Les Titans – Critique
Les Titans demeure une formidable réussite dans son registre. Plus drôle, plus inventif et plus attachant que bon nombre d’autres péplums de son époque, il possède une légèreté et une bonne humeur communicatives qui traversent les décennies sans prendre une ride.

Il existe des films qui vieillissent en ne prenant que quelques rides charmantes, et Les Titans fait clairement partie de cette catégorie. Réalisé en 1962 par Duccio Tessari, alors au début de sa carrière (mais déjà auteur de plusieurs films du même genre, notamment The Last Days of Pompeii, ce péplum se distingue immédiatement de la masse des productions mythologiques qui envahissaient les écrans italiens à l'époque par la personnalité de son héros. Car là où beaucoup de ses contemporains misaient avant tout sur les biceps de leur(s) protagoniste(s) et sur l'accumulation de combats spectaculaires, Les Titans choisit une voie plus légère, plus malicieuse et finalement bien plus attachante avec son héros blond un peu benêt.

L'histoire nous plonge dans une Grèce mythologique librement réinventée. Cadmos, roi de Crète, défie les dieux et s'arroge leur place. Persuadé qu'une prophétie annonçant sa chute se réaliser lorsque sa fille tombera amoureuse, il l'enferme loin du monde et gouverne en tyran. Mais les dieux n'ont pas dit leur dernier mot. Ils libèrent alors Crios, un Titan chargé de mettre un terme au règne du despote et de rétablir l'ordre…

Sur le papier, le récit pourrait sembler n'être qu'une aventure mythologique de plus. Pourtant, Duccio Tessari insuffle à son film une personnalité bien particulière, car Crios, incarné par un très jeune Giuliano Gemma, n'est pas le traditionnel colosse à la force surhumaine. Blond, souriant, agile et débrouillard, Crios triomphe davantage grâce à son intelligence et à sa ruse qu'à la puissance de ses muscles. Cette approche apporte immédiatement une fraîcheur inattendue au personnage, ainsi qu’une foule de gags plutôt drôles. On comprend rapidement pourquoi Gemma deviendra l'une des grandes figures du cinéma populaire italien : son charisme naturel illumine l'écran.

L'une des grandes réussites du film réside dans son équilibre délicat entre aventure et humour. Je l’ai dit, les situations comiques sont nombreuses, parfois franchement drôles, mais elles ne sombrent jamais dans la parodie. Tessari respecte profondément l'univers mythologique qu'il met en scène. Les dieux, les monstres et les créatures fantastiques conservent leur dimension merveilleuse tout en cohabitant avec un ton léger et accessible, renforcé par des maquillages forcément datés pour un œil contemporain.
Cela dit, cette alliance fonctionne étonnamment bien et donne au film une atmosphère chaleureuse qui rappelle parfois l'esprit des récits d'aventures pour la jeunesse.

Le scénario s'amuse également à puiser dans de nombreux mythes grecs sans chercher la moindre rigueur historique ou mythologique. Titans, Cyclopes, Gorgones, Enfers, éclairs de Zeus ou encore allusions à la guerre de Troie se croisent dans une sorte de grande orgie de la mythologie antique. Les puristes y trouveront certainement matière à discussion, mais le respect des écrits mythologiques n'est manifestement pas l'objectif recherché.
Le film préfère le plaisir de la narration à la fidélité des sources, et cette liberté contribue largement à son charme (il faut voir cette grotte des enfers où se croisent, entre autres, Sisyphe (poussant éternellement un rocher) et Prométhée (attaché et continuellement dévoré par un aigle)).

D’un point de vue visuel, Les Titans porte évidemment les marques de son époque. Les décors de studio sont souvent visibles et les effets spéciaux apparaissent aujourd'hui naïfs. Pourtant, loin de nuire au spectacle, cette artificialité participe à son identité. Les palais, les grottes infernales et les paysages mythologiques possèdent ce charme artisanal propre aux productions de Cinecittà des années 1960.
La récente restauration haute définition du blu-ray édité par Rimini Editions permet d'ailleurs d'apprécier pleinement la richesse des décors et l'éclat des couleurs. L'image est superbe et redonne au film une jeunesse inattendue.

Certaines séquences continuent même de susciter l'émerveillement. La descente aux enfers conserve une véritable puissance visuelle, tandis que la scène de corrida impressionne encore aujourd'hui tant elle semble avoir été tournée sans les précautions auxquelles le cinéma moderne nous a habitués (autrement dit, un véritable cascadeur s’est confronté au taureau).

Tout n'est cependant pas irréprochable. Le film connaît quelques baisses de régime dans sa seconde moitié. Après un début particulièrement dynamique, le récit marque parfois le pas et certaines péripéties s'étirent un peu plus que nécessaire. Ce léger ventre mou n'est jamais rédhibitoire, mais il empêche sans doute l'œuvre d'atteindre l'excellence absolue.
Il n'en reste pas moins que Les Titans demeure une formidable réussite dans son registre. Plus drôle, plus inventif et plus attachant que bon nombre d’autres péplums de son époque, il possède une légèreté et une bonne humeur communicatives qui traversent les décennies sans prendre une ride.












































































