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Le scaphandrier – Critique

Le Scaphandrier

En dehors de l’association insolite et improbable qu’il suscite, ce slasher québécois fournit un effort pathétique pour exposer une histoire assommante et une trame poussive. Les codes du genre pointent aux abonnés absents, tandis que le réalisateur privilégie des incursions hors contexte, comme le pullulement d’interviews ternes et vides de sens.

Publié le 1 Décembre 2018 par Dante_1984 · Voir la fiche de Le Scaphandrier

Le slasher est un genre extrêmement codifié dont les seules limites narratives peuvent suffire à l’enclaver à un public de connaisseurs. Il y a bien les modèles et les précurseurs qui peuvent toucher le grand public, mais l’aspect bis, voire Z, a tôt fait de décourager des spectateurs non avertis. En général, le boogeyman ou psychopathe se pare d’un masque ou d’un quelconque accoutrement pour commettre ses méfaits. Le tout cachant une difformité ou une laideur qui effraie davantage les victimes que leur déguisement. Mineur, motard, jardinier, père Noël... Toutes les panoplies semblent avoir été employées au moins une fois. À croire que le genre ressemble à un défilé des Village People! C’était sans compter le scaphandrier...

Encore un qui n'a pas le pied marin !

Au Québec, le cinéma horrifique brille par son absence. Malgré quelques itérations plus ou moins dispensables, comme Sur le seuil, ce type de productions n’est guère plébiscité, encore moins recommandable. Aussi, le film d’Alain Vézina peut être considéré comme une modeste première. L’idée de départ étant ce qu’elle est, on peut néanmoins s’attendre à un métrage distrayant, à défaut d’un thriller maritime foncièrement réussi ou original. Bien que prévisible, l’entame semble confirmer ce constat avec l’exploration d’un bateau fantôme à la dérive. D’une découverte de cadavres assez maladroite, on ira de mal en pis dans une histoire sans fond ni intérêt.

Si l’on veut exploiter un genre, a fortiori le slasher, il convient de respecter à minima ce qui le définit. On ne songe pas forcément aux hordes d’ados pubères qui ornent les tableaux de chasse des tueurs concernés. Le scaphandrier a pour seul mérite de s’en affranchir. Ce n’est pas pour autant que la palette de personnages est à saluer, loin s’en faut. Les caractères sont creusés avec l’efficacité d’une cuillère à café s’attaquant à une dalle béton. On ne peut pas parler de clichés tant ils manquent de reliefs dans leurs motivations ou leurs réactions. Aucun d’entre eux ne suscite le moindre sentiment, pas même un agacement de circonstances au vu de leur apathie.

Est-ce que c'est le costume qui fait le mort (vivant) ?

D’ailleurs, le traitement soporifique de l’ensemble fait se succéder des interviews journalistiques sans cohérence. Des questions vides de sens, des réponses d’une rare vacuité... Non seulement cela n’apporte rien au film, mais cela nuit au bon déroulement des faits avec une répétitivité extrême. Les séquences se suivent et se ressemblent dans un enchaînement où le montage est tout aussi amorphe que la mise en scène. On ne parlera pas de l’ambiance sonore ou de l’interprétation qui sombre dans l’amateurisme. Tout est entrepris pour endormir le spectateur sans autre forme de procès que le manque flagrant d’intérêt du produit. Certes, il y a bien un mobile un peu plus probant que la simple violence gratuite, mais celui-ci débouche sur une conclusion qui fait naufrage avec l’irruption de zombies.

L’on peut également regretter la brièveté des assassinats, la permanence des hors-champs et d’autres artifices pour masquer un budget famélique. Certaines idées sont assez sympathiques, comme le harpon. D’autres sont d’un ridicule consommé. L’on songe principalement à l’anguille électrique qui sert à étrangler une jeune donzelle. On notera quelques effets gores, mais la surabondance d’hémoglobine ne justifie en rien ces rares incursions dans un registre que le réalisateur ne maîtrise absolument pas. L’homme étant bien plus à l’aise dans le domaine du documentaire maritime et les reconstitutions didactiques. Pour le reste, il faut se contenter du minimum syndical et ce n’est pas l’apocalypse Z de naufragés qui viendra inverser la tendance.

Pour une fois que ce n'est pas la faute du requin...

Au final, Le scaphandrier est un slasher qui n’est même pas capable d’assimiler les fondamentaux les plus simples du genre. Privilégiant de laborieuses et interminables interviews sans intérêt, le film d’Alain Vézina souffre d’un rythme lénifiant qui perd le spectateur presque immédiatement. Est-ce dû à une photographie effroyable? Un montage d’une rare indigence? À moins que l’absence de bande-son finisse par achever autant de vaines tentatives pour proposer une production potable? Toujours est-il que les occurrences horrifiques relèvent plus d’une curiosité ponctuelle que d’un véritable prétexte pour s’immiscer dans le cinéma de genre. Il en ressort un film insipide qui se prend malheureusement très au sérieux.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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