Voir la fiche complète du film : Goal of the Dead (Benjamin Rocher, Thierry Poiraud - 2014)

Goal of the Dead

Une comédie horrifique française en deux mi-temps qui ne déçoit pas. Sans pour autant renouveler le cinéma de genre français, Goal of the dead apporte sa pierre à une production malmenée en proposant un spectacle généreux et drôle.
Publié le 5 Mars 2014 par LaurentVoir la fiche de Goal of the Dead
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Zombie

On dit souvent que le film de genre français est mal aimé, pas assez soutenu (notamment par les aides publiques), puis boudé par les spectateurs. Des affirmations malheureusement vraies au regard des films sortis en salles ces dernières années. Livide de Julien Maury et Alexandre Bustillo, La Traque d'Antoine Blossier, Le Village des ombres de Fouad Benhammou ou encore La Meute de Franck Richad, voilà quelques tentatives d'incursions de films français dans le genre qui n'ont pas vraiment percé au box-office, aucun de ces films n'ayant attiré plus de 30 000 spectateurs. Loin de nous de faire un état des lieux de la production de film de genre “Made in France” mais si l'on se contente d'analyser les faits, force est de constater que ces films n'ont bénéficié que de budgets très serrés (moins d'un million d'euros) et ont eu au moment de leur sortie en salle très peu d'écho auprès de la presse alors que des longs-métrages comme Insidious, Conjuring ou Paranormal Activity (et toutes ses suites !) ont allégrement dépassé le million d’entrées. La Horde, co-réalisé par Benjamin Rocher, sorti en février 2010, avait pourtant bénéficié d'une distribution confortable (près d’une centaine de copies dans nos contrées) et d'une mise en avant plus imposante que ses aînés, mais avait péniblement conquis 60 000 spectateurs en salles. Heureusement, le film a plutôt bien fonctionné en vidéo et à l'étranger, à l’instar de Haute Tension, Frontière(s) ou A l’intérieur.


Samuel Lorit, face à son destin...

Le distributeur Luminor a donc décidé de prendre le contrepied de ce bilan et choisi de sortir avec Goal of the dead (première et deuxième mi-temps) de la configuration habituelle de la chronologie française des médias. Traditionnellement, un film sort en salles puis après une vie plus ou moins longue à l'affiche (enfin, surtout très courte pour les films d'horreur français), est exploité en DVD, VOD et Blu-ray quatre mois plus tard, avant d'être diffusé un an après par la chaîne payante qui l'a pré-acheté (en l’occurence Canal +).  Pour le film de Benjamin Rocher et Thierry Poiraud, Luminor a cette fois-ci pris le pari d'une exploitation en salles limitée, composée de projections “premium” à travers la France avec l'équipe de film et ponctué à l'entracte d'animations et de diffusions de fausses bandes-annonces; la "vraie" sortie restant celle du DVD en juin prochain, soit pile-poil durant la coupe du monde. Un faux "direct-to-DVD" donc, motivé à la fois par des raisons financières (une sortie en salles coûte très chère) et des raisons marketing. La première du film a eu lieu ce jeudi 27 février 2014 au cinéma les 3 Luxembourg à Paris (où il sera programmé tous les jeudis de mars) et se poursuivra ensuite dans plusieurs salles en province (notamment à l’Absurde Séance de Nantes ou Bloody Week-end à Audincourt).
Si l'on met de côté cette stratégie, qu'en est-il du film, ou plutôt des films ?

Car Goal of the dead est un film en deux parties, Benjamin Rocher assurant la réalisation du premier volet et Thierry Poiraud, la seconde partie. Le premier s'affranchit ainsi de son comparse Yannick Dahan avec qui il a co-signé La Horde et le deuxième revient enfin au cinéma, dix ans après le très étrange Atomik Circus et la réalisation de nombreux spots publicitaires. Dans la première mi-temps, nous suivons l'arrivée du club de football de l'Olympique de Paris venu disputer un match de coupe contre l’équipe de la petite ville de Caplongue, a priori une simple formalité selon les journalistes (joli caméo de l’équipe du Canal Football Club). Sauf que les habitants de Caplongue ne l'entendent pas de la même façon et comptent réserver un accueil musclé à leur adversaire, en particulier à l'ancienne gloire de l'équipe locale, Sam Lorit, parti il y a 17 ans chez l'ennemi parisien. Et c'est bien sûr sans compter l’incursion d'un de ses anciens coéquipiers transformé en enragé qui va pour le moins perturber le match.


Bon, bah c'est quand la troisième mi-temps ?

