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Jupiter : Le destin de l'univers – Critique

Jupiter : Le Destin de l'Univers
Une œuvre de science-fantasy qui fait s’entrechoquer les ambitions démesurées des Wachowski aux limites narratives d’un blockbuster simpliste et surfait. Loin d’être dans la continuité de Cloud Atlas, ses multiples errances sur le fond et sur la forme en font son antithèse.
Publié le 28 Janvier 2018 par Dante_1984 · Voir la fiche de Jupiter : Le Destin de l'Univers

Certains réalisateurs ne cessent de se partager entre une communauté d’inconditionnels et les détracteurs de tout poil. Aussi chaque sortie de films est l’occasion de susciter une polémique plus ou moins vive et justifiée. À la fois décriés et encensés, les Wachowski ont multiplié les échecs commerciaux et parfois critiques depuis la conclusion de leur trilogie Matrix. Quel que soit l’avis que l’on nourrit à leur égard, il faut leur reconnaître un cinéma particulier, non dénué d’ambitions et d’exubérances stylistiques. Cloud Atlas étant la parfaite illustration d’une vision complexe et audacieuse. Avec Jupiter Ascending, les réalisateurs reviennent à une science-fiction plus calibrée pour le marché des blockbusters.

La reine des (c)ruches ?

Beaucoup moins alambiquée que leur précédent métrage, cette orientation simplifie grandement la ligne directrice de l’intrigue. Et ce n’est pas forcément le scénario qui prête à quelques soucis d’appréciation. L’extrapolation de la place de l’homme dans l’univers rejoint certains propos évoqués dans Matrix. On retrouve notamment cette propension à dépeindre une réalité à plusieurs facettes qui rend notre monde autrement plus fade en connaissance de cause. L’idée conceptuelle de la science-fantasy offre d’intéressantes pistes narratives à suivre dans l’espace et dans la genèse d’une histoire antédiluvienne qu’on devine dense.

Sur ce point, l’on reconnaît bien la démesure des Wachowski avec l’évocation d’infinies possibilités dans un cadre tout aussi vaste. En ce sens, la mythologie qui gravite autour des différents protagonistes et des planètes développe une toile de fond crédible. Au cœur des préoccupations s’entremêlent des rivalités intestines, des problèmes géopolitiques à échelle galactique et de sombres trafics. Le procédé n’est pas sans rappeler de grandes sagas. On songe d’ailleurs à un curieux amalgame entre Star Wars et Game of Thrones. Curieux,car les références sont belles et bien présentes, mais n’aboutissent pas forcément à une évolution cohérente et pleinement assumée.

Jupiter : terminus de ce vaisseau. Tout le monde descend !

Car au-delà de ces considérations, la profondeur de cet univers contraste avec des enjeux aux intérêts très limités. Contrer les velléités des uns pour sauver la Terre tout en faisant obstacle à la quête de pouvoir des autres. Ce manichéisme se confirme avec une entame sous forme de conte de fées désenchanté où l’Élue est une femme de ménage immigrée. On pourrait presque croire à une version intersidérale de Cendrillon mouchetée de quelques allusions à La belle et la bête. Car l’aspect romantique occupe une part non négligeable de l’intrigue. Il s’appuie sur la relation des deux personnages principaux. Tous deux rejetés pour leur différence et, par extension, leur statut social.

Ajoutons à cela une progression linéaire qui, au lieu de concentrer la pertinence de l’histoire sur une durée moindre, multiplie les péripéties à tour de bras. Certes, l’ensemble fait preuve de dynamisme et de volonté, mais cela paraît bien vain au regard de la qualité des affrontements. On veut en mettre plein la vue tout en contentant le quidam avec une bonne dose d’action décérébrée. Le résultat inconstant renie toute forme d’héroïsme et de grandiloquence au profit d’un traitement pompeux, presque invraisemblable au regard de certaines situations où tout semble désespéré. On souffle donc le chaud et le froid avec une certaine propension à la complaisance.

Il n'y aurait pas comme un lézard ?

Un constat identique pour l’approche graphique. De fabuleuses idées et une imagination débordante côtoient certains effets désuets où l’absurdité prend le pas sur la contemplation. Au niveau des panoramas, de l’architecture des vaisseaux et des technologies employées, on tient là une représentation intéressante et harmonieuse par rapport à ce qui est avancé dans l’intrigue. En revanche, les costumes, les maquillages et certaines créatures font tache, renvoyant le métrage des Wachowski dans les tréfonds d’un esthétisme rétro, loin d’être du meilleur goût. Là encore, les atouts et les faiblesses cohabitent sans que les uns prennent le pas sur les autres.

Au final, Jupiter Ascending est à l’image de ses réalisateurs. Une contradiction presque permanente où les fulgurances d’une mise en scène débridée vont de pair avec des délires narratifs et graphiques complètement farfelus. Le récit mélange les genres en oubliant de soigner ses enjeux. Les personnages sont pour la plupart inconsistants, tandis que la richesse visuelle s’affuble de codes surannés qui empêchent d’apprécier la qualité du travail entrepris. Ce n’est donc pas avec cette histoire que les Wachowski rassembleront les foules. Au contraire, le fossé se creuse entre leurs admirateurs et leurs détracteurs. Un film de science-fiction qui pêche par son inconstance et une trame simpliste hautement prévisible.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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