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Le Territoire des Ombres - Première Partie : Le Secret des Valdemar

L'ombre de Lovecraft plane sur le manoir des Valdemar. Bien qu'il s'agisse d'une histoire originale, l'influence est évidente tant sur le plan narratif (exploration des zones d'ombre du passé, la mythologie des Grands Anciens...) que sur la volonté à mettre en exergue une ambiance qui confère à la monomanie au niveau des reconstitutions. À tel point qu'il est difficile de trouver des reproches. Bref, on se passionne pour la famille Valdemar et sa demeure. En attendant une suite que l'on espère aussi surprenante...
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Alors qu'une experte en immobiliers évalue une immense demeure familiale, elle disparaît sans laisser de trace. Un détective privé est engagé pour la retrouver. S'il n'est nul besoin de présenter l'oeuvre mythique de Lovecraft dans le domaine littéraire, il est à déplorer que la plupart de ses adaptations cinématographiques soient beaucoup moins incontournables. Exception faite d'une poignée de réalisateurs, aucun n’'est parvenu à retranscrire l'effroyable univers de l'auteur de Providence. Là où l'indicible côtoie l'innommable, là où une éternité de tourments vous attend, là où la folie vous guette insidieusement. Sa force de description n'a d'égal que son imagination tentaculaire. Malgré une vie tortueuse qui ne laissait rien augurer de sa légende, Lovecraft a influencé bon nombre d'artistes à travers le monde (qu'il s'agisse de cinéma, de littérature, de musique ou de peinture).


Bienvenue chez les Valdemar.

Aussi, s'atteler de front à un monument de la culture fantastique peut paraître vain, voire présomptueux. Pour sa première réalisation, José Luis Aleman décide donc de s'inspirer des grandes lignes de la mythologie lovecraftienne au lieu d'adapter une des nombreuses nouvelles de l'écrivain. Si cette liberté prise peut décontenancer de prime abord, elle ne dénature nullement l'oeuvre originelle. La démarche est similaire à celle du jeu vidéo Eternal darkness. L'atmosphère exprime clairement ses influences, mais s'attache sur une nouvelle intrigue. En d'autres termes, il s'agit d'un récit original que le maître de l'épouvante aurait pu écrire lui-même.

Après un générique aux tons sépia ensorcelant, l'histoire ne tarde pas à nous emmener au sein de cette demeure dans le plus pur style victorien. L'architecture du manoir est absolument somptueuse. Les balcons, le porche, la finesse des balustrades, le toit en mansarde recouvert d'ardoise, la végétation grimpante, les détails sont nombreux et ne manquent pas de nous interpeller. La propriété est vaste, mais l'on ressent immédiatement un sentiment d'oppression lorsque l'on franchit les portes. Le mobilier rustique, la démesure des pièces, le raffinement de la cheminée se figent dans le temps. Certes, la poussière et l'obscurité se sont invitées, mais rien, pas même l'agencement environnant n'a été changé depuis leur premier résident. Le manoir Valdemar demeure dans son passé.


Ce nom cache une vie tourmentée.

Cette reconstitution minutieuse se plonge dans une pénombre quasi constante où les habiles jeux de lumière s'amusent des ténèbres. On nous laisse simplement entrevoir le juste nécessaire. La réalisation joue les équilibristes entre le suggestif et le démonstratif avec une maîtrise presque indécente. Jamais une intonation plus forte qu’une autre. La photographie magnifie cette mise en abîme de mémoires douloureuses. Teintes mordorées et chaudes du passé succèdent à la froideur du présent. Le travail se montre naturel, fluide et absolument irréprochable. Un exercice stylisé qui colle parfaitement au récit sans faire étalage des artifices d'usage. Le savoir-faire sans la prétention.

Si la forme est aussi aguicheuse, qu'en est-il du scénario ? Les premières minutes laissent augurer une banale histoire de maison hantée. Seulement, c'était sans compter sur les ramifications insoupçonnées qui se profilent dans les souvenirs de la demeure. La première demi-heure met en avant les événements étranges qui se manifestent au sein du manoir. L'’entame est attirante, immersive et installe les bases d'’une atmosphère angoissante. On se passionne rapidement, sans a priori, mais surtout sans appréhension pour la suite. La narration est volontairement lente et posée pour décrire à la fois lesdits événements, mais aussi pour amorcer une seconde partie qui prend à contrepieds nos attentes.


A gauche, une légende de la littérature fantastique. A droite, un maître de l'occultisme.

En effet, ce simple aparté au sein de la famille Valdemar au XIXe siècle s'avère le coeur de l'intrigue. Dès lors, on délaisse quelque peu le côté horrifique au profit d'un drame familial. Une succession de situations, de coïncidences malheureuses oriente la vie des Valdemar vers la tragédie. Cela peut paraître ennuyeux, mais il n'en est rien puisque chaque séquence trouve sa justification. À cela, il faut compter sur des pratiques naissantes et en vogue à l'époque : l'occultisme. Les séances de spiritisme font la joie d'une bourgeoisie en mal de sensations fortes. La méconnaissance des uns ravit la curiosité macabre des autres. Là encore, la reconstitution du XIXe siècle et des moeurs courantes laissent admiratives. Étant donné que le présent film est le premier volet d'un diptyque, on ne pouvait rêver meilleur choix pour comprendre le passé et s'attacher aux personnages.

À ce titre, le panel de protagonistes est éloquent. La herencia Valdemar brouille les cartes de la fiction en y incorporant des individus plus ou moins célèbres (tout dépendra de vos centres d'intérêt) qui ont existé à la même époque. C'est inventif, original et surtout surprenant. Toujours est-il que leur caractérisation s'avère aussi soignée que le reste. Les différents intervenants sont dissemblables les uns des autres et s'intègrent parfaitement à l'histoire. Aucun n'est laissé pour compte, aucun ne semble un prétexte malvenu pour combler quelques carences scénaristiques comme c'est si souvent le cas. Les acteurs sont impliqués et passionnés par leur rôle. On le serait à moins.


Portrait de famille maudit.

En conclusion, La herencia Valdemar dénote une maîtrise certaine dans le domaine de l'esthétique. La mise en scène soignée accompagne une photographie et une atmosphère travaillée. Le scénario est intéressant à plus d'’un titre et nous permet de vivre le passé et le présent d'une famille tombée en désuétude. Si le réalisateur multiplie les tours de force au niveau visuel, le récit, lui, s'amuse dans un florilège de séquences aussi prenantes et variées que les protagonistes eux-mêmes. Il est intéressant de constater que les lignes de dialogues se ponctuent d'’un vocabulaire et d'expressions à la fois évasifs et exagérés (innommable, ceux dont on ne parle pas...) qui stimulent l'imagination du spectateur comme les écrits de Lovecraft. Un dernier avertissement : au vu du dénouement, vous n'aurez qu'une seule envie, vous plonger dans le deuxième volet.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

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