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Le rituel – Critique

Le rituel

Outre un excellent travail d’adaptation qui tire le meilleur parti du roman d’Adam Nevill, Le rituel est un film à l’ambiance oppressante, offrant une excursion en forêt éprouvante et immersive. Au cœur d’un cadre délétère, presque protéiforme dans les menaces qu’il sous-tend, ce survival âpre s’attache aussi à proposer des protagonistes crédibles et à fournir des justifications probantes teintées de surnaturel.

Publié le 10 Novembre 2018 par Dante_1984 · Voir la fiche de Le rituel

Qu’il s’agisse de littérature ou de cinéma, se faire un nom dans le domaine horrifique n’est guère chose aisée. Des écrivains intemporels tels que Graham Masterton, Clive Barker, James Herbert ou Stephen King occupent une place essentielle dans la démocratisation et la réussite du genre. Parmi les «nouveaux» auteurs à l’excellente réputation, on peut évoquer Christopher Golden (Snowblind) ou encore Adam Nevill à qui l’on doit la présente histoire. Bien qu’assez référentiel dans ses allusions et sa structure, son roman se distingue par une ambiance oppressante, une caractérisation crédible et un cheminement pour le moins éprouvant. Son adaptation cinématographique parvient-elle à hériter de ses qualités?

Souvenir de Suède !

Quand on transpose un livre à l’écran (petit ou grand), on peut craindre l’occultation de certains pans narratifs, à tout le moins une édulcoration de ce qui le définit. Les contraintes budgétaires, ainsi que la durée du métrage et d’autres problématiques se heurtent bien souvent au texte de base. En cela, le film de David Brückner s’arroge de modestes libertés, non pour cadrer avec le format du long-métrage, mais pour gommer quelques scories. On songe notamment à la présence du groupe de jeunes, amateurs de black metal, qui passent à la trappe pour un développement plus cohérent avec l’atmosphère générale. À savoir, offrir un dénouement en adéquation avec la mythologie scandinave.

Comme son homologue littéraire, Le rituel tend à s’avancer dans les contrées inhospitalières du survival (et pas forcément animalier, quoique...). Les sentiers sont balisés à l’extrême, à tel point qu’une approche novatrice paraît vaine. En ce sens, les clichés et les poncifs s’avèrent autrement plus délicats à contourner. Toutefois, le prétexte de base se tient et la progression, bien que fortuit initialement, est réellement convaincante. Sans doute est-ce dû à une caractérisation soignée, où les protagonistes possèdent un réel background et des personnalités qui les éloignent sensiblement des caricatures propres au genre. L’empathie et la sollicitation du spectateur sont d’autant plus concrètes et pertinentes.

Et de ses excursions folkloriques...

L’évolution reste nuancée et réaliste dans un environnement parfaitement retranscrit. La densité des arbres, l’agencement général de la forêt ou encore la présence incongrue, presque profane, d’habitations humaines... Tout concourt à instaurer un climat oppressant où la démesure de la nature renvoie paradoxalement à une sensation de claustrophobie. L’absence de repères couplée à une habile mise en scène accentue le sentiment de perdition, ne sachant trop où commence et où se termine cette étendue sauvage. Quand le brouillard se lève enfin ou que le panorama l’autorise, c’est pour mieux suggérer des préoccupations d’autant plus inquiétantes.

Au regard de la thématique principale et de l’environnement, il est facile de rapprocher Le rituel au Projet Blair Witch. On songe également à cette appréhension de la nuit et la vulnérabilité que l’obscurité inspire. De même, la présence de symboles runiques et d’artefacts propres à la sorcellerie, à tout le moins des rites anciens, accentue le sentiment de malaise. Néanmoins, les deux métrages sont foncièrement différents tant dans leur traitement que dans leur évolution. En l’occurrence, le film de David Brückner équilibre la part de suggestion et les séquences explicites, mêlant habilement les divagations cauchemardesques des personnages au cadre de la forêt.

... où l'on s'immisce dans des mystères impénétrables

On notera également un character design à la fois réussi et original pour la «créature». Sans dévoiler son apparence ou sa véritable nature, on apprécie sa capacité à se fondre entre les entrelacs végétaux et les troncs. De jour, comme de nuit, son camouflage concourt à rendre ses attaques et sa présence impressionnantes. Et cela ne tient pas seulement à sa taille formidable, mais aussi à la violence de ses assauts et sa propension à empaler ses victimes à des branches a priori inatteignables pour le commun des mortels. En somme, elle est la parfaite représentation de la sauvagerie incarnée sous toutes ses formes. Ce qui est d’autant plus angoissant quand on y discerne une volonté et une conscience sous ses traits.

Au final, Le rituel est une très bonne adaptation doublée d’un survival maîtrisé. Par le biais d’un traitement méticuleux et d’une intrigue moins linéaire qu’escomptée (le revirement pour amener à la conclusion), le film de David Brückner évite tous les faux pas susceptibles d’enclaver son projet dans le domaine du bis. Avec une parfaite compréhension des mécanismes qui régissent un tel périple, cette production Netflix mêle habilement les différentes menaces pour former un ensemble cohérent, le tout en évoquant quelques rites mystiques inspirés des traditions scandinaves. Une surprise fortement appréciable.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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