus à retranscrire l’ambiance si particulière, empreinte de merveilles et de craintes, de ces lieux où l’hostilité règne à l’égard de l’homme. Aussi, Underwater s’insinue dans un sujet non dénué d’intérêts et, pour ne rien gâcher, pas assez représenté sous l’angle du cinéma de genre. Une bonne initiative ?

 

Sans ambages, le film ne perd guère de temps pour imposer le décor. Il ne s’agit pas d’explorer les abysses, mais d’y survivre à la suite d’une catastrophe dont on taira sciemment la teneur. L’entame est donc dynamique et laisse augurer d’un déroulement assez tendu, porté par l’urgence de la situation et l’état de délabrement général de la station sous-marine. À certains égards, on pourrait faire le rapprochement avec l’espace. Cela vaut pour le cadre et l’évolution narrative. Le recoupement tient alors à l’exiguïté des lieux qui se confrontent à une zone extérieure aussi vaste que dangereuse. D’ailleurs, il est aisé de distinguer des influences chères à Alien.

On songe au personnage principal, à l’équipe restreinte et à une menace non identifiée. Le parallèle avec de tels récits de science-fiction se justifie même par la filmographie de William Eubank, déjà responsable de deux productions intersidérales. Bref, Underwater bénéficie de bases saines pour développer son propos et s’insinuer dans le cercle fermé des huis clos sous-marins. Cependant, il persiste des écueils si pénibles à l’écran que la meilleure volonté du monde ne pourrait les ignorer. Et cela tient essentiellement à la mise en scène qui ne prend absolument pas la pleine mesure du potentiel des lieux et du scénario lui-même.

 

Qu’il s’agisse d’angles de profils ou frontaux, la caméra a une fâcheuse tendance à se rapprocher des protagonistes, en particulier de Kristen Stewart. On a l’impression que le film se focalise uniquement sur l’actrice, en délaissant l’intrigue, les autres intervenants et la menace non identifiée. Dans la présentation des séquences, les échanges ou même des passages qui requiert des plans larges, on se heurte constamment à ce procédé répétitif qui agace et n’apporte strictement rien en matière d’ambiance ou de découverte des lieux. L’idée reste similaire au sein de la station ou en dehors, rendant l’appréhension des différents dangers complètement aléatoire.

De même, l’action n’est guère lisible et les mouvements frénétiques de la caméra ajoutent à la confusion générale. On déplore également de nombreux faux raccords et des incohérences en pagaille. À titre d’exemple, Norah est amenée à s’insinuer dans un passage étroit, car elle est plus menue. Or, le port de son scaphandre rend son gabarit similaire aux autres membres de l’équipe qui, par ailleurs, s’empressent de lui emboîter le pas. Il est à regretter plusieurs approximations visuelles et des contradictions dans les périples sous-marins ; pour les distances parcourues, l’orientation géographique des sites et leur profondeur respective.

 

À cela s’ajoute une caractérisation superficielle qui fait la part belle à Kristen Stewart, là encore. Les échanges sont stériles et relèvent parfois du pléonasme. Ce qui rend certains passages involontairement drôles. « C’est une nouvelle espèce ! » « Ça a appartenu à quelqu’un. » et autres réparties aussi douteuses que lourdes. De même, le trépas des uns ne touche guère le spectateur. Il n’y a aucune dimension émotionnelle ou une envie d’insister sur la pluralité du danger. Il demeure néanmoins une surprise de taille en guise de conclusion qui apporte une tonalité toute lovecraftienne à l’histoire. En somme, un lot de consolation qui survient tardivement. Cependant, on n’échappe pas à certaines caricatures héroïques, passablement inutiles et surannées.

Au final, Underwater est l’exemple typique d’une production nantie d’un potentiel évident que la réalisation et la multitude de défauts formels viennent gâcher. Ce qui s’annonçait comme un film intéressant sur les abysses aboutit finalement à un métrage nombriliste entièrement centré sur sa tête d’affiche. Tout gravite autour de Kristen Stewart au lieu de se concentrer sur la survie et la fuite de la station. En considérant plusieurs contradictions, une gestion spatiale guère maîtrisée et des personnages basiques, il en ressort une amère déception, surtout au vu de ce que suggère le dénouement. Même la portée de ce dernier s’altère par un épilogue ridicule où le lapin en peluche fait office de pièces à conviction (sérieusement ?) et d’une musique pop hors de propos.

 

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

Autres critiques

Tony : London Serial Killer

Tony : London Serial Killer

En général, lorsque l'on parle de serial-killers, on a le choix entre des films divertissants, violents, mais pas vraiment réalistes pour un sou (comme avec les slashers) ou des thrillers assez sombres et glauques qui s'attachent à retranscrire les faits d'une manière moins tape-à-l'½il. Cette dernière approche est certainement la plus judicieuse pour mettre en scène des...
Gilgamesh

Gilgamesh

« La fin du monde marque le début d'une nouvelle humanité », tel est le postulat de départ de Gilgamesh . Si ce thème cher à la science-fiction ne cesse d'alimenter le cinéma en nanar ou, plus rarement, en curiosité à découvrir ( Southland Tales ), l'animation japonaise aime également exploiter le filon de différentes manières. Sortie la même année, Texhnolyze offrait un...
Arachnophobie

Arachnophobie

L’araignée est sans doute l’animal qui caractérise le mieux une phobie, car elle demeure une peur universelle. Très tôt, le cinéma s’est approprié l’idée. Cependant, les métrages en question jouaient davantage la carte du catastrophisme, comme le démontraient Earth Vs The Spider ou Tarantula . Pour l’époque, le résultat s’avérait assez sensationnel tout en se...
Milo sur Mars

Milo sur Mars

Adapté d'un livre pour enfants de Berkeley Breathed , ce nouveau film du réalisateur de la sous-estimée Machine à explorer le temps version 2002 se présentait sous les meilleurs auspices: une histoire intéressante, un budget de 150.000.000$ pour la porter à l'écran, un réalisateur habitué à l'animation, le talent du studio de Robert Zemeckis ImageMovers Digital , et des acteurs sympathiques...
Salvation

Salvation

On ne compte plus les films qui mettent en scène un astéroïde qui menace la vie sur la planète. En parallèle des incursions les plus connues ( Deep Impact , Armageddon et consorts), le sujet a fait la joie de nombreux téléfilms et autres DTV bon marché. La teneur même de telles intrigues nécessite un traitement dynamique et tendu, prompt à jouer sur la fibre du spectaculaire qui vibre...