Voir la fiche complète du film : I Spit on Your Grave (Steven R. Monroe - 2010)

I Spit on Your Grave

Parfois nauséabond mais souvent intéressant sur le plan horrifique, le film ne peut laisser indifférent, et c'est ce qui le rend attractif...
Publié le 31 Août 2012 par AqMEVoir la fiche de I Spit on Your Grave
8

Avant de commencer cette critique, je me dois de vous dire que je n'ai pas vu l'original, Day of the woman, et que mon jugement ne va donc porter que sur cette adaptation, ce remake. Alors oui, il s'agit d'un remake, mais celui-ci est porteur d'un sujet presque tabou.
En effet, il s'agit d'un Rape and Revenge, c'est-à-dire d'un viol, souvent collectif, suivi d'une revanche de la victime.
Beaucoup dirons que c'est un scandale de produire et de faire ce genre de film, mais il faut avouer que parfois le message sous-jacent est plutôt intéressant et ne fait pas dans le glauque et le pathos, malgré des personnages abjects. Il suffit de regarder le remake de La dernière maison sur la gauche pour s'apercevoir que parfois, ce genre si décrié est plutôt bien fichu. Mais ce remake-ci est-il aussi bon que le remake du film de Craven ? Le film est-il porteur d'un message ou d'une défense précise ? Et vous, que feriez-vous dans une telle situation ?


Elle te fait envie ma grosse batte ?

Très souvent, les scénarios de ce genre de film sont d'une simplicité ahurissante et on est à la limite de l'abrutissement. Cela étant, les histoires les plus simples peuvent aussi faire de bons films, et l'histoire d'une jeune fille qui se fait violer, puis qui décide de se venger pose la question sur la vigilance et sur la notion de rendre justice soi-même. Ce film n'échappe pas à la règle du scénario basique, mais il faut avouer qu'il va chercher un peu plus loin, notamment dans le traitement des personnages et des violeurs.
En effet, plutôt que de proposer des jeunes décérébrés un peu consanguins sur les bords, on préfère ici nous montrer des jeunes gens frustrés par leur vie campagnarde et qui espèrent sortir de leur misère. Le problème survient lorsqu'une jolie et jeune écrivaine de la ville vient s'isoler dans une cabane pour écrire son roman et se moque de l'un d'eux. Pour ces trois jeunes, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Ils vont franchir la ligne. La jeune femme va passer un sale quart d'heure, mais ne compte pas en rester là.
Le réalisateur s'attache à montrer que ces jeunes gens, et notamment le shérif ont une vie à côté de ça et que le fait de tuer une personne ou même de violer quelqu'un est presque une chose normale, mal, mais normale. Et je trouve que ce côté humain des méchants est à la fois gênant, mais diaboliquement bien mis en place.

L'autre gros point fort du film, c'est l'ambiance purement malsaine qui s'en dégage et cela dès l'introduction. On ressent vraiment l'aspect borderline des gens du coin et on ressent aussi la déchéance sociale qui les entoure. Tout suggère la misère et l'Amérique profonde. Que ce soit dans les décors, souvent miteux, insalubres ou sauvages, ou dans les personnages, allant du jeune grossier et stupide au vieillard sympathique mais légèrement sénile en passant par le shérif, tête pensante et ayant une légère propension pour le respect par la violence. Notre héroïne fait assez tâche dans ce décor, mais c'est le but du réalisateur, montrant un contraste volontairement grossier pour signifier les écarts de mode de vie ainsi que les écarts de mode de pensées. D'ailleurs, le spectateur le ressent aussi, car l'héroïne nous semble profondément antipathique de prime abord, à cause de son allure et de sa façon de faire, alors que les jeunes locaux semblent maladroits, mais plutôt drôles. L'inversion des rôles se fait progressivement et nos sentiments vont vite s'inverser aussi.


Un bon bain à la soude et on n'en parle plus !

Le pire dans ce film, c'est que les acteurs assurent. Bien évidemment, c'est Sarah Butler, l'interprète de la victime, qui a le rôle le plus marquant. Assez énervante au début, elle va devenir par la suite touchante, en victime bien malgré elle, puis on va la trouver hallucinante en tueuse sans pitié. Donnant une prestation sans faille et provoquant des émotions ambivalentes, elle ne peut laisser indifférent. Dans un autre registre, on a le shérif du fil, absolument génial dans son rôle de salaud de première. L'acteur s'en donne à c½ur joie et son personnage est surement le plus travaillé du film. Ayant une vie de famille et cachant le viol à sa femme et à sa fille, il demeure le protagoniste le plus abject et son physique colle parfaitement au personnage. Pour les trois jeunes, c'est tout pareil. Parmi le quatuor, on remarquera la prestation de Chad Lindberg en handicapé mental qui suit ses compagnons bien malgré lui (mais pas tant que ça) et qui le joue à la perfection. Le gros balourd voyeur est lui aussi parfait dans son rôle tout comme le meneur ou celui qui se prend pour un beau gosse.
Bref, au niveau du casting, c'est un sans-faute qui donne une vraie crédibilité à l'histoire et à sa plausibilité.