Goal of the dead allie donc football et zombies - même si l’on préférera le termes d'enragés ou contaminés puisque les créatures, essentiellement les spectateurs du match qui se contaminent en se vomissant dessus, cherchent davantage la violence que la viande fraîche. Troisième ingrédient et non des moindres: la comédie, car Goal se veut également drôle, et le réussit plutôt bien, avec en référence évidente et assumée par les auteurs Shaun of the Dead et Bienvenue à Zombieland qui avait réussi en leur temps le mélange délicat entre comédie et film d'horreur. Un projet forcément casse-gueule pour Rocher, Poiraud et leur pool de scénaristes au vu d’un cahier des charges qui se doit de doser avec équilibre humour et purs moments d’horreur.
Autant le dire tout de suite, le contrat est assez bien respecté même s’il faut attendre la fin de la première mi-temps pour assister à un premier climax riche en action et en gore. Benjamin Rocher n’oublie pas néanmoins de faire monter crescendo la tension en jouant beaucoup sur la suggestion (la transformation de Jeannot, l’attaque des électriciens) même si l’on reste parfois sur sa faim. Les différents effets visuels (aussi bien les maquillages que les effets spéciaux, heureusement très discrets) servent l’action, notamment dans la seconde partie, où Thierry Poiraud quant à lui ne lésine pas sur le gore bien que certains plans paraissent assez poseurs (les headshots au ralenti notamment). Mais dans l’ensemble, on en pour notre argent; en tout cas, le budget du film -une nouvelle fois très serré- semble avoir été dépensé efficacement. La production n’a également pas lésiné sur la figuration en réitérant l’appel aux fans fait lors du tournage de La Horde. Si l’intention est louable, les plans de masse manquent là aussi cruellement de tension et de sentiment de danger et l’on retrouve même quelques défauts du film pré-cité (pourquoi les créatures s’arrêtent-elles toujours pour contempler leurs victimes avant de les attaquer ?)


Heu... j'ai du me tromper de vestiaire...

Au casting, pas de réelles têtes d'affiche mais des acteurs solides, la majorité venant de la télévision. A leur tête, Alban Lenoir (vu dans des séries comme Hero Corp ou Lazy Company) campe un footballeur proche de la retraite qui découvre l'animosité de sa ville natale. Autour de lui, on pourra citer le jeune Ahmed Sylla, issu du stand-up, qui interprète un joueur de Paris talentueux mais terriblement prétentieux; ses réparties font souvent mouche et l'on se prend à rire franchement lors de ses répliques. Bruno Salomone (Fais pas ci, fais pas ça) s'en sort également très bien dans le rôle d'un agent arrogant qui se frotte à l'entraîneur de l'équipe joué par Patrick Ligardes. Dans le reste du casting, on trouve Charlie Bruneau et Tiphaine Daviot qui vont rejoindre ce joyeux groupe dans leur lutte contre les supporters enragés. Des comédiens qui ont donc pour la plupart une expérience dans l’humour et assurent donc le volet comédie du diptyque. Certaines joutes verbales sont très bien amenées sans pour autant tomber dans de l’humour trop franchouillard à la Kamelott par exemple. Autour d’eux, une armadas de personnages secondaires tout aussi caustiques : les “ultras” de Caplongue, le caméraman macho, le supporter souffre-douleur… La galerie des personnages gravitant autour du milieu de football est complète et chacun en prend pour son grade.

Si les films ont été volontairement produits comme deux longs-métrages distincts, il serait improbable de ne pas les voir à la suite (hors génériques - qu’il ne faut pas rater ! -, le programme complet dure un peu plus de deux heures), tant les deux parties sont complémentaires. Sans pour autant présenter le film de Benjamin Rocher comme une introduction au second volet, il faut avouer que c’est davantage dans le film de Thierry Poiraud que se passe la majorité de l’action, même si on lui reprochera une scène finale moins impressionnante que celle de la première mi-temps. L’ensemble du film est rythmé sans réel temps mort et réserve son lot de rebondissements.

Au final, Goal of the Dead est une comédie horrifique qui ne déçoit pas et réussit le pari de mêler les deux genres. On émettra toutefois une réserve sur l’aspect footballistique, qui sert davantage à poser le contexte (et à critiquer le système actuel) que pour nous montrer des passages de jeux d’anthologie. Les séquences de foot sont malheureusement trop peu lisibles et certains effets à la “Oliver & Tom” sont un peu brouillons. Mais peu importe, le film se joue surtout sur les à-côtés (les affrontements houleux entre l’agent et l’entraîneur) les off (la difficulté d’être une femme journaliste). Et pour paraphraser certaines pépites de joueurs, on sort de la salle en ayant pris du plaisir sur le terrain, le sentiment du travail accompli et content d’avoir ramené les trois points. Franck Ribery aurait même dit après avoir vu le film : “Je pense que j’espère que le film marchera !”. Et c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

A propos de l'auteur : Laurent
Portrait de Laurent

Webmaster/bidouilleur/rédac' chef d'Horreur.net. J'ai créé Horreur.net en juin 2000 à une époque où il n'existait pas de sites français accès sur le genre "horreur", en proposant critiques de films et news régulières.

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