Voir la fiche complète du film : The Devil Inside (William Brent Bell - 2012)

The Devil Inside

Le principal défaut de The devil inside est sans doute d'arriver trop tard. Nul doute que ce film au début des années 2000 aurait pu trouver son public et un accueil sympathique. En 2012, on est quand même en droit d'exiger davantage d'un faux documentaire que ressasser tous les poncifs de ce sous-genre, mais surtout d'autres références cinématographiques sur le sujet des exorcismes. À la limite, il pourrait contenter les inconditionnels ou les novices, mais ceux blasés par un procédé (au départ novateur et inventif) éculé par des producteurs opportunistes et peu scrupuleux feront sans doute l'impasse. Personne ne les en blâmera.
Publié le 9 Août 2012 par Dante_1984Voir la fiche de The Devil Inside
6
Diable et Démon

Isabella est hantée par le massacre que sa mère a commis voilà vingt ans. Elle décide d'effectuer un reportage sur les exorcismes pour démêler les fantasmes de la réalité et surtout savoir si sa mère est folle à lier ou possédée par une entité démoniaque.

Après s'être essayé aux joies des conséquences d'un jeu vidéo basé sur la vie de la comtesse Bathory (!), William Brent Bell signe son nouveau métrage : un faux documentaire sur fond d'exorcisme. Deux thèmes récurrents du cinéma de genre qui ont déjà fait l'objet d'un métissage en 2010 avec Le dernier exorcisme. En dépit d'une certaine prévisibilité dans la mise en scène, l'histoire se voulait assez déroutante et suffisamment efficace pour tenir en haleine le spectateur. Aussi, l'on peine à saisir l'intérêt de récidiver si rapidement. Certes, le cadre est différent, les enjeux ne sont pas les mêmes, mais le fond reste similaire : faire mordre la poussière aux forces démoniaques et qu'elles retournent ad patres dans les braises ardentes de l'enfer !


Une intro qui rappelle curieusement celle du remake de Massacre à la tronçonneuse.

On ne reviendra pas sur ce qu'implique le faux documentaire et les artifices qu'il use et abuse en exposant différents protagonistes en quête de vérités (qu'il s'agisse de démons, de trolls, de fantômes, de psychopathes ou que sais-je encore). Pour plus de précisions, je vous invite à vous référer à ma critique sur Apollo 18. Aussi, attardons-nous dès à présent sur ce Devil inside qui ne semble pas enchanter les foules. La faute à une histoire maintes fois ressassée ou à un sous-genre qui commence à lasser ? La question est permise étant donné que l'on évolue en terrain connu. Six ans se sont écoulés depuis le précédent long-métrage du cinéaste. Une attente justifiée ? Autant le dire d’emblée : certainement pas.

L'introduction semble tout droit sortie du remake de Massacre à la tronçonneuse. On arrive dans une maison où un massacre a été perpétré. Le policier fait l'état des lieux, explore la bâtisse, contemple les cadavres jusqu'à une découverte qui coupe l'image. Pour l'instant rien de bien étonnant à se mettre sous la dent. Dès lors, l'on se rend compte que ce film ne recèlera aucune surprise au niveau de son histoire. Les grandes lignes de l'intrigue sont cousues de fil blanc et son déroulement se veut très prévisible. En revanche et contrairement à de nombreux faux documentaires, The devil inside a le mérite de rentrer dans le vif du sujet assez rapidement. Il suffira d'une vingtaine de minutes et d'exposer les raisons d'un tel reportage pour assister aux exorcismes.


Au nom de Jésus ! La suite, vous connaissez.

Toutefois, ce choix fait alterner des scènes aux qualités inégales. Les dialogues, les passages relatifs aux réflexions sur les possessions et les maladies mentales n'apportent rien. Pis, elles se veulent redondantes, voire ronflantes à certains égards. Pas de grand intérêt et encore moins une justification qui permet des baisses de rythme fréquentes et maladroites. Il en découle une trame narrative saccadée où le réalisme des séquences d'exorcisme se succède à des phases plus lénifiantes. En soi, ce ne serait pas un défaut si le scénario entretenait le doute et l'interrogation sur la nature des tourments. Ici, pas de place aux incertitudes : les possédés existent bel et bien.

