Voir la fiche complète du film : Frankenweenie (Tim Burton - 2012)

Frankenweenie

Frankenweenie renoue avec les premiers amours de Tim Burton. Si l'on ne remet pas en cause l'ambiance, l'histoire aurait gagné à s'affranchir des exigences made in Disney. Toutefois, l'on est en présence d'un film d'animation aux qualités évidentes et injustement boudé par le public.
Publié le 18 Novembre 2013 par Dante_1984Voir la fiche de Frankenweenie
8
Canidé
Avec Alice au pays des merveilles, Tim Burton avait refroidi bon nombre de ses fans et des amateurs de l'histoire originale. Le film n'était pas forcément mauvais, mais l'association de l'illustre cinéaste à celui de Lewis Carroll avait de quoi faire rêver. Mais les plus grandes attentes sont parfois synonymes de déconvenues magistrales. La déception était au rendez-vous devant un produit léché, mais aseptisé et surtout en deçà de nos espérances. Après un Dark shadows tout aussi inconstant (comprenez grand public et moins axé sur la poésie macabre), Tim Burton semblait sur la pente descendante.


Wouf !

À l'instar de l'année 2005 où il sortit consécutivement Charlie & la chocolaterie et Les noces funèbres, l'année 2012 voit donc se profiler deux métrages du type responsable de certains des plus beaux chefs d'½uvre du septième art. Personne ne l'ignore, Frankenweenie est à la base un court-métrage qui a lancé la carrière de Tim Burton avec Vincent. Déjà, l'on contemplait le potentiel de son univers macabre et son talent pour narrer les plus sombres poésies. On pourrait croire que cette transposition en film d'animation trahit clairement un manque d'inspiration de son géniteur. Toutefois se serait un préjugé malvenu, surtout avant d'avoir vu Frankenweenie.

La qualité des films d'animation de Tim Burton n'a jamais faibli. Pourvu d'un cachet singulier et unique, tant dans la technique que l'histoire ou l'atmosphère, on a toujours eu droit à des oeuvres de haute volée. Les premières minutes posent les bases d'un travail exemplaire. La technique du stop motion ne vieillit absolument pas et dispose d'un charme tout particulier. Il ne s'agit peut-être que d'un détail, mais ce choix permet un rendu moins froid et austère que les images de synthèse. Le côté artisanal s'en retrouve grandement valorisé et communique avec une fluidité accrue les émotions présentes.


Je vois l'avenir dans les crottes de mon chat.

Le scénario est similaire à celui de 1984 en y ajoutant moult péripéties en sus. En cela, la trame se veut assez convenue (surtout si l'on est familier du court-métrage), mais recèle quelques brillants hommages aux références cinématographiques et littéraires qui ont inspiré Tim Burton tout au long de sa carrière. On retiendra principalement les films de Vincent Price, Dracula ou, bien entendu, Frankenstein. Une palette de clin d'½il toujours bien intégrée et jamais opportuniste. Mais Frankenweenie est pour son metteur en scène, l'occasion d'une petite rétrospective sur l'ensemble de sa filmographie.

L'on retrouve les thèmes chers à son auteur tels que la différence, la mort ou le rejet. De fait, on y décèle un peu d'Edward aux mains d'argent (autre chef d'½uvre qui évoque le roman de Mary Shelley) dans ce Frankenweenie. Son héros, les mœurs du quartier enclavées dans un carcan de bienséance. Qui plus est, l'aspect gothique renforcé par le noir et blanc est, à mon sens, un choix des plus judicieux pour servir les propos avancés et conférer au film une identité marquée. L'atmosphère sépulcrale est donc au rendez-vous avec son lot de facéties macabres (le poisson invisible, monsieur Moustache...).


Une fiancée qui a du chien.

À cela, on ne peut que s'extasier face aux protagonistes. Pour une fois se sont les seconds rôles qui ont la part belle avec des physiques, certes disgracieux, mais qui accentue le côté bizarroïde et inquiétant de l'½uvre. Entre le petit obèse, le bossu, la jeune fille au chat avec ses yeux en boule de billard ou le costaud aux faux airs du monstre de Frankenstein, on les retient aisément. Les protagonistes sont, quant à eux, un peu plus « banals ». Victor et Elsa restent intéressants dans leur caractère, mais ils sont moins marqués (et marquants) de par leur place de héros au sens propre du terme.

Au final, Frankenweenie est un retour aux sources salvateur pour son créateur. Nanti d'une ambiance gothique sombre à souhait, d'une animation appuyée par un contraste de noir et blanc soigné, la version 2012 du célèbre court-métrage montre que Tim Burton n'a rien perdu de son talent. Même si on est loin d'un incontournable, on ne comprend pas le flop du film au niveau commercial. Certes, production Disney oblige, le Happy-end est de circonstance (ce que l'on regrettera), le scénario aurait peut-être pu s'affranchir d'une certaine prévisibilité, mais le résultat général est plus que satisfaisant. Il en ressort un moment poético-macabre délectable.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Heartless
**Attention, cette critique contient des spoilers.** Depuis la mort de son père, Jamie Morgan vit seul avec sa mère dans un modeste appartement situé dans les quartiers pauvres de Londres. Solitaire et réservé, à cause d'une tache de naissance en forme de coeur parcourant une grande partie de son visage, il fréquente peu de gens, hormis sa famille. Passionné de photographie, il sillonne les rues...
Avalanche Sharks : Les dents de la neige
En général, les requins massacrent des jeunes étudiants décérébrés durant la saison estivale. L'occasion de dénuder de belles donzelles et de faire valoir leurs atouts pour le moins gonflés n'y est pas étrangère. Autre raison plus pratique : les requins sont des poissons et évoluent donc dans l'eau, chaude de préférence. Cette évidence peut prêter à sourire, mais elle paraît...
Boa vs. Python
Les animaux dangereux sont une source inépuisable d'inspiration pour un bon nombre de scénaristes. Il est vrai que les bestioles avec de grandes dents ou du venin ont de quoi effrayer, comme on a pu le constater avec des films comme Les Dents de la Mer ou encore Lake Placid , voire Arachnophobia . Bref, les bébêtes venimeuses ou possédant plusieurs rangées de dents peuvent contribuer à faire des...
Dracula 3D
L'adaptation entreprise par Dario Argento pour le grand écran du célèbre roman de Bram Stoker est un ratage quasi complet. C'est un constat qu'il faut faire d'emblé si l'on veut pouvoir en tirer un peu de satisfaction, refusant d'accepter totalement le bourbier progressif dans lequel, celui que l'on nomma autrefois "le maître de l'horreur", s'empêtre plus profondément avec chacun de ses derniers...
Black Christmas
Le Black Christmas de Bob Clark est considéré par les spécialistes, contrairement à une croyance populaire répandue qui veut que ce soit le Halloween de Carpenter, comme le père fondateur du slasher (avec la Baie Sanglante ). Il faut dire que tous les futurs ingrédients de ce sous-genre mal-aimé s'y trouvaient déjà et ce, deux ans avant que le Michael Myers de Big John débarque sur les écrans...