Voir la fiche complète du film : Gilgamesh (Masahiko Murata, Tomokazu Tokoro, Takashi Shichijôji - 2003)

Gilgamesh – Critique

Gilgamesh
Gilgamesh souffre d'un rythme trop lancinant pour conserver l'attention du spectateur, ainsi que de personnages peu attachants. Malgré une prise de risque évidente sur l'univers graphique, un anime assez conventionnel dans son évolution.
Publié le 9 Décembre 2013 par Dante_1984 · Voir la fiche de Gilgamesh

« La fin du monde marque le début d'une nouvelle humanité », tel est le postulat de départ de Gilgamesh. Si ce thème cher à la science-fiction ne cesse d'alimenter le cinéma en nanar ou, plus rarement, en curiosité à découvrir (Southland Tales), l'animation japonaise aime également exploiter le filon de différentes manières. Sortie la même année, Texhnolyze offrait un monde post-apocalyptique impitoyable et désespéré. Plus récemment, l'on songe au déjanté Gyo - Tokyo fish attack et sa faune marine qui envahissait les rues de Tokyo. Si les exemples suscités ne sont pas exempts de défauts, il en découlait des ½uvres en marge des normes actuelles. Gilgamesh s'inscrit-il dans ce registre ?


La planète bleue a grise mine.

Il est vrai que le pitch de départ penche en ce sens. Une expérience scientifique est détournée pour créer un attentat d'ampleur mondial. Connu sous le nom de Twin X, cet événement recouvre la Terre et le ciel d'une couche nuageuse magnétique qui rend incapable l'utilisation d'appareils électroniques. Accessoirement, il reflète le sol tel un miroir (le procédé rappelle Upside Down, mais en moins développé). L'on suit donc Kiyoko et Tatsuya qui semble être la cible de deux groupes ennemis aux pouvoirs télékinétiques : les Gilgamesh et les enfants de la comtesse de Werdenberg. Dès lors, on dispose d'un scénario intéressant et recherché qui démontre une volonté évidente à se démarquer de la concurrence.

On brouille les pistes de départ avec une séquence d'introduction passablement mystérieuse et une première approche des personnages au c½ur de l'action. Toutefois, l'intrigue montrera rapidement des signes de faiblesse. La progression pâtit d'un rythme en dent de scie où se succèdent de manière aléatoire affrontements, conversations, compromis et choix. Si le récit demeure compréhensible, l'ensemble s'avère confus et inconstant sur la longueur. Les épisodes ne peuvent être pris indépendamment les uns des autres. Aussi, il est laborieux d'assister au quotidien de l'hôtel Providence alors que le monde s'effondre.


Sonate pour la fin du monde.

Outre quelques rapprochements faciles (et niais) entre certains protagonistes, on observe surtout un groupe de jeunes enfants en pension qui découvrent, de temps en temps, la vie à l'extérieur. Certes, la dernière partie dévoile les pans obscurs de leur passé, mais cela n'aide pas vraiment à rattraper les multiples errances du scénario. Dans l'écriture, le procédé se montre habile et toutefois dénué de surprise au vu de ce qui fut amorcé. Le fait de s'appuyer sur l'épopée de Gilgamesh demeure assez flou. En dépit des citations et autres références, le véritable lien avec le célèbre récit s'effectuera dans les messages véhiculés. Notamment sur la quête de l'immortalité en arguant la nécessité de l'évolution et la disparition d'une humanité agonisante.

Les moyens mis en ½uvre pour y parvenir ne sont pas en reste. L'on décéléra (surtout dans la dernière ligne droite) des propos eugénistes au service d'idées misanthropiques qui cache en réalité une quête de pouvoirs et de toute puissance. On ne reviendra pas sur une éventuelle polémique que ce genre de discours peut véhiculer, mais l'on aurait aimé cette profondeur sous-jacente présente dès le début et non dans les ultimes épisodes. Un autre aspect prometteur de Gilgamesh était de s'affranchir de tout caractère manichéen. Étant donné les réactions des personnages, il est difficile de distinguer les bons des mauvais. Ainsi, l'on pouvait opter pour l'un des camps en fonction de nos attentes.


L'enfer est pavé de bonnes intentions... Le Paradis aussi...

Or, cette optique brinquebalante favorise les enfants de la comtesse en diabolisant les Gilgamesh, même si leurs manières restent très courtoises, à tout le moins sans animosité particulière. Là encore, l'originalité de départ cède la place à un choix nettement plus conventionnel. L'intérêt décroît crescendo et n'aide pas vraiment à s'identifier aux protagonistes, handicap supplémentaire face à un character design très spécial (mais nous y reviendrons plus tard). Ainsi, on ressort avec un nombre d'intervenants conséquents, mais qui s'entrecroisent dans un chaos lancinant. Les interactions sont mal maîtrisées, pas assez crédibles et un peu trop théâtrales lors de séquences dramatiques. À noter que le final en laissera plus d'un perplexe et sceptique.

Il reste un point sur lequel on ne s'est pas attardé : l'animation. Alors que le manga est reconnu pour accentuer les émotions pour mieux les communiquer, on remarque, non sans un certain étonnement, que Gilgamesh proclame le contraire sans le moindre complexe. Les faciès demeurent impassibles en toute circonstance (également pendant les combats) et parviennent avec de grandes difficultés à se dérider. Il n'y a aucune lueur d'expressions dans le regard, la gestuelle ou même un simple sourire qui se penche sur les lèvres. Si c'est le cas, les traits deviennent caricatures ou déformés de telle manière que les personnages ne disposent d'aucune présence, aucun charisme. En somme, ils restent froids, presque inhumains.


Le ciel soit loué !

On retrouve ces dessins grossiers dans l'environnement avec une animation très statique. On n'hésite pas à user de certaines astuces comme les images fixes ou des cadres curieusement vides pour combler les carences. À petite dose, cela confère une dimension artistique supplémentaire. Utilisée à chaque coin de rue, la mise en scène en souffre et ne parvient pas à créer une ambiance digne de ce nom. Les rues sont désertes, pas très vivantes et l'on se sert de plans pour plusieurs séquences (l'effondrement des immeubles). L'emploi de couleurs ternes et de contrastes assez pauvres renforce ce constat plus qu'il n'installe une atmosphère gothique et désespérée.

Au final, on reste assez mitigé concernant cet anime. D'un côté, nous avons une histoire de départ immersive qui n'hésite pas à prendre des risques en brouillant les cartes, mais le rythme presque apathique et certains choix scénaristiques plombent ces bonnes intentions. Le fait d'opter pour un visuel à contre-courant est louable et demeure acceptable pour le cadre (même si on a parfois l'impression que l'anime possède encore un pied dans les années 1990). En revanche, les protagonistes se montrent trop inexpressifs pour susciter la moindre empathie chez le spectateur. En dépit de ses qualités certaines, on se retrouve avec une série inégale, longue et mal maîtrisée sur le plan narratif. On parle beaucoup trop plus que l'on agit.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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