Voir la fiche complète du film : Les Châtiments (Stephen Hopkins - 2007)

Les Châtiments – Critique

Les Châtiments

La rivière de sang, la pluie de grenouilles, les mouches, les ulcères et autres fléaux disposent ici d'un nouveau terrain de jeu. Fort d'une réputation peu glorieuse, Les châtiments n'en demeure pas moins une solide production qui est loin d'être ignoble et ennuyeuse. En exposant les dix plaies d'Égypte sous un point de vue différent, Stephen Hopkins fait montre d'une réalisation tout en retenue. Une histoire qui lorgne du côté de The wickerman et travaille l'aspect psychologique des protagonistes pour mieux instiller l'appréhension des événements. À défaut d'être effrayant, un très bon thriller fantastique sur les croyances religieuses et leur usage pour maintenir les masses dans le droit chemin.

Publié le 1 Février 2012 par Dante_1984 · Voir la fiche de Les Châtiments

Par le biais de leur société Dark Castle, Robert Zemeckis et Joel Silver nous offrent régulièrement des films d'horreur qui, sans être excellents, nous procurent tout de même de très bons moments. On retiendra notamment La maison de l'horreur ou La maison de cire. Assez prévisible dans l'ensemble, mais rondement mené par leur réalisateur respectif. Qui plus est, si les premières années de vie de Dark Castle sont entièrement focalisées sur le cinéma de genre, chaque production se veut relativement différente l'une de l'autre. Manoir hanté, bateau maudit, musée de cire ou, dans le cas présent, la religion, les sujets ne manquent pas et sont bien exposés. Stephen Hopkins s'attaque donc aux dix plaies d'Égypte, et ce, de manière plutôt inattendue étant donné que l'histoire se déroule de nos jours dans une petite bourgade de la Louisiane.


Il n'y a plus de saisons...

Cet état est pour le moins propice à la manifestation de phénomènes paranormaux, inquiétants et parfois horribles. Grandement usités dans le cinéma de genre (Sans retour, Man thing ou Butcher...), la Louisiane et plus précisément ses bayous apportent une atmosphère unique si tant est que le réalisateur parvienne à capter l'essence même de cette étendue singulière. Un exercice assez périlleux puisqu'il advient de mettre en avant le décor tout en gardant une certaine distance pour conserver les mystères environnants. Le folklore, les us et coutumes, la musique (absente dans le cas présent), la population et leurs croyances locales, tout cela contribue à créer une osmose que nul autre lieu ne réussit à égaler.

À cela, il faut compter sur des petites perles atypiques telles l'immense maison de Doug à l'architecture travaillée ou des endroits reculés comme la propriété des McConnell. En soi, les environnements demeurent variés et mis en valeur comme il se doit. Toutefois, le film de Stephen Hopkins ne se focalise pas uniquement sur le cadre. Au lieu de nous infliger les stéréotypes du cajun ermite et asocial, Les châtiments s'attache à dépeindre une communauté soudée par la foi et l'entraide, mais aux idées dogmatiques tenaces et intransigeantes. C'est un peu comme si l'on visitait un endroit hors du temps. Une population qui se contente de peu, accueillante, mais facilement impressionnable par des événements inexpliqués.


« Vous allez tuer ma fille ? »

Cela nous amène aux fondements mêmes de l'histoire : la religion et plus précisément la crédulité et l'ignorance (volontaire ou non) des masses face aux « miracles ». Dès lors, deux points de vue s'opposent : le pragmatisme des chercheurs qui s'attache aux faits en utilisant des méthodes empiriques et la dévotion des fidèles qui confortent leur foi dans des situations étranges, extraordinaires et insolubles dans les apparences. Si science et religion ne sont pas forcément contradictoires, bon nombre d'individus les confrontent pour en faire de véritables sœurs ennemies. En clair, on renie l'un ou l'autre au profit de son ressenti plutôt que de concilier les deux aspects dans notre vie. Pourtant, elles sont simplement une facette différente d'un même corps.

D'ailleurs, ce constat est clairement mis en avant avec Ben, scientifique averti et pourtant croyant, moins radical dans ses opinions que Katherine. Encore une fois, leur divergence de point de vue sur certains sujets ne les empêche pas de partager une vraie complicité à travers leurs investigations. Une complémentarité bienvenue lorsqu'il convient de démêler la vérité du mensonge. Ajoutons à cela une AnnaSophia Robb idéale dans le rôle de Loren ou un David Morrissey convaincant et ambigu et l'on obtient une distribution sobre, impliquée et parfaitement dans le ton. Si les personnages secondaires ne sont pas aussi travaillés que le casting principal, il en ressort tout de même des figures intéressantes : le maire fondamentaliste, la mère de Loren ou le père Costigan.


