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Raisins de la Mort, Les – Critique

Les Raisins de la Mort
Dans le wagon d'un train désert, deux amies sont victimes de l'attaque d'un homme défiguré. Même s'il ne s'agit pas de son métrage le plus connu, il peut être considéré comme l'une des oeuvres les plus significatives du maître du fantastique hexagonal.
Publié le 26 Janvier 2011 par GORE MANIAC · Voir la fiche de Les Raisins de la Mort
**Attention, cette critique contient des spoilers.**

Dans le wagon d'un train désert, deux amies sont victimes de l'attaque d'un homme défiguré. L'une d'elle est sauvagement assassinée, l'autre parvient à s'enfuir et cherche refuge aux alentours.

Dix ans après son premier long-métrage, Le Viol du Vampire, Jean Rollin débute avec ce film un second cycle, plus ancré dans une forme de néoréalisme, après une décennie de vampirisme lesbien.
En effet, à la fin des années 70, le cinéma d'horreur a changé de visage depuis quelques années. Le slasher, le giallo et les effets gore ont rendu obsolètes le fantastique baroque et gothique à la Hammer. Dès lors, il n'est pas étonnant que Rollin s'adapte à cette nouvelle mode, en s'attachant toutefois à conserver sa marque de fabrique inimitable.

Les Raisins de la Mort se rapproche beaucoup du Zombie de Romero, sorti la même année. On y retrouve cet aspect radical, pour ne pas dire brutal, Rollin conservant la caractéristique réaliste, l'horreur naissant désormais de notre quotidien de manière inattendue et brusque.
Quand Romero pointe du doigt la société de consommation par le biais d'un centre commercial, Rollin s'articule, lui, autour d'un monde agricole devant s'armer face à de nouvelles valeurs économiques.

Le manque de sécurité adopté dans les vignes, pour une question de rendement, est en effet le point de départ de ce cauchemar rural, à contre-courant des thèmes urbains récurrents à cette époque dans le domaine de l'horreur.
Le titre évoque le roman de John Steinbeck, Les Raisins de la Colère, qui relatait les difficultés d'une famille de fermiers. Ici, le monde agricole, plus isolé que jamais (les paysages désolés de l'Aveyron servant d'enveloppe visuelle au message de Rollin), est surtout confronté à la menace invisible des pesticides, qui finiront par contaminer toute la région.

La scène du train est une base efficace au souhait de Rollin de faire monter crescendo la tension du spectateur, l'absence de musique et le minimalisme des dialogues augmentant notre inquiétude et l'intérêt concernant la maladie dont est atteint le passager muet. La mort de l'amie de l'héroïne est aussi rapide que la transformation de son agresseur, lançant de façon expéditive une fuite vers l'inconnu, tant physique que psychologique, de la part de la survivante.
On retrouve ensuite plus aisément le style narratif de Rollin à travers une série de rencontres surréalistes, principalement la jeune femme aveugle mais aussi la fille et son père infecté. La scène avec ces derniers donne une vertigineuse impression de chute sans fin pour Elisabeth. Marie-Georges Pascal apporte une fragilité émouvante à son personnage solitaire, son regard mélancolique sonnant juste au sein de ce cauchemar brumeux et sans fin.

Même s'il conserve sa fascination pour des décors gothiques (les vieilles pierres ornant les paysages, le brouillard matinal), Rollin change quelque peu de registre du côté des effets-spéciaux, le sang vampirique n'étant plus suffisant pour ses nouveaux monstres.
Le gore sera néanmoins mieux utilisé par le cinéaste quelques années plus tard, avec La Morte-Vivante. La scène de la tête tranchée a pris aujourd'hui beaucoup de rides, tandis que la fourche et le fusil sont des armes mieux exploitées par les responsables des FX.

L'entrée dans le village, constituant le second tiers du film, confronte les infectés à Elisabeth, héroïne vraiment convaincante.
Sa rencontre avec la reine des monstres marque la première apparition de Brigitte Lahaie dans un métrage de Jean Rollin. La robe blanche virginale de l'actrice tranche avec son rôle ténébreux. De même, il s'agit de la seule personne contaminée dont le corps reste vierge de toute trace d'infection. Cette ambiguïté, accentuée par les troublants yeux noirs de Lahaie, permet à Rollin d'ironiser sur l'image trouble de l'actrice, jusqu'ici cantonnée dans l'univers du hard.
Cette première collaboration marquera le début d'un des couples les plus légendaires du cinéma de genre, à l'instar de celui composé par Franco et Romay, Lahaie s'avérant être la parfaite représentation du cinéma poético-érotico-macabre de Rollin.
Son personnage fait référence à celui tenu par Barbara Steele dans Le Masque du Démon (la scène avec les chiens). Comme la sorcière de Bava, Lahaie finira d'ailleurs brûlée, pour le plus grand plaisir de certains moralistes de l'époque, que Rollin raille ici discrètement.

Sauvée par deux survivants, Elisabeth quitte le village et tente de retrouver son fiancé, qui réside non loin de là.
Le dernier tiers du film reste plus conventionnel, le nouveau trio n'étant que peu captivant, jusqu'à un épilogue assez surprenant. En effet, retrouvant son fiancé, lui aussi malade, Elisabeth est confronté à un dilemme.
Le meurtre de son amour par un de ses sauveurs marquera la fin de celui-ci et de son compère dans un final assez éloigné des conventions, mais revenant à la situation initiale, laissant le spectateur dans une expectative salvatrice, prouvant que Rollin reste avant tout l'un des cinéastes les plus en marge du cinéma français.

Film assez unique en son genre, critique savoureuse d'une certaine modernisation du monde rural et de ses possibles dérives, Les Raisins de la Mort se révèle être efficace, sombre et sauvage.
Même s'il ne s'agit pas de son métrage le plus connu, il peut être considéré comme l'une des oeuvres les plus significatives du maître du fantastique hexagonal.

GORE MANIAC
À propos de l’auteur : GORE MANIAC

J'essaie de partager ma passion pour un cinéma méconnu, mais qui mérite incontestablement qu'on s'y arrête !

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