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Gran Torino – Critique

Gran Torino
Le dernier film en date de l'ami Clint Eastwood, avec la casquette d'acteur-réalisateur, est un film coup de poing, énergique et poignant, à découvrir d'urgence.
Publié le 1 Janvier 2008 par GORE MANIAC · Voir la fiche de Gran Torino
Attention: des spoilers figurent dans cette critique.

Walt Kowalski, un vétéran de la guerre de Corée, acariâtre et raciste, vient de perdre son épouse. Assistant, avec une rage difficilement contenue, au comportement mesquin des membres de sa famille durant les obsèques, il n'a qu'une hâte : être enfin seul ! Mais il va faire peu à peu la connaissance des ses voisins, une famille Hmong en proie à de nombreux problèmes.

Légende vivante du Septième Art depuis sa rencontre avec le cinéaste Sergio Leone dans les années 60, qui fera de lui la figure de proue du western spaghetti, Clint Eastwood a rapidement compris que la mise en scène lui permettrait tout d'abord d'apporter une autre dimension à son sempiternel antihéros solitaire (du Manchot à Dirty Harry en passant par Preacher et William Munny), puis ensuite de suivre des envies plus intimistes, abordant des thèmes moins manichéens dans divers genres.

Dès son premier métrage derrière la caméra, Un Frisson dans la Nuit (1971), il casse son image de héros et propose des personnages plus ordinaires et fragiles, auxquels se rattacheront bon nombre de spectateurs. Après avoir égalé, voire surpassé Leone dans le genre qui le rendit célèbre, le western (L'Homme des Hautes Plaines, Pale Rider, Impitoyable), Clint Eastwood s'attaqua plus tard à un vaste projet, pas simple et surtout risqué au premier abord, celui de dévoiler un autre visage de l'Amérique, moins souvent abordée dans le cinéma hollywoodien. Bronco Billy et surtout, le crépusculaire Honkytonk Man prouvait déjà l'énorme talent de cinéaste de Clint, qui brisait son statut de héros invulnérable en jouant un musicien de country pauvre, alcoolique, solitaire et malade, qu'on retrouve d'ailleurs dans le portait de Walt, le personnage central de Gran Torino. Possible dernière prestation de Clint devant une caméra, Gran Torino peut être considéré comme le film testament d'un cinéaste entré désormais dans le cercle restreint des vraies légendes d'Hollywood.

Kowalski n'a rien d'un homme charmant. Aigri par une guerre qui l'a marqué à vie, fatigué, isolé et gravement malade, il est plutôt détestable, à l'image du quartier dans lequel il réside, dernier blanc à fréquenter un endroit démuni, principalement habité par des familles d'origine mhong. Finalement, Walt se découvrira plus d'accointances avec ces gens qu'avec sa propre famille. Avec Gran Torino, Eastwood s'attaque ici à de nombreux thèmes forts comme la solitude, la vieillesse, la mort, le racisme et la violence.

Les deux premiers sujets sont surtout mis en avant par le personnage de Walt, que Clint interprète avec un brio et une humilité sans failles, incarnant avec génie un homme ordinaire confronté à de nombreux drames, et qui n'apprécie pas forcément l'image qu'on a de lui (celle d'un héros de guerre un peu soupe au lait. Comme dans Honkytonk Man ou Impitoyable, le héros d'Eastwood est plus un animal tentant de sauver sa peau contre ses congénères qu'autre chose. "Manger ou être mangé", telle pourrait être la devise de Walt, qui se rapprochera de ceux qu'il voyait comme des ennemis depuis la guerre.

La guerre continue. Les uniformes, les armes et les embuscades sont différents, mais l'objectif est le même, survivre en faisant respecter ses arguments. Ici, Eastwood évoque les guerres de gangs dans les quartiers sordides et les communautés étrangères à travers le portrait de deux enfants d'origine asiatique, qui arriveront à redonner foi à un vieillard morcelé par la vie, et par des souvenirs peu reluisants de sa guerre, celle dont on ne parle pas dans les journaux, qui se vit de l'intérieur.

Cette guerre, Walt la finira aux Etats-Unis, au détour d'une ruelle glauque, une nuit, dans un final qui ne fera que renforcer le sentiment général émanant à la sortie de la séance d'un tel film : fort, émouvant, brut, intense, magistral.

Sans fausses notes, rythmé, doté de seconds rôles attachants et marquants, drôle et corrosif, mais aussi touchant et filmé de manière simple et censée, Gran Torino fait partie de ces films qui donne encore envie de fréquenter les salles obscures, et qui confirme que le Cinéma est avant tout un Art dans lequel le grand Clint Eastwood figure en très bonne place.

GORE MANIAC
À propos de l’auteur : GORE MANIAC

J'essaie de partager ma passion pour un cinéma méconnu, mais qui mérite incontestablement qu'on s'y arrête !

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