Peut-être un problème de batterie.

Tout cela nous amène vers les plaies d'Égypte, au nombre de dix. Au lieu de se complaire dans un déluge d'effets spectaculaires, Stephen Hopkins préfère la modestie. Certains crieront au scandale, d'autres trouveront cela bien maigre, mais finalement, cette discrétion dans l'exposition des fléaux parvient à mieux cerner l'isolement de la communauté. Nous ne sommes pas en présence d'un trip apocalyptique grandiloquent, mais proche d'un traitement psychologique qui s'amuse avec les nerfs de la population locale. De fait, il paraissait plus raisonnable d'opter pour une réalisation posée - quitte à se mettre à dos une partie du public - plutôt que de jouer la carte de la surenchère dans un déferlement de trucages hors sujets pour cette histoire.

Les châtiments jouit d'un visuel très léché. On use de couleurs saturées pour les flash-back ou les hallucinations, les lieux disposent de panoramas ni trop éloignés, ni trop proches afin de rendre l'action la plus réaliste possible. La photographie alterne savamment entre des teintes mordorées, des recoins sombres ou s'attelle simplement à souligner çà et là des éléments en apparence anodins à l'image (le symbole de la secte satanique, les changements d'atmosphère par le biais du temps...). Juste un bémol concernant l'ambiance sonore par trop discrète. La faune est perceptible, mais la bande-son manque de mordant (mis à part quelques morceaux, dont celui du générique de fin) tant est si bien que l'on aurait souhaité moins de bruitages faciles à faire sursauter et plus de musiques sépulcrales (bien que ce point reste purement subjectif de ma part).


Le châtiment ! C'est le châtiment !

Des personnages travaillés, un cadre unique, une histoire bien agencée et surprenante dans sa conclusion, Les châtiments ne mérite pas la piètre réputation dont il pâtit. On le dit prévisible. Les rares indices disséminés aux quatre coins du récit pour découvrir la vérité sont subtils et passent inaperçus. On le dit long et ennuyeux. Il s'agit là d'un film fantastique à la lisière du thriller. Le déroulement se veut forcément posé pour creuser l'intrigue et les protagonistes. Au crédit des détracteurs, on pourrait reprocher un côté sentencieux dans la dernière partie de l'histoire sur le courroux divin. Un aspect compensé par une habile manière à essayer de concilier la science et la religion tout au long du récit.

Dante_1984
À propos de l’auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches.

Autres critiques

Ghost in the shell - Stand alone complex : Le rieur

Ghost in the shell - Stand alone complex : Le rieur

Réalisé un an après la sortie d' Innocence , ce long-métrage intitulé « Le rieur » n'est pas la suite directe de Second Gig , mais bel et bien un montage de la première saison résumé en l'espace de 2 h 40. La première crainte réside dans l'éventuelle édulcoration de l'intrigue au détriment de la compréhension générale. Certes, on l'avait vu précédemment, Stand...
Gretel & Hansel

Gretel & Hansel

On ne compte plus les adaptations de contes de fées dont les variations ont donné lieu à des interprétations des plus édulcorées aux plus brutales. Depuis sa publication voilà plus de 200 ans, Hansel & Gretel n’échappe pas à cette réappropriation pour la télévision et le cinéma. Sous forme de films indépendants ou de blockbusters, les différentes productions se sont montrées plus ou...
Maggie

Maggie

Il est rare pour une première réalisation de disposer d’un budget d’une dizaine de millions de dollars. Il est encore plus rare de s’offrir des têtes d’affiche renommées. Alors, quand ces éléments se réunissent autour d’un film de zombies, on est droit de s’interroger sur l’intérêt et la qualité d’une pareille production. Une de plus! me direz-vous et, en cela, vous n’avez sans doute pas tort. Le...
Smash Cut

Smash Cut

Attention, cette critique contient des spoilers. Able Whitman, cinéaste de film d'horreur dénué du moindre talent, est anéanti après la première, catastrophique, de son dernier film en date : Terror Toy. Eméché, il est victime d'un accident de la route le soir même, tuant sur le coup sa muse, strip-teaseuse. Le lendemain, agacé par le manque de réalisme de ses effets-spéciaux, il utilise le corps...
Tous les garçons aiment Mandy Lane

Tous les garçons aiment Mandy Lane

On peut dire qu'elle s'est faite attendre cette Mandy Lane! En effet, le film, qui date de 2006, a mis presque quatre ans pour arriver en France, si l'on excepte l'un ou l'autre passage dans des festivals. Généralement, cet état de fait découle d'une qualité très moyenne, mais dans le cas de All the Boys Love Mandy Lane , les critiques étaient plutôt flatteuses. Il avait...