Voir la fiche complète du film : L'étrange Mr. Slade (Hugo Fregonese - 1953)

L'étrange Mr. Slade

Une quatrième version de The Lodger plus perfectible que les précédentes en raison d’un traitement frontal et moins subtil. Malgré cette prévisibilité ambiante et un discours sous-jacent relativement discutable, on retiendra une approche psychanalytique de Jack L’Éventreur assez novatrice pour l’époque, sans oublier un casting de choix.
Publié le 27 Mars 2019 par Dante_1984Voir la fiche de L'étrange Mr. Slade
6
Tueur en série

Plus que n’importe quel autre média, le cinéma s’est longuement épanché sur l’affaire Jack L’Éventreur. D’Hitchcock à Brahm, la première moitié du XXe siècle aura particulièrement été marquée par les adaptations successives du roman Marie Belloc Lowndes. Cette vision fictionnelle du plus grand cas de l’histoire criminelle contemporaine tente d’humaniser l’assassin. Non pour justifier ses actes en eux-mêmes, mais pour fournir une réponse rassurante à un mystère aussi dérangeant que déstabilisant. En l’occurrence, L’étrange MrSlade reste dans cette mouvance où l’on se focalise sur le tueur en série et non sur les meurtres. Toutefois, on notera quelques divergences par rapport aux autres versions.

Le tueur est à l'affût...

S’il s’inspire du matériau littéraire de base, la trame est quasiment similaire à la précédente adaptation réalisée par John Brahm. Les échanges entre les protagonistes, la suspicion de l’entourage de MrSlade, les sorties nocturnes ou la représentation des pièces de cabaret... Tous ces passages sont repris à l’identique, mais pas forcément avec la même ambivalence suggestive. Car là où John Brahm entretenait le mystère et le doute autour de son personnage, Hugo Fregonese privilégie une confrontation directe un peu trop abrupte pour un tel angle d’approche. Et il n’est nul besoin de connaître l’histoire par avance pour avoir un avis tranché sur la culpabilité ou non du suspect N°1.

En cela, on peut considérer que l’intrigue perd de sa substance, car sa qualité tient grandement à ce suspense et cette inconstance dans les certitudes des protagonistes. Sans doute est-ce dû à l’influence indirecte du contexte politique de l’époque où la guerre froide battait son plein. Entre suspicion et délation, un simple concours de circonstances et un portrait asocial suffisent à faire de l’individu un coupable tout désigné. Qu’importe la vérité. On retrouve ce constat dans une paranoïa ambiante où tous surveillent les agissements de son voisin. En l’occurrence, un point commun avec le tueur, comme un sac noir, peut conduire à un lynchage en règle.

Quelle sera la prochaine victime ?

Si la psychose générée par les meurtres de L’Éventreur peut expliquer ce comportement collectif, il est difficile de faire l’impasse sur le parallèle avec les mœurs américaines des années1950. De ce côté, L’étrange MrSlade semble manquer d’identité. D’ailleurs, la bande-son est curieusement similaire à son prédécesseur. Quant aux décors, ils ont été littéralement repris. Les séquences en intérieur prévalent sur le reste, mais l’on retrouve néanmoins les principaux éléments pour reconstituer le Londres victorien. Fog londonien, ruelles sordides, cabarets et costumes d’époque permettent de retranscrire le contexte, à ceci près que la pauvreté et la crasse environnante sont occultées.

Dans ces circonstances, on pourrait presque parler d’un remake, même avec neuf années d’écart, et non d’une nouvelle adaptation. Pourtant, l’histoire n’a rien d’opportuniste dans le sens où elle étaye sa propre vision de L’Éventreur. Et ce choix passe par un traitement psychanalytique qui évoque le passé du tueur pour tenter d’expliquer ses agissements. L’approche très freudienne joue sur les failles psychologiques du protagoniste pour creuser sa personnalité névrosée, aussi taciturne qu’asociale dans son rapport aux autres, particulièrement aux femmes. C’est véritablement sur ce point et la composition convaincante de Jack Palance que la présente version justifie son existence.

Un visage d'ange qui cache le mobile de Jack ?

Au final, L’étrange MrSlade n’est pas forcément la meilleure adaptation de The Lodger. La progression se calque sur le film de John Brahm, tandis que la culpabilité du principal intéressé ne fait guère de doute dans l’esprit du spectateur. On notera également une économie de moyens en «recyclant» une grande partie des éléments de son prédécesseur; des décors de studio au scénario lui-même. Bien qu’atténuée par ces écueils, l’intrigue reste plaisante à suivre, ne serait-ce que pour apporter un visage et un caractère humains à Jack L’Éventreur. On regrettera simplement que la prise de risques soit minime et que le travail d’Hugo Fregonese ne se distingue pas suffisamment des précédentes versions.

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

Fragile
Jaume Balaguero n'est plus un réalisateur à présenter. Reconnu pour son travail avec le terrifiant mais si réaliste Rec , il est devenu le cinéaste de genre à suivre du coté du pays ibérique. Il faut dire que le monsieur a du talent et des idées plein la tête. Toutefois, avant de s'attaquer aux infectés, il a fait, en 2005, un petit passage par la ghost story avec des acteurs américains...
Les Vampires
*Attention, cette critique contient des spoilers* En 1956, à Paris, plusieurs femmes sont retrouvées mortes, vidées de leur sang. Lantin, journaliste, tente de percer le mystère autour de ce tueur surnommé Le Vampire . A une époque encore troublée par l'après-guerre, les films de veine fantastique se font rares en Europe. Se rapprochant également de l'esprit du roman-photo, du film...
Piranha 3D
Attention : Cette critique contient de légers spoilers. La ville de Lake Victoria s'apprête à recevoir des milliers d'étudiants pour le fameux "Spring Break" et les autorités, menées par la shérif Julie (interpretée par Elisabeth Shue), ne s'attendent qu'à surveiller les débordements arrosés de cette soudaine population juvénile. Mais lorsque les shérifs découvrent un...
La Mort au bout du fil
Je dois bien vous l'avouer: je n'attendais pas grand chose de ce film. A ma décharge, il faut reconnaître que les thrillers médiocres, sans envergure et plus efficaces qu'une boîte de somnifères sont aussi nombreux que les points noirs sur le front d'un adolescent. Donc, en mettant Mort au Bout du Fil dans le lecteur, je m'attendais à passer 1h30 devant une histoire mille fois...
Les Châtiments
Par le biais de leur société Dark Castle, Robert Zemeckis et Joel Silver nous offrent régulièrement des films d'horreur qui, sans être excellents, nous procurent tout de même de très bons moments. On retiendra notamment La maison de l'horreur ou La maison de cire. Assez prévisible dans l'ensemble, mais rondement mené par leur réalisateur respectif. Qui plus est, si les premières...