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Godzilla (2014)

Ce second remake américain de Godzilla donne un niveau de vraisemblance jamais vu au monstre japonais. C'est pourtant une déception sur le plan du récit et un film de propagande qui dissimule un message douteux.
Publié le 13 Juin 2014 par OeilsansvisageVoir la fiche de Godzilla
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*** Attention spoilers ***

Godzilla, célèbre monstre du cinéma japonais. Godzilla et ses nombreuses suites. Godzilla et ses remakes américains.

 

Godzilla 1954

Godzilla en 1954


En 1998, Roland Emmerich offrait sa première conversion occidentale au lézard géant en le transposant de Tokyo à Manhattan. L’ambition de cette superproduction était notamment de renouveler l’image du monstre en lui donnant une apparence plus réaliste que ce qu’il était dans la franchise japonaise : une marionnette en caoutchouc évoluant dans des maquettes enflammées. Si la version d’Emmerich était en partie calquée sur King Kong, le reptile remplaçant le singe dans l’ascension d’un gratte-ciel, ce cru 2014 tente de renouer avec ses origines nippones.

 

Godzilla en 2014

Godzilla en 2014


Godzilla est souvent perçu comme une métaphore des bombardements nucléaires qui mirent fin à la seconde guerre mondiale. Après le générique où il est incrusté dans des images d’archives d’essais nucléaires des années 50, la scène d’introduction montre un incident survenant dans une centrale nucléaire japonaise qui engendre sa destruction et la contamination du périmètre alentour. Cela vous rappelle quelque chose ? Un ingénieur américain y perd sa femme mais décide de rester sur place pour faire des recherches, doutant de la version officielle. Quinze ans plus tard, son fils devenu militaire revient des Etats-Unis pour le chercher à la sortie d’un séjour en prison, coupable de s’être introduit dans la zone interdite entourant la centrale. On apprend bientôt que l’accident fut provoqué par un parasite qui avait élu domicile près du réacteur car nécessitant des radiations pour son développement. Mais surprise!, contre toute attente, il ne s’agit pas de Godzilla mais d’un papillon géant tout aussi menaçant.

Le cocon du parasite au coeur de la centrale dévastée


Cette mise en contexte apparaît comme une représentation grotesque de la tragédie de Fukushima. La façon dont les américains se réapproprient un tel évènement pour le mettre en scène dans un film fantastique et délirant, seulement trois ans après les faits, frôle l’indécence (ou la surpasse totalement) ! Godzilla va quand même entrer dans la partie pour affronter l’autre bestiole. Du coup, c’est plus précisément du côté de Godzilla VS Mothra, une des plus fameuses suites de la série, que se situe ce remake. Le héros va alors tenter de retourner chez lui à San Fransisco pour retrouver sa petite famille mais, par une heureuse suite de hasards, il va systématiquement se retrouver au cœur de l’action, au point d’être responsable d’une grande partie du sauvetage de la population. Impossible d’échapper aux considérations insipides de la morale américaine symbolisée dans les actes héroïques du personnage principal, lui-même voué à l’identification du spectateur. Sa route le mène toujours au bon endroit au bon moment, c’est-à-dire là où sont les monstres. Car si tout ce beau monde se rend aux Etats-Unis après un détour par Hawaï, c’est parce que le papillon géant va à la rencontre de sa congénère femelle, secrètement retenue en Arizona, afin qu’ils puissent se reproduire et engendrer une menace encore plus terrifiante. C’est donc à un Godzilla VS Mothra & Mothra que nous avons à faire, ce qui laisse relativement peu de place à Godzilla.

Notre héros peut se permettre de sauver les enfants des autres en plus du sien!