Le seul problème dans ce film, outre l'histoire assez glauque (mais si réaliste) et la question sur se faire justice soi-même, c'est la violence latente des exécutions et le plaisir coupable que l'on prend à voir les sales types se faire dézinguer les uns après les autres. Parce qu'il faut dire que cela est très inventif et foutrement bien foutu. C'est bien simple, chaque meurtre correspond à un méfait que ces salopiots lui ont faire subir.
Non contentes d'être inventives, les mises à mort sont sales et bien gores. Et en plus, c'est bien fait, chose étonnante pour un DTV. Bien évidemment des passages sont plus insoutenables que d'autres, comme le viol, qui est très réaliste, mais aussi le meurtre celui du meneur, particulièrement dur ou encore celui dans la soude, puisqu'il souffre à petit feu. Le problème, c'est que l'on prend un malin plaisir à voir ces meurtres, mais la fin me semble inadéquate. En effet, je peux comprendre le fait de faire justice soi-même, d'ailleurs, je ne serais pas loin de faire la même chose, mais le plan final demeure trop ambigu.


Yoh, mec, t'as vu son cul ?

Au final, I Spit on Your Grave reste un film ambigu et assez malsain. On sera subjugué par les acteurs, l'inventivité des meurtres et la réalisation, mais on sera forcément décontenancé par le plan final qui suggère quelque chose de bizarre et qui laisse un gout amer dans la bouche. Loin de faire l'apologie de la féminisation, avec une affiche putassière, le film ne dénonce pas grand-chose et prône la justice par soi-même. Parfois nauséabond mais souvent intéressant sur le plan horrifique, le film ne peut laisser indifférent, et c'est ce qui le rend attractif.

Autres critiques

Sur le Fil du Scalpel - Jack's Back
On ne compte plus les adaptations cinématographiques sur Jack l’Éventreur. S’il a bel et bien existé, l’histoire est parvenue à en faire un mythe entouré de mystères aussi insondables que sa véritable identité. Parmi les productions existantes, il y a celles qui tentent une approche réaliste et celles qui jouent la carte du pastiche avec pour seule préoccupation le profit...
The Traveler: le Justicier des Ténèbres
La déchéance, c'est vraiment quelque chose de moche. Prenez Val Kilmer , par exemple. Son talent est indéniable et reconnu par tous. Du moins, il l'était au temps de sa splendeur. Top Gun , Willow , Les Doors , Heat , L'ombre et la Proie , et j'en passe, tous témoignent de sa qualité d'interprétation. Malheureusement, si son talent est connu de tous, il en va de même pour son...
Big Bad Wolves
Un père de famille entreprend de venger sa fille en infligeant au meurtrier de cette dernière les mêmes tortures qu’il lui a fait subir. Au-delà de la simple vengeance, le but est aussi de lui faire avouer l’endroit où il a enterré la tête de l’enfant. Dès sa scène d’ouverture, Big Bad Wolves est marqué par la confusion qui ressort de l’action : trois hommes en malmènent un quatrième en l’...
The  Coffin
Pour le critique de cinéma, il existe en gros trois catégories de films : ceux qu'il a beaucoup apprécié et sur lesquels il y a beaucoup à dire, ceux qu'il a détesté et sur lesquels il y a également beaucoup de choses à raconter et puis il y a la dernière catégorie: ceux qui laissent indifférent. C'est celle-là qui donne le plus de fil à retordre au critique consciencieux et désireux...
Ghost Rider : L'esprit de Vengeance
Le retour du Rider avec sa grosse moto enflammée et sa tête de carbonisé pas frais, vous l'attendiez avec impatience, hein, bande petits coquins ? Comment ça, non ? Je vois ce que c'est, vous pensez encore à Mark Steven Johnson ... mais rassurez-vous, braves gens, le réalisateur du premier opus n'est plus de la partie. A la place, vous aurez droit aux deux barjots derrière les Hyper Tension ...