Voir la fiche complète du film : L'Exorcisme de Hannah Grace (Diederik Van Rooijen - 2018)

L'exorcisme de Hannah Grace

Un film qui parle de possessions démoniaques sans suivre le schéma habituel. Une idée qui a de quoi susciter l’intérêt, surtout au vu d’une photographie pêchue et un esthétisme valorisant la froideur des lieux. Il est d’autant plus regrettable de se confronter à de nombreuses errances sur le plan narratif, jouant sur l’approximation scénaristique et l’appréhension du sujet. Les manifestations, elles, se révèlent assez redondantes dans leur finalité.
Publié le 9 Mars 2019 par Dante_1984Voir la fiche de L'Exorcisme de Hannah Grace
6
Hôpital

Que l’on parle d’exorcisme ou de possession, le sujet fait les beaux jours du cinéma de genre depuis les années1970. En marge de la saga de William Friedkin, les productions se sont essayées à de nombreuses itérations avec un résultat plus ou moins convaincant. Sous forme de found footage (The Devil Inside, Le dernier exorcisme...) ou de métrages classiques (Possédée, L’exorcisme d’Emily Rose...), les codes restent néanmoins similaires. On songe à une symbolique religieuse particulièrement prégnante, la sempiternelle confrontation entre le bien et le mal, mais également cette propension à introduire le paranormal dans les strates d’une réalité très rationaliste.

Avec un tel titre et une entame tout aussi évocatrice, L’exorcisme d’Hannah Grace semble s’inscrire dans cette droite lignée de films un rien traditionnel et conservateur dans leur appropriation du thème. Et les premiers instants mettent immédiatement dans l’ambiance avec une séquence d’exorcisme qui, en d’autres circonstances, serait le point d’orgue de l’histoire et non son commencement. De fait, on peut s’attendre à un retour en arrière ou un quelconque subterfuge temporel pour découvrir les tenants de l’affaire. Or, Diederik Van Rooijen se détourne sciemment de l’habituel schéma narratif pour attaquer son scénario sous un angle différent.

En cela, on ne peut que saluer ce choix risqué qui prend à contre-pieds les a priori des spectateurs. Pour accentuer le clivage, on situe l’action dans une morgue dont le décorum est aussi grandiloquent qu’écrasant. Le lieu est un personnage à part entière tant il joue un rôle prépondérant pour développer une atmosphère oppressante. La solitude du protagoniste, quelques éléments perturbateurs et presque autant de silences pesants contribuent à rendre le cadre assez glauque. Cela sans compter sa fonction première pour remiser des cadavres en plus ou moins bon état, comme l’atteste la curieuse dépouille d’Hannah Grace.

Seulement, on se heurte à plusieurs problèmes dans son traitement. À commencer par une gestion du rythme indolente qui se focalise uniquement sur l’attente de manifestations dérangeante. Là encore, les éclairages automatiques des larges corridors s’allument en détectant des mouvements. En lieu et place d’une utilisation parcimonieuse, l’astuce est ici surexploitée à tel point d’amalgamer présence matérielle et surnaturelle. Un choix sans doute volontaire, mais l’effet suggéré s’étiole à force de répétitions outrancières. Quant aux jumps-scares, ils ne sont pas forcément de circonstances et, au vu de leur prévisibilité, ce n’est pas un mal.

On notera également quelques approximations au niveau du scénario. Certains passages tendent sciemment à perdre le spectateur dans des considérations spatiales et temporelles impossibles. Pour autant, ceux-ci trouvent une justification plutôt originale et assez bien amenée pour présenter un cas de possession démoniaque. Néanmoins, il est à regretter l’absence d’attention portée sur des éléments clefs, comme l’apparente invulnérabilité de Megan face au démon. Il y a bien un indice, mais rien qui s’affirme par la suite. De même, les assassinats s’avèrent violents et «tendus», mais ils sont répétitifs; eu égard à la fâcheuse manie d’Hannah Grace d’écarteler ses victimes jusqu’à briser leurs os.

Au final, L’exorcisme d’Hannah Grace présente un avis partagé. Là où son titre et son entame sont trompeurs, on découvre une évidente originalité de proposer un métrage différent des habituels films de possession. Pour cela, l’environnement reste bien exploité et sa démesure presque théâtrale offre une scène inédite pour le sujet. Pour autant, l’histoire n’est pas aussi maîtrisée qu’elle le laisse paraître. Il est à déplorer des problèmes de rythme récurrents qui s’attardent trop sur des passages anecdotiques et manquent de répondant pour des séquences essentielles. Les propos sur l’exorcisme, un rien cathartique pour notre protagoniste, sont détournés par un ton très psychanalytique. Il n’en demeure pas moins un fond assez banal dans ce qui est avancé. Preuve en est avec un épilogue bâclé. Du potentiel, mais perfectible à certains égards.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Happy Birthday : Souhaitez ne jamais être invité
Une bande d’amis – qui aiment s’appeler le « top dix » - sont confrontés à un tueur qui les a pris pour cible. Le plus troublant est que ce psychopathe semble les connaître. Se cacherait-il parmi l’un d’entre eux ? Habitué de grandes productions, dont certaines d’entre elles font figure de classique ( Les canons de Navarone , Les nerfs à vif …), Jack Lee Thompson s’essaye à un genre en vogue dans...
Space Battleship : L'Ultime Espoir
En France, Leiji Matsumoto est synonyme d' Albator et des dérivés de son univers. Normal, tant les aventures du corsaire de l'espace ont marqué une génération. C'est cependant loin d'être la seule œuvre majeure de M. Matsumoto et j'en veux pour preuve l'épopée du Yamato qui compte de nombreux films et séries. Cette saga, injustement méconnue chez nous, mérite pourtant le détour et le film de...
Day, The
**Attention, cette critique contient quelques spoilers.** Suite à une catastrophe qui a décimé la population, un groupe de cinq survivants sillonne le pays, en quête de nourriture et d'un abri. Ils restent toutefois sur leurs gardes, n'étant pas les seuls humains affamés. Réalisateur jusqu'ici réputé pour des oeuvres mineures (un tristounet Highlander : Endgame et Animals , énième variation sur...
La Victime - The Victim
Attention, cette critique révèle certains éléments qui peuvent amoindrir l'impact de l'intrigue. Encore un film de fantômes asiatiques? Oui, mais Thaïlandais et celui-ci est différent des autres. Ici, point de fillette maléfique avec des cheveux trainant jusque par terre ou de petit garçon blanc (ou bleu selon les films). Non, dans The Victime , il s'agit d'un fantôme tout ce qu...
Dracula 3D
L'adaptation entreprise par Dario Argento pour le grand écran du célèbre roman de Bram Stoker est un ratage quasi complet. C'est un constat qu'il faut faire d'emblé si l'on veut pouvoir en tirer un peu de satisfaction, refusant d'accepter totalement le bourbier progressif dans lequel, celui que l'on nomma autrefois "le maître de l'horreur", s'empêtre plus profondément avec chacun de ses derniers...