Voir la fiche complète du film : Témoin Muet (Anthony Waller - 1994)

Témoin Muet – Critique

Témoin Muet
Un snuff film en point de départ d'un suspense de bonne facture, dirigé par l'auteur de la suite du légendaire Loup-garou de Londres, avec un témoin aussi déterminé que rusé.
Publié le 1 Janvier 2008 par GORE MANIAC · Voir la fiche de Témoin Muet

Une nuit, en Russie, durant le tournage d'un film, une jeune assistante (Marina Sudina), muette, est enfermée par erreur dans les studios. Alors qu'elle pense trouver de l'aide, Billy assiste à un meurtre en direct.

Les témoins handicapés au cinéma ont toujours permis aux cinéastes les plus talentueux de proposer un climat particulier et idéal pour une progressive montée d'angoisse. D'Hitchcock (Fenêtre sur Cour) à Dick Maas (Issue de Secours), en passant par Michael Apted (Blink) et autres Bruce Robinson (Jennifer 8), les exemples de réussite ne manquent pas. Réalisateur disparate, à qui l'on doit l'étrange suite du Loup-garou de Londres (Le Loup-garou de Paris) et un thriller de bonne facture (Le Coupable), Anthony Waller lançait véritablement sa carrière derrière la caméra avec ce Témoin Muet, dont la première originalité consiste à associer le handicap de l'héroïne, muette, à un sujet encore tabou dans l'environnement du cinéma conventionnel, le snuff film.

D'entrée, l'ambiance délétère du plateau de tournage apporte déjà un aspect série B de la fin des seventies à ce métrage, qui ne pourra qu'intriguer positivement tout nostalgique d'un cinéma d'antan plus abrupt qu'aujourd'hui. Le personnage campé par Marina Sudina, fragile mais rusé, obtiendra très rapidement les faveurs du public. La scène du snuff, brève mais bluffante de réalisme, captive à merveille l'émotion la plus intense de l'être humain : la terreur, qu'on lit nettement dans les yeux de la victime. Ce jeu des regards persistera tout au long du métrage, bien que perdant de sa force au fil des répétitions.

Contrairement à ce que le prologue pouvait laisser entrevoir, Témoin Muet finit par mettre de côté l'horreur pure, se dirigeant vers un suspense que n'aurait pas renié un Brian De Palma de l'époque de Blow Out. L'étouffant huis clos initial cède donc (trop rapidement sans doute) sa place à un polar nocturne doté d'un scénario un peu léger. La recherche d'une disquette mettant en cause un parrain local sert de banal prétexte à un jeu du chat et de la souris entre Billy et les tueurs. Le final, à nouveau orchestré dans le studio des débuts, était logique et attendu.

Entre temps, Waller allège encore, probablement de manière volontaire, le climat oppressant du film, avec le couple d'amis de Billy (et le voisin du dessous), qui brise la mécanique sordide imposée par la scène inaugurale, instaurant un second degré amusant mais artistiquement néfaste. Ainsi, Waller prouve ses limites, ne possédant pas la noirceur nécessaire à la mise en abîme d'un sujet aussi vaste et éprouvant que le snuff. Mais, une fois cette déception légitime effacée, reconnaissons que cette série B inattendue possède bon nombre de qualités, à commencer par le rythme.

Filmé dans peu de lieux, avec un nombre d'acteurs assez réduit, Témoin Muet est avant tout un bel exercice de style, ne souffrant d'aucune baisse d'intensité ou de suspense, bien aidé en cela par le jeu d'une Marina Sudina résistante, mignonne, enjouée et courageuse, qui porte à elle seule ce film de bout en bout. A ses côtés, les autres personnages sont bien troussés, des deux tueurs détestables au couple d'amis sympathique, en passant par le mystérieux policier, faisant un peu oublier les fissures d'un scénario n'évitant pas toujours clichés, lourdeurs et maladresses.

La mise en scène est rythmée, et sait jouer avec nos nerfs, même si certaines scènes sont d'une efficacité moyenne, la faute à un réalisme mis de côté (voir par exemple la scène chez Billy, avec l'intrusion du tueur apeuré par des jets d'objets domestiques).

Bien construit autour de la personnalité atypique du témoin principal, ce long-métrage se présente donc comme un habile suspense, disposant de quelques séquences remarquables (celle du snuff principalement). Ressemblant assez à l'Issue de Secours de Maas, Témoin Muet est une bonne surprise à ne pas négliger, même si Waller n'a pas eu le talent nécessaire, voire la perversité suffisante, pour transformer ce métrage en une descente aux enfers digne de ce nom.

GORE MANIAC
À propos de l’auteur : GORE MANIAC

J'essaie de partager ma passion pour un cinéma méconnu, mais qui mérite incontestablement qu'on s'y arrête !

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