Pour ce qui est d'aborder les exorcismes, il faut reconnaître que la réalisation s'applique à donner le meilleur du faux documentaire. Pas d'images tremblantes ou d'effets granuleux qui laisseraient à penser à un amateurisme de façade. Juste un cadre (sous-sol, salle d'opération...) qui colle parfaitement à l'ambiance et confère aux scènes le réalisme qui leur est dû. Les cris, les intonations, les insultes, les changements de langues, les corps disloqués (sans doute l'aspect le plus impressionnant) ou la force surhumaine, rien ne manque à l'appel. Certes, l'on a déjà vu cela ailleurs, mais lorsque c'est bien fait, on ne s'en lasse pas.


Un exorcisme, ça ne vous retourne pas que l'esprit.

Malheureusement, ce sera l'un des rares points positifs du métrage. En effet, les acteurs, sans être mauvais, disposent de personnages peu intéressants. Un passé que l'on exorcise (c'est le cas de le dire), la volonté de tout mettre en image, des motivations aux contours floues et assez simplistes dans l'ensemble. Les prêtres font fi des ordres de l'église, mais n'attire pas la sympathie. Quant à Isabelle et son comparse : des témoins qui finiront par s'impliquer et nous laissent indifférents à leur sort (là encore attendu). Rien de transcendant de ce côté.

Bref, The devil inside est un faux documentaire qui ne surprendra personne. Les subterfuges utilisés sont assez conventionnels, et ce, malgré une image plus propre qu'à l'accoutumée pour ce genre de productions et un cadrage plus professionnel qui tranchent avec l'aspect amateuriste que l'on a l'habitude de contempler. Quant au scénario, les clins d'oeil sont légions, le classique au rendez-vous et finalement on saisit vite le pourquoi du comment, même si le réalisateur lui-même ne l'établit pas clairement. À certains égards, certains pans de l'histoire s'avèrent assez maladroits, du moins pas assez explicite. En somme, un métrage lambda avec des ambitions très mesurées pour un résultat moyen. Suffisant, The devil inside vous fera passer une soirée agréable, mais n'attendez pas de frissonner devant votre tube cathodique ou votre écran plat.

Pour ceux qui souhaiterait prolonger les investigations, voici le lien vers le site officiel, assez bien fait pour parfaire l'illusion : The Rossi files

A propos de l'auteur : Dante_1984
Portrait de Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

The Human Centipede
Pour se faire remarquer dans le cinéma de genre, il faut soit faire un bon film original, soit partir dans le trash, le dégueulasse et le malsain. C'est ce qui se passe avec The Human Centipede , film néerlandais qui a défrayé la chronique et les sites internet spécialisés dans le cinéma horrifique. Partant d'un postulat de base complètement loufoque, le film se taille une réputation de...
Poltergeist
Quatrième long-métrage tourné par Tobe Hooper pour le cinéma, Poltergeist représente un sommet dans la carrière du réalisateur de Massacre à la tronçonneuse . Produit et scénarisé par Steven Spielberg, Poltergeist marque une certaine rupture de ton avec les précédents films de son réalisateur, tout en restant dans le registre de l’horreur et de l’épouvante. L’action se déroule dans une banlieue...
Killer Mountain - Les Roches Maudites
Au vu de sa filmographie, Sheldon Wilson apprécie particulièrement le survival animalier, comme le démontre Kaw ou Carny . Des métrages modestes, perfectibles par leur moyen, qui réussissent néanmoins à se distinguer de la masse putride des DTV et autres ignominies inhérentes au genre. À l’évocation du réalisateur, on s’attend donc à un traitement relativement honnête compte tenu du...
Megalodon
En parallèle de ses métrages vite faits mal fignolés, Asylum n’a pas son pareil pour produire des mockbusters au moment opportun. Le principe tient à surfer sur le succès d’un blockbuster tout en sortant son téléfilm fauché dans le même intervalle de temps; le plus souvent d’une bêtise affligeante. Bien entendu, un tel procédé flirte avec les frontières du plagiat et de la...
Cold Ground
Officier dans le domaine du found-footage est une entreprise cinématographique hautement risquée. Malgré cette propension à triturer la frontière entre la réalité et la fiction, sans oublier un potentiel d’immersion évident, le genre connaît une baisse d’intérêt notable. Cela vaut surtout pour la prolifération de productions opportunistes qui, non satisfaites de décrédibiliser ce...