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Un Coup de Tonnerre

Un film au scénario inepte et aux effets numériques très... numériques.
Publié le 18 Octobre 2011 par GeoffreyVoir la fiche de Un Coup de Tonnerre
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Dinosaure Voyage dans le Temps

Il n'y a rien à faire, malgré que le sujet ait été exploité à de multiples reprises, chaque film abordant le voyage dans le temps et ses conséquences attise encore la curiosité. Il faut dire que les possibilités sont infinies et que voir ce qu'aurait pu devenir notre monde si tel ou tel événement s'était produit reste toujours très excitant.
Bien fait, ça peut donner des choses telles que La Machine à explorer le temps, l'Effet Papillon, Retour vers le Futur, voire même dans un autre registre, Timecop.
A l'opposé, on peut aussi parfois se retrouver avec des horreurs du style Prisonniers du temps ou L'Effet Papillon 2. Malheureusement, à cette catégorie, il faudra désormais ajouter A Sound of Thunder, lequel se montre fort décevant par rapport à son potentiel de départ.


Predator, es-tu là?

Charles Hatton détient une agence de voyage pas comme les autres : elle permet d'aller faire un safari dans le temps et d'aller tuer un Allosaure il y a 65 millions d'années puis de revenir avec une vidéo. C'est une affaire en or, tant qu'on ne change pas le passé... ce qui, hélas, finit par arriver. Une série de catastrophes se déchaîne alors : le cours de l'évolution naturelle des espèces ayant été modifié ! Une seule solution: remonter dans le temps pour corriger l'erreur...


Le Mandrillosaure, une trouvaille zoologique de première...

Franchement, avec un tel postulat de départ, il y avait matière à faire beaucoup mieux que le résultat final. Surtout que le mec à la réalisation (Peter Hyams pour ne pas le nommer) est un solide artisan et nous a offert de sympathiques péloches comme Relic, Outland, 2010 : l'année du premier contact ou encore Timecop justement.
Qu'il se soit fourvoyé dans ce sujet est dommageable et d'autant plus étonnant qu'il disposait d'un budget confortable (52.000.000 $). Or quand on découvre le résultat à l'écran, il y a de quoi crier au scandale. Les effets numériques sont très... numériques. C'est bien simple, il y a longtemps que l'on n'avait plus vu une telle bouillie visuelle dans un film à gros budget. Et il ne date que de 2005.
Entre le vortex piqué à Sliders, le dinosaure qui n'aurait pas eu sa place dans Jurassic Park (1993) et la ville futuriste digne d'une démo pour Playstation 2, les amateurs de CGI vont avoir les yeux qui piquent.

Heureusement, face à ces horreurs graphiques, il y a des acteurs sympathiques (à défaut d'être crédibles) et qui font ce qu'ils peuvent pour surnager.
Tout d'abord, Edward Burns, qui incarne le héros, se montre assez plaisant pour que le spectateur n'ait pas envie de le voir mourir piétiné par l'Allosaure.
A ses cotés, les agréables Jemima Rooper et Catherine McCormack assurent le quota charme du film, tandis que les autres acteurs font de la figuration. Ils peuvent se faire charcuter, on s'en tamponne tellement ils sont peu développés. Même la mort héroïque de l'afro-américain de service (entre nous, l'aurait mieux fait de se tirer une balle) provoque autant d'effet que la chute des feuilles en automne.

Et puis, il y a la star, ze one: Ben Kingsley ! L'acteur s'amuse (et nous amuse) en cabotinant comme un malade dans le rôle caricatural de Charles Hatton, le grand méchant capitaliste. Odieux au-delà du raisonnable, obnubilé par l'argent alors que le sort de la planète est en jeu et tellement inconscient que cela en devient grotesque, Charles Hatton permet à Ben Kingsley de traverser le film sans dégât et de s'en sortir avec les honneurs.
Sa prestation très second degré est le gros atout du film qui, par ailleurs, en manque un peu.


Ben Kingsley, tout heureux de faire pêter la planète...

Il est maintenant temps d'aborder LE gros problème de ce Sound of Thunder. Oui, il y a pire que les effets spéciaux moisis. Et ce pire, c'est le scénario. Truffé de trous et d'incohérences, l'histoire pondue par les trois (!) scénaristes est certainement l'exemple des choses à ne pas faire lorsque l'on aborde la thématique du voyage dans le temps.
Petit tour d'horizon.

- Si la visite proposée par l'agence de Charles Hatton a toujours pour objectif le même moment de l'Histoire (à savoir la mort d'un Allosaure, juste avant une éruption volcanique), toutes les équipes envoyées devraient s'y rencontrer. C'est logique. Or, dans le film ce n'est pas le cas.
C'est d'autant plus stupide que le plan concocté par la suite par les héros afin de rétablir la ligne temporelle prend justement ce principe en compte.

- Deuxième point qui fâche: la propagation temporelle "par vagues". Je m'explique.
Dans Sound of Thunder, les protagonistes modifient un élément du passé, mais reviennent dans le présent sans encombres. Ce n'est que plus tard que les changements interviendront, et cela par vagues successives. Un concept pour le moins étrange alors que la logique (encore elle) voudrait que le retour dans le présent se fasse dans un présent "alternatif" découlant de ce passé modifié. Pour plus de précisions, veuillez vous référer à l'excellent Retour vers le Futur 2, lequel utilisait ce concept pour développer sa trame narrative.

- Troisième et dernière incohérence (dont je parlerai ici): les animaux mutants.
Je ne suis certes pas un spécialiste de la théorie de l'évolution ou de la génétique inter-espèce, mais je doute fortement qu'une bestiole telle que le singe-lézard-chauve-souris ait pu voir le jour et ce, quelle que soit la ligne temporelle.


C'est la merde, j'ai marché dedans...

Malgré tous ces déboires, Peter Hyams reste un solide artisan et fait toujours mieux qu'un vulgaire tâcheron. Grâce à son talent, A Sound of Thunder reste amusant et n’ennuie jamais. Son rythme est soutenu et les péripéties s'enchaînent sans temps mort du début à la fin.
Ce sera néanmoins la seule qualité que l'on retiendra de ce ratage qui fait mal au coeur et mit en berne la carrière de son réalisateur, lequel n'a sorti qu'un seul film depuis lors.

Addendum: Selon nos collègues de Scifi-universe, la genèse du film fut très mouvementée.
Le projet a vu le jour au début des années 2000 sous le titre The Butterfly Murder avec Renny Harlin à la réalisation et avec Brosnan dans le rôle principal. Mais les tuiles se succédèrent et le tournage ne put se dérouler en temps et en heure. Renny Harlin fut finalement remplacé par Peter Hyams, appelé en urgence.
Entre temps, le tournage s'éternisant, la compagnie de production allemande fit faillite. En 2002, ce fut au tour des décors des studios tchécoslovaques d'être détruits par une terrible tempête et des inondations. Autant dire que le tournage, à cours de moyens financiers et de temps, se déroula dans la confusion.
Une fois le film bouclé, les mauvaises surprises continuèrent quand les producteurs apprennent que Warner, qui a récupéré le projet - repoussa la sortie en raison de la présence d'un film au thème proche : Prisonniers du Temps de Richard Donner. Comme quoi...

A propos de l'auteur : Geoffrey
Portrait de Geoffrey

Comme d'autres (notamment Max et Dante_1984), je venais régulièrement sur Horreur.net en tant que lecteur, et après avoir envoyé quelques critiques à Laurent, le webmaster, j'ai pu intégrer le staff début 2006. Depuis, mes fonctions ont peu à peu pris de l'ampleur.

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