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Lake Placid - L'héritage – Critique

Lake Placid : L'héritage

Plus un reboot qu’une suite, Lake Placid – L’héritage effectue un retour aux sources du survival animalier pour un résultat honnête. Loin du catastrophisme exacerbé de ses prédécesseurs, la trame principale reste cohérente et globalement distrayante. Bien que perfectible sur la forme, un effort notable dont le ton « sérieux » tranche avec les habituels délires scénaristiques du genre.

Publié le 7 Octobre 2018 par Dante_1984 · Voir la fiche de Lake Placid : L'héritage

Quand on se penche sur le passif de la saga Lake Placid, on retient surtout un premier métrage réjouissant au possible. D’ailleurs, on peut même le considérer comme l’un des meilleurs (et trop rare) films de crocodiliens de ces deux dernières décennies. Presque vingt ans après sa sortie, on en est à trois suites toutes plus abominables les unes que les autres et un crossover des plus affligeant avec Anaconda. Nul doute que la réputation de la franchise a du plomb dans les pattes pour mieux croupir dans les fonds marécageux des bayous. Au vu de ses ratés successifs, l’attente d’un nouvel opus n’était pas forcément espérée. C’était sans compter la manne providentielle que suscite ce type de produit. Et pourtant, le constat est beaucoup moins amer qu’escompté...

On est tombé sur une dent !

Peut-être est-ce à un changement de production ou la présence de Darrell Roodt, déjà responsable du très sympathique Terreur dans la savane. Par la même, l’angle d’approche s’éloigne des délires complètement stupides et improbables de ses prédécesseurs par un traitement relativement soigné et respectueux du spectateur. Une fois n’est pas coutume, on évite de sombrer dans la facilité en s’affranchissant des clichés de circonstances. On oublie les jeunes donzelles en bikini et les bodybuilders du dimanche avec le cerveau d’un moustique. Exit également la petite communauté indissociable de l’histoire originale pour effectuer un retour aux sources du survival animalier.

À savoir, un groupe d’aventuriers plongé dans un environnement hostile où sévit une bestiole vorace. Cela peut paraître simple et linéaire, mais cette approche traditionnelle se révèle efficace sur bien des aspects. À commencer par une montée en tension progressive et un panel de personnages moins agaçants qu’à l’accoutumée. S’il est évident que le couple en tête d’affiche (Katherine Barrell et Tim Rozon) vole la vedette au crocodile, le duo n’en demeure pas moins crédible, quitte à effacer de leur présence le reste du casting. Ceux-ci persistent davantage dans une caractérisation basique. En somme des faire-valoir ou plutôt des amuse-gueules pour le croco.

Big Croco is watching you !

Dans les premiers instants, les compétences d’explorateurs urbains des protagonistes peuvent paraître antinomiques dans un cadre naturel. Toutefois, celles-ci sont intégrées au cœur de l’intrigue avec la découverte d’un complexe scientifique désaffecté. Bien que le scénario ne soit pas de première fraîcheur, il a le mérite de rester cohérent et de proposer une trame autrement plus intéressante que le village en proie à des difficultés économiques où le malheur frappe également les rares touristes et investisseurs. Au regard du nombre de changements sur le fond, on est donc davantage enclin à penser à un reboot de la franchise plutôt qu’à une véritable suite.

Toutefois, ces bonnes intentions sont minées par plusieurs maladresses. On songe surtout au crocodile qui est trop discret jusqu’au dénouement. Au vu des effets spéciaux douteux, ce n’est pas peut-être pas un mal. Entre une gueule reproduite en animatronique et des images de synthèse bancales, les trucages ne semblent pas avoir évolué depuis le deuxième volet. Aussi, les subterfuges pour y remédier vont des hors-champs assez fréquents à une photographie favorisant les tons écarlates. Les effets gores sont, quant à eux, sommaires et prêtent à peu de conséquences. Les attaques sont trop vite expédiées pour vraiment convaincre.

Un petit bisou en guise d'adieu ?

De fait, on sent une certaine frustration de susciter la présence d’une créature vorace, sans pour autant concrétiser de manière explicite ses assauts. Certes, le budget modeste y est sans doute pour beaucoup, mais cette dissimulation presque permanente nous éloigne quelque peu du sujet. On regrette également que l’exploration du cadre ne soit pas assez équilibrée. Les personnages se contentent de quelques marches fortuites au cœur de la forêt, tandis que le complexe bas de plafonds et aux couloirs étroits ne semblent pas gêner les incursions du crocodile, n’en déplaise à son gabarit et ses 15 mètres de long. Une échelle qui n’est que rarement représentative de sa taille réelle.

Au final, Lake Placid - L’héritage s’avère une modeste surprise en son genre. Bien loin des exactions auxquelles nous avait habitués la franchise depuis sa première suite, le film de Darrell Roodt revient aux poncifs du survival animalier avec entrain. On notera un effort évident et louable pour fournir une intrigue potable, une tête d’affiche crédible et surtout un traitement plus soucieux de son public. Il persiste néanmoins des écueils indéniables sur la forme. À commencer par des échanges binaires ou un environnement pas suffisamment exploité à sa juste valeur. De même, il aurait été appréciable que la présence de l’animal ne se cantonne pas à quelques apparitions sporadiques avant le dernier quart d’heure. Mais pour cela, il aurait fallu revoir le budget à la hausse...

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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