Au milieu de ce grand bazar, les hommes doivent lutter pour leur survie face à ces prédateurs redoutables. Leur puissance destructrice est telle que l’armée ne voit d’autre solution que d’avoir recours aux frappes nucléaires. Ils n’en auront finalement pas besoin puisque Godzilla va se révéler être le sauveur de l’humanité qui, après avoir terrassé ses deux adversaires, s’en retourne gentiment au fond de l’océan. Mais ce qu’il y a de pire réside encore autre part : c’est la représentation de l’armée américaine et de son rapport à la population qui donnent à ce Godzilla une portée politique inquiétante. A l’heure où le « Patriot Act » permet aux autorités américaines de détenir sans limite et sans inculpation n’importe quel citoyen sur son sol, le film agit comme un exemple montrant comment il faut se comporter lorsque l’état d’urgence est décrété. Cela se traduit par une soumission inconditionnelle aux forces armées. Le comble de la manipulation se produit lorsque l’inscription FEMA, l’autorité chargée de la sécurité intérieure en cas de catastrophe naturelle ou d’attaque terroriste, apparaît sur les vestes des médecins et des soignants - bienfaiteurs objectifs - mais jamais sur celles de la police. L’image volontairement erronée que donne le film de la FEMA vise à justifier son action et du même coup à renforcer le maintien du « Patriot Act » qui est loin de faire l’unanimité chez l'oncle Sam.

 

Malgré sa sympathie pour le genre humain, Godzilla participe aussi à la destruction des décors 


Malgré ce tableau déjà bien noirci, quelques points positifs subsistent. Ils résident dans ce pourquoi on voit le film : Godzilla. Celui-ci est calqué sur le modèle du monstre original du film de 1954 mais remit au goût du jour grâce aux images numériques dernière génération. La bête se déploie dans toute sa splendeur et le niveau de vraisemblance apporté à son allure générale est impressionnant. Son hurlement caractéristique est également reproduit à partir de l’original, haut en valeur ajoutée et pour notre plus grand plaisir. Si 75% du récit se concentre sur les personnages voués à l’identification du spectateur, la bonne nouvelle est que les plus belles images se produisent principalement lors des apparitions de Godzilla. La plus marquante est certainement celle où il anéantit son dernier opposant en lui crachant son feu bleuté dans la gorge.

 

Le papillon géant terrorise la population, heureusement que Godzilla est là!


Godzilla cuvée 2014 n’est pas le film que ses bandes annonces laissaient entrevoir. C’est un film catastrophe typique qui accumule tous les clichés négatifs associés aux productions type Michael Bay / Roland Emmerich : enchaînement des péripéties pas crédible, personnages caricaturaux, scènes d’actions impressionnantes mais pauvrement mises en scènes et une bonne dose d’idéologie fascisante déguisée en balade familiale. C’est un film de propagande subtile (ou pas) comme Hollywood sait bien les faire. Il ne faut pas sous-estimer la portée de ces films (World War Z en est un autre exemple criant), vues par des millions de spectateurs, usant des modes de représentations auxquels s’identifient la masse et justifiant les dérives autoritaires au nom du bien commun. Le périple du héros se termine dans un immense stade où les sinistrés reçoivent de l’aide et qui rappelle fortement les évènements d’une autre tragédie bien réelle : ceux de l’ouragan Katrina dont les victimes avaient trouvé refuge dans le Superdome de la Nouvelle Orléans. Contrairement à ce que montre le film, dans le chaos laissé par le passage de l’ouragan, plusieurs personnes s’étaient fait abattre par la police pour avoir volé dans des magasins, les secours peinant bizarrement à arriver jusqu’à eux. Dans la réalité américaine il n’y a ni monstres géants, ni hordes de zombis hystériques, très rarement des terroristes mais souvent des hommes abattus par la police.

 

Après un dur combat, la bête s'en retourne au fond de l'océan


Difficile de se contenter du spectacle offert par ce choc des titans, tant la violence et la vulgarité du message subliminal viennent gâcher la fête. On peut encore rêver d’un Godzilla « ultime », confectionné par les japonais avec des moyens équivalents à ceux déployés par Hollywood.

 

 

 

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