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L'étrange Mr. Slade – Critique

L'étrange Mr. Slade

Une quatrième version de The Lodger plus perfectible que les précédentes en raison d’un traitement frontal et moins subtil. Malgré cette prévisibilité ambiante et un discours sous-jacent relativement discutable, on retiendra une approche psychanalytique de Jack L’Éventreur assez novatrice pour l’époque, sans oublier un casting de choix.

Publié le 27 Mars 2019 par Dante_1984 · Voir la fiche de L'étrange Mr. Slade

Plus que n’importe quel autre média, le cinéma s’est longuement épanché sur l’affaire Jack L’Éventreur. D’Hitchcock à Brahm, la première moitié du XXe siècle aura particulièrement été marquée par les adaptations successives du roman Marie Belloc Lowndes. Cette vision fictionnelle du plus grand cas de l’histoire criminelle contemporaine tente d’humaniser l’assassin. Non pour justifier ses actes en eux-mêmes, mais pour fournir une réponse rassurante à un mystère aussi dérangeant que déstabilisant. En l’occurrence, L’étrange MrSlade reste dans cette mouvance où l’on se focalise sur le tueur en série et non sur les meurtres. Toutefois, on notera quelques divergences par rapport aux autres versions.

Le tueur est à l'affût...

S’il s’inspire du matériau littéraire de base, la trame est quasiment similaire à la précédente adaptation réalisée par John Brahm. Les échanges entre les protagonistes, la suspicion de l’entourage de MrSlade, les sorties nocturnes ou la représentation des pièces de cabaret... Tous ces passages sont repris à l’identique, mais pas forcément avec la même ambivalence suggestive. Car là où John Brahm entretenait le mystère et le doute autour de son personnage, Hugo Fregonese privilégie une confrontation directe un peu trop abrupte pour un tel angle d’approche. Et il n’est nul besoin de connaître l’histoire par avance pour avoir un avis tranché sur la culpabilité ou non du suspect N°1.

En cela, on peut considérer que l’intrigue perd de sa substance, car sa qualité tient grandement à ce suspense et cette inconstance dans les certitudes des protagonistes. Sans doute est-ce dû à l’influence indirecte du contexte politique de l’époque où la guerre froide battait son plein. Entre suspicion et délation, un simple concours de circonstances et un portrait asocial suffisent à faire de l’individu un coupable tout désigné. Qu’importe la vérité. On retrouve ce constat dans une paranoïa ambiante où tous surveillent les agissements de son voisin. En l’occurrence, un point commun avec le tueur, comme un sac noir, peut conduire à un lynchage en règle.

Quelle sera la prochaine victime ?

Si la psychose générée par les meurtres de L’Éventreur peut expliquer ce comportement collectif, il est difficile de faire l’impasse sur le parallèle avec les mœurs américaines des années1950. De ce côté, L’étrange MrSlade semble manquer d’identité. D’ailleurs, la bande-son est curieusement similaire à son prédécesseur. Quant aux décors, ils ont été littéralement repris. Les séquences en intérieur prévalent sur le reste, mais l’on retrouve néanmoins les principaux éléments pour reconstituer le Londres victorien. Fog londonien, ruelles sordides, cabarets et costumes d’époque permettent de retranscrire le contexte, à ceci près que la pauvreté et la crasse environnante sont occultées.

Dans ces circonstances, on pourrait presque parler d’un remake, même avec neuf années d’écart, et non d’une nouvelle adaptation. Pourtant, l’histoire n’a rien d’opportuniste dans le sens où elle étaye sa propre vision de L’Éventreur. Et ce choix passe par un traitement psychanalytique qui évoque le passé du tueur pour tenter d’expliquer ses agissements. L’approche très freudienne joue sur les failles psychologiques du protagoniste pour creuser sa personnalité névrosée, aussi taciturne qu’asociale dans son rapport aux autres, particulièrement aux femmes. C’est véritablement sur ce point et la composition convaincante de Jack Palance que la présente version justifie son existence.

Un visage d'ange qui cache le mobile de Jack ?

Au final, L’étrange MrSlade n’est pas forcément la meilleure adaptation de The Lodger. La progression se calque sur le film de John Brahm, tandis que la culpabilité du principal intéressé ne fait guère de doute dans l’esprit du spectateur. On notera également une économie de moyens en «recyclant» une grande partie des éléments de son prédécesseur; des décors de studio au scénario lui-même. Bien qu’atténuée par ces écueils, l’intrigue reste plaisante à suivre, ne serait-ce que pour apporter un visage et un caractère humains à Jack L’Éventreur. On regrettera simplement que la prise de risques soit minime et que le travail d’Hugo Fregonese ne se distingue pas suffisamment des précédentes versions.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

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