Voir la fiche complète du film : Le Dieu d'osier (Robin Hardy - 1973)
Critique

The wicker man - Le dieu d'osier

À travers une atmosphère mystérieuse et un discours sur la religion assurément réfléchi, Robin Hardy signe une œuvre culte et audacieuse sur le paganisme. Un bijou cinématographique inclassable.
Publié le 4 Juin 2017 par Dante_1984Voir la fiche de Le Dieu d'osier
9

Il est difficile de définir ce qui fait une œuvre culte. Est-ce le temps ? Son atmosphère par trop particulière ? Le contexte dans lequel elle est née ? À moins qu’il ne s’agisse d’une association de ces talents pour fournir une histoire subtile et engagée ? Toujours est-il que The Wicker Man demeure aujourd’hui un film à part dont la (re)découverte justifie bien des spéculations sur le rapport de l’homme à la religion, notamment sa crédulité ou son aveuglement. Plus de quarante ans après sa sortie, le métrage de Robin Hardy n’a rien perdu de son étrangeté, de cette singulière mise en scène qui expose les vicissitudes d’une communauté isolée.

Sacrée ménagerie !

Et c’est sans doute l’impossibilité d’ancrer The Wicker Man dans un genre précis qu’il déstabilise le spectateur. S’il s’arroge les codes d’une enquête policière, on y distingue une multitude d’influences et d’éléments propres au fantastique, à l’érotisme, à l’horreur, à la comédie musicale et, dans une certaine mesure, au documentaire. Ce mélange hétéroclite instaure une ambiance peu commune, voire unique. Oppressante, décalée, délétère... Les adjectifs ne manquent pas pour définir cette succession d’impressions, de ressentis qui égrènent chaque séquence. De plus, cette évolution s’accorde avec une progression narrative mesurée et parfaitement maîtrisée.

Pourtant, ce climat d’étrangeté s’appuie sur une trame relativement simple. On part d’une disparition d’enfant pour mieux dépeindre l’environnement, ses mœurs, ses traditions et surtout ses croyances. Car la grande force du film est de développer une fascinante analyse des religions. Ici, l’on retrouve tous les codes qui régissent de tels mouvements. Le référent ou leader, un besoin (l’espoir), la crédulité des masses et une base historiquepour étayer les propos. Si le paganisme avait déjà été l’objet de transpositions cinématographiques, The Wicker Man demeure le plus marquant, notamment par sa confrontation avec le christianisme.

Il serait préférable de ne pas demander un coup de main...

L’intégration d’un point de vue extérieur (le sergent Howie) apporte une sorte d’anormalité dans ce qui est considéré par la majorité comme parfaitement ordinaire et naturel. L’intolérance de l’un, la commisération des autres. Le pragmatisme froid d’un enquêteur opposé à l’illogisme. La raison face aux superstitions. Le clivage progresse sensiblement vers le point de non-retour et, en cela, l’intrigue se veut plus complexe qu’escomptée, notamment dans ce qu’elle implique dans sa finalité. Une question de foi et non de certitudes, même si la frontière entre ces deux concepts est beaucoup plus confuse qu’il n’y paraît.

Un peu comme certains indices soigneusement dissimulés qui prennent une signification différente une fois la conclusion révélée. Qu’il s’agisse de notions celtiques, druidiques ou plus généralement païennes, la symbolique religieuse reste prépondérante tout au long du métrage. Les mégalithes, les rituels et les costumes concourent à remplir ce creuset multiréférentiel. On pourrait même y distinguer quelques allusions au culte de Mithra (dans sa connotation initiatique et mystérieuse) et aux mythologies polythéistes, comme celle de l’Égypte Antique. On sent une documentation particulièrement dense et non ostensible au moment du visionnage.

Un accueil chaleureux au propre, comme au figuré !

Au final, The Wicker Man est une œuvre intemporelle, aussi étrange que profonde. À travers un discours fascinant sur les religions et les cultes païens, Robin Hardy signe un métrage anticonformiste que seul le cinéma indépendant est en mesure de produire. L’amalgame des genres et des croyances (sans sombrer dans le syncrétisme), les comportements décalés et l’aura paranoïaque qui s’en dégage n’ont rien perdu de leur force. De plus, la confrontation entre un Edward Woodward rigoriste au possible et un Christopher Lee à l’élégance toute libertine, nuance une intrigue qui gagne en finesse au cours de sa progression. Plus qu’une valeur sûre, un incunable du septième art.

A propos de l'auteur : Dante_1984

J'ai découvert le site en 2008 et j'ai été immédiatement séduit par l'opportunité de participer à la vie d'un site qui a pour objectif de faire vivre le cinéma de genre. J'ai commencé par ajouter des fiches. Puis, j'ai souhaité faire partager mes dernières découvertes en laissant des avis sur les films que je voyais.

Autres critiques

47 meters down
Derrière un nom aussi barbare que la «sharksploitation» se dissimule un sujet bien malmené au fil des décennies, plus particulièrement à partir des années2010 et des bestioles hybrides, possédées ou mutantes qui investissent les DTV. On pensait le genre définitivement enterré dans les affres du bis et du nanar. Toutefois, en 2016, Instinct de survie parvenait pourtant à offrir un...
Cabane dans les Bois, La
Quand on est passionné par les films d'horreur en tout genre, en passant par les plus mauvais de la boîte Asylum jusqu’au pur chef d'oeuvre, on aime être décontenancé et surtout on apprécie les grosses prises de risque de la part de certains réalisateurs. La surprise joue un rôle très important, comme la peur dans un film d'horreur et quand on commence à en voir des tonnes, on tombe vite dans une...
Tape 407
Alors que les faux documentaires pullulent dans les contrées cinématographiques (remercions, ou pas, le succès de Paranormal activity), ce sous-genre de la culture horrifique peut se décompenser en deux catégories : les films un rien inventifs, à l'ambiance travaillée et respectueuse du public ; d'un autre côté, les petits opportunistes sans la moindre once de talent pensant qu'il...
Nurse
Attention, cette critique contient des spoilers. Une jeune infirmière, épaulée par une supérieure dévouée et attentive, comprend rapidement que celle-ci cache en réalité un lourd secret. Depuis plusieurs décennies, l'hôpital sert de repaire à bon nombre de praticiens dégénérés ayant offert quelques sueurs froides aux amateurs de sensations fortes. La 3D pouvant permettre de prolonger le plaisir...
Mortal Kombat 2 : Destruction Finale
Comment le dire gentiment et sans méchanceté? Mortal Kombat 2: Destruction Finale est... euh... un OVNI dans le ciel du paysage cinématographique. Même pas une aberration de la nature puisque ce film a été pensé par des hommes comme vous et moi. Enfin, comme vous et moi c'est vite dit car je ne voudrais pas vous insulter en vous associant aux gens qui ont pondu cette chose filmique. Ce film ne se...

Sur Horreur.net